‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 149 sur 172 · DISSIDENCES DANS LE CABINET · texte numérisé non relu

DISSIDENCES DANS LE CABINET

Richelieu était resté très-animé, ea effet, contre le maréchal de Gourion Saint-Cyr, depuis que celui-ci avait rendu sur la garde royale une ordonnance qui avait profondément mécontenté cette troupe d'élite. 11 faut se rappeler que, sous le ministère Tallepand, le maréchal de Gouvion Saint-Cyr avait fait une très-vive opposition à rétablissement de la garde royale, et qu'il avait fallu, pour vaincre Topiniâtreté de cette opposition, l'intervention de l'empereur Alexandre. On avait donc des motifs sérieux de ne pas croire le maréchal favorable à la garde; et lorsqu'on vit paraître, le 2 août 1818, l'ordonnance annonçant qu'à l'avenir les officiers appartenant à ce corps ne pourraient avoir que le grade correspondant à leur emploi l, et que tout officier de la garde, pour obtenir un grade supérieur, devrait passer dans la Ugne, un long cri s'éleva contre le maréchal. On ne douta plus que, revenant à son premier projet, il ne terminât cette campagne commencée contre la garde royale, par sa destruction. Le duc d'Angoulême présenta un mémoire au Roi; le maréchal Oudinot, qui commandait la garde, écrivit au ministre de la guerre une lettre très-vive. L'ordonnance du 2 août n'avait pas été discutée en Conseil ; le maréchal de Gouvion Saint-Cyr s'était contenté de la montrer au duc de Richelieu, qui, alors préoccupé exclusivement de la question extérieure, n'en avait pas aperçu la portée. Mais quand on lui fit observer de tous côtés que la garde , ce coips formé dans des temps difficiles (en 181 S), dont l'esprit était excellent, le mérite miUtaire au-dessus à/à toute contestation, était le rem-

1. L'ordonnance du U^ septembre 1815 qui avait réglé la force, la solde et les prérogatives delà garde, accordait le grade supérieur aux sous-ofliciers, caporaux et soldats le jour de leur admission. Elle étendait le même avantage aux ofOriert, mais seulement au bout de quatre ans, pendant lesquels cependant ils étaient autorisés à porter les marques distinctives du grade supérieur. L*orduiinance du '5 novembre 181G, en confirmant les dispositions ci-dessus, comprenait dans les quatre années exigées pour l'obtention du grade supérieur le temps des Fonctions exercées antérieurement dans la ligne.

part le plus sûr du trône menacé par les factieux, et que l'ordonnance du 2 août ne tendait à rien moins qu'à désorganiser cette force défensive de la royauté, le duc de Richelieu s'émut, et exigea que des articles interprétatifs atténuassent au moins la portée de la mesure. Après une longue résistance, le ministre de la guerfe écrivit une circulaire dans le sens indiqué ; mais l'efifet dans Topinion était produit, et le duc de Richelieu, déjà peu favorable au ministre de la guerre avant cet incident, écrivait à la date du 13 août : « Jamais je ne me pardonnerai d'avoir consenti à une mesure aussi impolitique et aussi funeste. Nous avions vingt mille hommes bien sûrs, bien organisés, bien à nous, hors peut-être deux ou trois colonels douteux. Nous venons de faire de tous les chefs autant d'w//ra, et peutr-être de tous les soldats autant de méconlenti; d'un auti*e genre. Mieux eût valu licencier la garde, et c'est à quoi le maréchal veut en venir. »

L'observation du duc de RicheUeu ne manquait pas de justesse. Sans doute on allait trop loin en accusant les intentions du maréchal; mais ses actes étaient marqués au coin d'une haute imprudence. C'était un esprit absolu qui avait sur la constitution d'une armée des idées arrêtées, qu'il ne consentait à faire plier devant aucune nécessité politique. Son tort était de vouloir organiser l'armée, indépendamment des circonstances où l'on se trouvait, en vertu de quelques principes généraux el de certaines idées arrêtées. Or, l'absolu n'est pas applicable à la politique, obligée toujours d'agir dans les conditions du relatif. Le maréchal de Gouvion Saint-Cyr aurait dû se rappeler que la royauté était la clef de voûte de l'édifice constitutionnel, et que si elle tombait, tout tombait avec elle. Il oubUait les Cent-Jours, les conspirations bonapartistes, toujours en fermentation, et les inimitiés en permanence; mais les hommes des Cent-Jours et les révolutionnaires n'oubliaient ni leurs rancunes, ni leurs haines, ni leurs mauvais desïyoins;

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