‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 162 sur 172 · AVÈNEMENT DU MINISTÈRE DESSOLLE-DECAZES. 52U · texte numérisé non relu

AVÈNEMENT DU MINISTÈRE DESSOLLE-DECAZES. 52U

pas cru pouvoir gouverner si M. Decazes était hors des affaires sans être hors de France; comment le marquis Dessolle aurait-il cru pouvoir gouverner en laissant M. Decazes hors des affaires, surtout quand le Roi venait de donner à ce dernier de nouvelles et si éclatantes marques de confiance et d affection? Cela était impossible, et il était également impossible que le comte Decazes ne prévît pas cette impossibilité et par conséquent ne se préparât pas à rentrer aux affaires. Quant à rester hors du cabinet pour le protéger de §on concours et de sa parole, cela eût été bon s'il avait été membre de la Chambre des députés où sa nuance était en majorité, mais la position n'était pas la même à la Chambre des pairs dont il était membre et dont la majorité était contre lui. L'intérêt et l'ambition de M. Decazes se réunissaient donc à la force des choses pour le pousser au pouvoir.

Le numéro du Moriiteur du 30 décembre porta à la connaissance du public les noms des membres du nouveau ministère qui s'était constitué dans la soirée du 29. Le marquis Dessolle prenait le portefeuille des affaires étrangères et y joignait la présidence du Conseil ; M. Decazes passait du ministère de la police, qui était supprimé, au ministère de l'intérieur; le maréchal de Gouvion Saint-CjT conservait le ministère de la guerre; M. de Serre devenait ministre de la justice, M. Louis ministre des finances; un conseiller d'État, M. Portai, était appelé au ministère de la marine. Ainsi l'élément du centre gauche qui existait dans le ministère triomphait sur l'élément du centre droit, et le mouvement inauguré le 5 septembre allait prendre de nouveaux développements.

L'émotion publique avait été vive pendant la crise ministérielle. Les spectateurs du dehors ne connaissaient que bien incomplètement les détails que nous venons de donner, et les bruits les plus alarmants et les plus contradictoires étaient répandus à Paris et dans le reste de la France. On annonçait

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que le duc de Richelieu, d'accord avec l'empereur Alexandre et la droite, tramait une contre-révolution. Les propagateurs des bruits alarmants allaient de tous côtés, répétant que les listes de proscriptions étaient déjà dressées, et que cent citoyens par département seraient envoyés en exil ou jetés en prison. Les hommes delà droite, de leur côté, s'effrayaient à la pensée d'un nouveau pas fait dans la voie où l'on marchait depuis l'ordonnance du 5 septembre ; de sorte que la défiance et l'irritation étaient partout. Quand l'ordonnance qui instituait le nouveau ministère parut, il y eut un long cri de joie et de triomphe dans les journaux de la gauche, un long gémissement dans les journaux de la droite, et la colère fut d'autant plus grande parmi les hommes de cette opinion qu'ils avaient un moment espéré .

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