INITIATIVE PRISE DANS LA CHAMBRE DES PAIRS
de sorte que le système du maréchal aboutissait à affaiblir la force défensive de la royauté, quand la force offensive, acharnée à la battre en brèche, augmentait de jour en jour. Le différend du duc de Richelieu avec le maréchal de Gouvion Saint- C)T, venant s'ajouter à celui de M. Decazes avec M. Laine, achevait de préparer la dissolution du ministère. Par une fatalité logique, un ministère placé dans le centre gauche et appuyé sur la gauche excluait M. le duc de Richelieu et M. Laine ; un ministère placé dans le centre droit et appuyé sur la droite excluait MM. Decazes, de Gouvion Saint-Cyr, Pasquier et Mole, Si le duc de Richelieu n'avait pas encore une perception claire de cette situation au moment de son retour d'Aix-la-Chapelle, il est probable que M. Decazes ne se faisait pas d'illusion; car ses deux confidents, MM. Pasquier et Mole, ne cachaient pas leur opinion à cet égard.
La situation qui inquiétait si vivement le duc de Richelieu et qui préoccupait tous les membres du ministère avait quelque chose de trop évident et de trop impérieux pour ne pas attirer l'attention de la majorité dans les deux Chambres. La Chambre des pairs, qui s'était émue déjà, dans le cours de la session précédente, de la marche du ministère et avait fait à plusieurs des lois présentées par lui une opposition qui aurait peut-être conquis la majorité, sans l'action incessante du duc de Richelieu et l'intervention du roi Louis XVIII lui-môme, s'était vivement inquiétée du.résultat des dernières élections. Comme la plupart des membres de la Chambre des pairs habitaient Paris, on s'était concerté de bonne heure, en observant le plus profond silence, sur les mesures à prendre; chose remarquable, c'était dans le centre droit, où figuraient plusieurs hommes qui avaient traversé la Révolution et l'Empire, entre autres MM. de Barthélémy, Pastoret, Fontanes, que l'émotion avait été la plus grande. Ils avaient l'habitude de se réunir chez le cardinal de Beausset, de là le nom de réunion cardi-
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nalice donné à ce groupe de la pairie; c'étaient en général des esprits modérés appartenant à la nuance du centre droit, jaloux de maintenir les institutions modernes conquises au prix de tant de sacrifices, mais qui appréhendaient d'autant plus le retour de la Révolution, qu'ils avaient traversé ses horreurs. Lorsque le duc de Richelieu arriva d'Aix-la-Chapelle, la fraction cardinalice avait déjà admis en principe qu'il n'y avait qu'un moyen de parer aux périls de la société , c'était de modifier la loi électorale. Comme la droite tenait sesréuniong chez le marquis de Talaru qui logeait dans la même maison que le cardinal de Beausset, des rapports fréquents ne tardèrent pas à s'établir entre la réunion de la droite et celle du centre droit, rapprochées par la communauté de leurs vues sur la question la plus importante du moment. Dans les coqférences ouvertes à ce sujet, les hommes les plus influents des deux réunions convinrent qu'une proposition gérait faite pour le changement de la loi d'élection, et qu'elle serait faite par un membre de la fraction cardinalice. Il y avait à cela un avantage évident : ce qui venait du côté de la fraction cardinalice, habitué à soutenir le gouvernement, n'était pas suspect d'être Tceuvre de l'esprit de parti. Rien ne produit plus d'effet sur une assemblée et sur l'opinion qu'une proposition décisive présentée par des hommes appartenant à une opinion modérée. Les membres influents de la réunion de droite reconnurent sans peine l'avantage de cette combinaison, et promirent de rester sur le second plan si le centre droit prenait rinitiative d'une proposition relative à la loi électorale. Toute cette affaire avait été conduite avec un sî grand secret, que M. Decazes n'en avait pas été instruit et que Louis XYliï, dans le mémoire qu'il a écrit sur cette crise^ reproche au duc de Richelieu de lui en avoir fait un mystère.
Dans la Chambre des députés, les choses n'étaient pas aussi avancées. Cependant Tancienne majorité n^iuistéri^U*'