LIVRE DEUXIÈME
ORDONNANCE DU ô SEPTEMBRE.
TATTIQtR SriYlf. PAR M. DECAZES POl'R ARRIVFR \ l\E DISSOLUTION.
Dès que la session de la Chambre a\ait été close, M. Uecazes avait songé à préparer la dissolution. Cette pensée remontait plus haut, et dans les derniers mois de la session elle était déjà arrêtée dans Tesprit du jeune ministre. Dans plusieurs occasions où Louis XYIII avait témoigné qu*il supportait impatiemment les alliu'es de la majorité, l'opposition qu'elle mettait aux projets de lois présentés au nom du Roi, par exemple au projet d'anmistie, et plus encore à la loi d'élection par deux fois rejetée, M. Decazes, sans pousser immédiatement son maître dans cette voie, avait soigneusement noté ses paroles pour en faire le point de départ du projet qu*il nourrissait en secret. Ses premiers auxiliaires avaient été les cabinets étrangers. On n'en sera pas surpris, si l'on se sou\ient de l'influence exercée par le parti sénatorial sur l'empereur Alexandre à l'époque de la première Restauration , et si Ton se rappelle en outre que tous les liens des diplomates et des hommes d'État de l'Europe étaient avec des honiifles issus de
ir<»t. Ae la Rpftiaur. IV. |;
la Révolution et qui avaient rempli de hautes fonctions sous le régime impérial. Ces hommes avaient deux manières d'agir sur les cabinets européens. Il y avait, on l'a vu, dans la majorité de la Chambre des esprits excessifs et des orateurs imprudents, et il était facile, en prêtant à la majorité tout entière les exagérations exceptionnelles de quelques-uns de ses membres, d'alarmer l'Europe et de lui faire entrevoir le retour d'une nouvelle Révolution, et par suite le retour d'une conflagration générale. Mais la considération capitale* aux yeux des cabinets étrangers était celle de la contribution de guerre que la France était condamnée à payer à l'Europe; ce que les cabinets étrangers voulaient avant tout, c'était la certitude que cette contribution de guerre serait exactement soldée. Or il avait été facile aux adversaires de la majorité, qui, tout eu voulant acquitter la dette de la France, s'était montrée ménagère des intérêts des contribuables et avait cherché à diminuer les sacrifices du pays, d'exciter les appréhensions et les ressentiments des cabinets européens. On est allé jusqu'à dire que le duc de Richelieu avait secrètement provoqué, dès le mois de février, une démarche du cabinet de Saint-Pétersbourg dans le sens de la dissolution de la Chambre. Cette assertion est doublement invraisemblable, d'abord parce qu'elle serait difficile à concilier avec les sentiments de dignité et l'honorable indépendance de ce ministre, ensuite parce qu'à l'époque dont on parle, il était notoirement contraire à l'idée d'une dissolution, quoiqu'il eût été souvent mécontent de l'esprit de la majorité. Mais ce que le duc de Richelieu ne fit pas, d'autres purent le faire, et toutes les relations des diplomates de la Russie et de la Prusse surtout, qui prirent l'initiative, étaient, je l'ai dit, avec des gens hostiles aux sentiments et aux idées de la droite.
Dès le mois de février 1816, le cabinet de Saint-Pétersbourg, en réponse' aux sollicitations diplomatiques du duc de Riche-