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PROCis POLITIQUES. — EXÉCUTIONS. 77

ait dit depuis pour exonérer la responsabilité morale de M. Decazes, il n'est pas possible d'admettre qu'au moment où sa faveur ne faisait que grandir, les rigueurs dont on parle dussent être attribuées exclusivement à Monsieur et à la droite qui voyait, chaque jour, s'éloigner d'elle la faveur du Roi. Ce sont là àes commentaires intéressés, imaginés après coup et qui ne s accordent pas avec le texte. Ce qu'on pourrait alléguer avec plus de vraisemblance, c'est que le ministère était excité à déployer dans la répression ce luxe de rigueur, non-seulement par le désir de manifester son dévouement au gouvernement royal, mais par la pensée que l'Europe, dont les armées occupaient notre territoire, y verrait un sjmptôme de force et se montrerait plus disposée à abréger l'occupation de la France, suffisamment protégée par un gouvernement qui ménageait si peu ses adversaires.

Ce fut au milieu de ces tristes circonstances que prirent place les cérémonies du mariage de M. le duc de Berry avec la princesse Caroline, fille aînée du prince héréditaire des Deux- Siciles, mariage annoncé aux Chambres dans la session qui venait de finii*. On a vu que l'on attendait le passage de la jeime princesse danslemidi de la France au moment où laconspiration de Didier éclata à Grenoble, et que les conspirateurs avaient même compté surl'absence du général Donnadieu, qui devait aller la complimenter. Le 30 mai 1816, après une quarantaine de dix jours, Marie-Caroline de Bourbon, fit son entrée solennelle & Marseille, où l'attendait sa nouvelle maison que le Roi avait composée de madame la duchesse de Reggio, dame d'hon^ neur, madame la comtesse de la Ferronays, dame d'atours, du duc de Levis, chevalier d'honneiu*, et du comte de Mesnard, premier écuyer. Le 14 jum. Madame la duchesse de Berry rencontra dans la forêt de Fontainebleau, à la croix de Saint- Hérem, la famille royale qui était venue au-devant d eUe ; ce fut là que la présentation eut lieu , et Ton remarqua que la

jeune princesse , qui devait se contenter de parcourir la moitié d'un tapis placé à Tentrée de la tente , franchit, impatiente de l'étiquette, tout l'espace pour aller se jeter, avec beaucoup de grâce, aux genoux du Roi, qui la releva vivement. Le 16 juin eut lieu , avec les acclamations accoutumées, l'entrée solennelle à Paris, et, comme au moment où le cortège dépassa les barrières, il se fit une éclaircie dans le ciel, quelques minutes auparavant nuageux et sombre, les augures, dont les sourires ne manquent jamais à la fortune des princes, s'empressèrent de présager à la nouvelle duchesse de Berry d'heureuses destinées. La cérémonie du mariage eut lieu le 17 juin à Notre-Dame avec une grande pompe ; le cortège se composait de trente-six carrosses, vingt-quatre des écuries du Roi, douze des écuries de Monsieur. Les témoins, nommés par le Roi, étaient le maréchal duc dé Bellune, le comte de Barthélémy, le premier président de Sèze et M. Bellard. Ainsi l'armée, les deux Chambres et la magistrature étaient représentées à ce mariage. On n'avait rien omis pour faire rejaillir sur le peuple les joies des princes : quinze orpheUnes pauvres furent dotées; un grand nombre de prisonniers pour dettes délivrés; et le Roi étendit son droit de grâce à plusieurs condamnés politiques en ouvrant devant eux les portes de leurs prisons. Traditions touchantes de l'ancienne monarchie, que les Bom'bons ne pouvaient oublier dans lem's rares et comptes journées de prospérité.

Les fêtes du mariage de Madame la duchesse de Berry, comme ces feux de joie qu'on tire dans les ténèbres, éclairaient un moment les ombres de la situation, mais sans les dissiper. Les esprits demeuraient divisés et inquiets, les passions enflammées, les partis irréconciliables et toujours debout; le gang versé sur les échafauds politiques n'éteignait pas les résistances et ravivait les haines. Les souffrances du pays, épuisé par les dernières guerres, les tributs qu'imposaient les étran-

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gersy et les lirais qu^ntralnait l'entretien de Tannée d'occupation , se trouvaient aggravés par une mauvaise récolte ; la famine semblait au moment de s'abattre sur la France accablée par tant de fléaux. Il fallait compter au uunobre des difficultés de la situation la mésintelligence qui s'était éle\ée enti'e le ministère et la Chambre des députés; les ovations qui avaient accueilli plusieurs des membi*es de la majorité dans les départements, conunentées dims les correspondances des préfets et des députés ministériels, aigrissaient encore les rancunesque nourrissait contre elle le jeune ministre placé le plus près de la faveur du Roi, et qui, de plus en plus, regardait le retour de cette Chambre comme une menace pom* sa fortune politique, devant laquelle s'ouvraient les brillantes» perspectives d'un horizon sans Umites.

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