‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 19 sur 172 · ACTION DES ÉTRANGERS CONTRE LA CHAMBRE DE · texte numérisé non relu

ACTION DES ÉTRANGERS CONTRE LA CHAMBRE DE

lieu, qui aspirait à obtenir des Cours étrangères la réduction de reffectif de l'armée d'occupation, lourde charge pour la France, et à préparer ainsi la libération définitive du territoire, s'exprimait en ces termes : « Poiu* que l'armée d'occupation soit diminuée, deux conditions préalables sont nécessaires : Tune, que l'existence du gouvernement français paraisse assurée; l'autre, que le budget soit établi de telle sorte que la France puisse faire face à ses engagements. Dans l'état actuel de la Cour, du Ministère et de la Chambre, ces deux conditions manquent également. » C'était sur cet ordre d'arguments que se fondait M. Pozzo di Borgo pour demander la dissolution de la Chambre. Au mois de mars suivant, M. de Ilardenberg avait adressé à l'ambassadeur de Prusse une dépêche dans le même sens, mais en insistant d'une manière plus forte sur la nécessité de dissoudre une Chambre «aussi contraire, disait-il, à la politique du Roi qu'aux intérêts de la France, » et qu'il qualifiait à la fois ce de factieuse et d'impopulaire. »

Ainsi, les premières attaques contre la Chambre venaient du dehors. Cette circonstance aurait dû leur ôter de leur autorité. En effet, quoique, par suite de la triste situation de notre pays et de la position de défaite et d'impuissance où les Cent- Jours l'avaient laissé, la politique européenne se trouvât mêlée plus qu'elle n'aurait dn l'être à nos affaires, ce n'était point, ce semble, aux cabinets de Saint-Pétersbourg et de Berlin qu'il appartenait de signaler queUe était la politique intérieiffe la plus favorable à la cause du Roi et à celle de la France. Tout au plus auraient-ils pu dire quelle était celle qui, en leur qualité de créanciers, leur inspirait le plus de confiance. 11 est remarquable que le parti qui a si souvent reproché à la droite de s'appuyer sur Tinfluence étrangère donnait le premier, en 1816 comme en 1814, l'exemple du recours aux cabinets européens.

La première démarche de ceux-ci remontait, comme je l'ai

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dit, au mois de fé\Tier 1816, et c'est à propos du nouveau projet de budget, substitué par la majorité au budget mioistériel, que cette démarche eut lieu. Il était venu à ce sujet des -instructions à M. Pozzo di Borgo, qui provoqua une délibération de la conférence européenne dont le siège était à Paris. Il y fut décidé en principe, « qu'on ferait connaître au Roi la nécessité de soutenir son ministère contre les violences d'une majorité factieuse et impopulaire, et de préparer, sans s'écarter de la Constitution, Télection d'une représentation nationale plus conforme aux intérêts de la France. »

Le roi Louis XVIII .avait, on le sait, un sentiment élevé de sa dignité, joint à des susceptibilités nationales très-vives. On cherchait les moyens d'atténuer ce qu'il y avait d'offensant dans une pareille démarche, lorsque le duc de Wellington proposa aux autres membres de la conférence d'écrire personnellement une lettre au Roi, en ajoutant que celui-ci l'avait autorisé à l'entretenir des affaires publiques quand il le jugerait utile. Cette forme fut adoptée, et le duc de Wellington écri\it, séance tenante*, une lettre approuvée par ses collègues de la conférence, et dans laquelle on remarquait les passages mvants :

« Sire, les scènes qui se passent dans la Chambre des députés sont connues de tout le monde. Votre ministère, quoique possédant et méritant la conGance do Votre Majesté et celle de toute l'Eiirope, n'y a point (rififlnence» et se trouYe sur le point de revenir sur des transactions converties l'an dernier en loi, et revêtues du nom sacré de Votre Majesté, ou d'abandonner le poste où Ta placé la confiance du Roi. Je dois à la vérité et à mon attachement à Votre Majesté» et à la tranquillité de l'Europe, d'avertir Votre Majesté qu'il est notoire que la famille de Votre Majesté, que les personnes de sa Cour et de celle des Princes, exercent dans la Chambre des députés une influence en opposition à celle des ministres Le moment est venu pour Votre Majesté de se déclarer avec

fermeté, et de prêter à son ministère l'appui de toutes les influences de Cour et de palais qui, aujourd'hui, sont dirigées contre lui. Par ces moyens, qui sont non-seulement légitimes mais nécessaires pour le

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maintien de l'autorité de Votre Majesté et de son action sur ses propres affaires, Votre Majesté mettra fin à la crise qui existe depuis trois mois et qui s'aggraTO chaque jour. »

Reudons justice à Louis XVUI et à sou premier uiiuistre le duc de Richelieu, cette démarche des cabinets étrangers les affligea et les offensa'profondémeut. Louis XVIIl ne voulut point prendre un paiii qui aurait semblé dicté par la diplomatie étrangère , et le duc de Richelieu écrivait à cette époque à M. Decazes, qui probablement ne partageait pas toutes ses susceptibilités : a Tout ce que je crains, c'est qu'on ne croie que ce sont les étrangers qui nous soutiennent, ce qui commence à se répandre. Bien sûrement, ce bruit seul me fera déguerpir, car rien ne me pai^ait plus odieux. » Il écrivait encore au même quelques jours après : a Le duc de Wellington a \u Monsieur et n'en a pas été content. C'est un pai*ti pris, mais par-dessus tout, je ne veux pas de l'appui étranger. Plutôt mourir de la maiu des Français que d'exister par la protection étrangère. » Enfin, le sentiment royaliste, qui était vif en lui, continuant à subsister malgré les contrariétés ministérielles qu'il avait éprouvées, il disait dans la même correspondance à son jeune collègue : « Après tout, ils sont royalistes, il faut gouverner pour eux et malgré eux, si cela est nécessaire. 11 faut les sauver malgré eux*. »

La conférence européenne avait été saisie de nouveau, au mois d'avril suivant, de la même question par M. de Goltz, ambassadeiu* de Prusse, qui aurait voulu déterminer ses collègues à faire une démarche collective pour obliger le Roi à dissoudre la Chambre. Le duc de Wellington s'opposa à cette démarche en faisant valoir trois considérations : le Roi ne

1. Ccfl divers extraits de lettres sont donnés dans V Histoire du Gouvernement parlementaire, par M. Duvergier de Hauranne, qui a eu les originaux dans \e» mains, lome Ul, page 396.

voudrait pas dissoudre la Chambre, dont le royalisme n'était pas équivoque, pour courir la chance de la voir remplacée par une Chambre appartenant aux idées révolutionnaires; le duc de Richelieu, dont Tinfluence était balancée dans le conseil par celle de M. de Vaublanc et de plusieurs autres ministres, n avait pas la main assez forte pour dominer les nouvelles élections ; enfin, le budget n'était pas voté. La question financière était toujours, ou le voit, une des grandes préoccupations de l'Europe.

Là ne s'arrêtèrent point les démarches de la diplomatie européenne. La Russie surtout, toujours sous le coup des influences et des idées qui avaient exercé un si grand ascendant sur l'empereur Alexandre en 1814, fit panenir à Louis XVIII, par les mains de M. Pozzo di Borgo, au mois de juin 1816, un nouveau mémoire russe, qui portait pour titre : Rapprochement entre les vues des alliés à regard de la Restauration de la royauté française et la marche du gouvernement. Dans ce mémoire, l'empereur Alexandre insistait sur les conseils donnés au Roi, lors de la signature du traité, et se plaignait qu'ils n'eussent pas été suivis, en indiquant plusieurs actes du gouvernement, imposés par Thiitiative des Chambres, comme dérogeant complètement à ces conseils. Il citait entre autres, comme étant au nombre de ces actes contraires aux promesses de la Charte et aux engagements du Roi, l'exil des régicides, et il insistait sur la nécessité de mettre un terme h la politique contradictoire qui régnait aux Tuileries, où l'influence du Roi était contre-balancée par celle de Monsieur.

Les étrangers prirent ainsi l'initiative de Tattaquo contre la Chambre de 181 S, mais il est bien difficile de ne pas admettre que le premier de ceux qui conçurent la pensée de cette dissolution ait agi de manière à provoquer cette coopération étrangère. J'îd nommé M. Decazes. Je sais que les cabinets européens avaient été tout d'abord défavorables à la Chambre

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introuvable. Elle avait reuversé, par sa seule apparition, le ministère du prince de Talleyrand et de Fouché, qui, par suite d'une étrange prévention, avait obtenu la confiance européenne, et Ton vient de voir que Tempereur Alexandre mettait au nombre des griefs de l'Europe monarchique contre Louis XVIII Texil de cette classe de régicides qui venaient de fournir une dernière preuve de leur incurable haine contre Ich Bourbons» en votant pendant les Cent-Jours leur exclusion perpétuelle. Comment ne pas croire cependant que cette action extérieure a\ait été provoquée par des rapports qui venaient du dedans, et que la même influence que nous allons voir 8 exercer sur le duc de Richelieu, sur M. Laine, enfin sur Louis XVIII , avait commencé à s'exercer sur la conférence européenne dont le siège était à Pains, surtout quand on voit que les arguments employés par M. Decazes pour déterminer ses collègues, puis le Roi, étaient précisément ceux qui agirent sur les cours étrangères? Ce qui revenait toujours, sous toutes les formes, c'était la nécessité de mettre un terme à ce qu'on appelait le gouvemement occulte de Mow- 81ECR, à l'action royaliste s'exerçaut eu dehors de l'action royale. L'Autriche et l'Angleterre, qui s'étaient d'abord montrées inquiètes de la prétention affichée par la Russie d'exprimer à elle seule la volonté de hi conférence et de régenter la poUtique française, avaient peu à peu acquiescé à l'idée d'éloigner le Roi des royalistes de la di'oite et de l'unir plus intimement encore à son ministère. Lord Castlereagh écrivait à sir Charles Stuart, à la date du 10 juillet 1816 : a Peut-être M. Pozzo di Borgo a-t-il représenté l'état de la France sous de trop sombres couleurs ; néanmoins le rescrit russe ne peut faire aucun mal, bien au contraire, s'il rend Monsieur un peu plus réservé qu'il ne l'a été jusqu'ici. » Quinze jours auparavant, le duc de Wellington, en prenant congé de Louis XYUI, lui avait parlé dans le même sens, et lui avait signalé la né-

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cessité d'écarter pour la session prochaine tout ce qui pouvait mettre en doute l'unité d'action du gouveniement, et donner à ce que l'on appelait les idtra-royalistes une influence trop grande.

C'est ici le moment d'examiner la valem' du reproche qiii était un des principaux arguments de la conférence européenne, et qui allait devenir un des principaux arguments de M. Decazes auprès de Louis XVIII : je veux parler de rexistence d'un gouvernement occulte, qui aurait mis en péril le gouvernement du Roi. Il est rare qu'un reproche généralement accrédité manque complètement de fondement et n'ait pas pour point de départ un fait réel, exagéré seulement par la prévention ou par les calculs intéressés. Le fait réel, c'est que les royalistes avaient conservé, depuis les CentnJours, une certaine organisation en France, et que M. le comte d'Artois exerçait plus d'influence que le frère du Roi n'en eût exercé dans une situation tranquille et complètement normale. J'ai déjà essayé d'exphquer cette organisation du parti royaliste, et cette influence de Monsieur. Elles tenaient à la fois à deux ordres de faits : le souvenir de la sm*prise des CentrJours, que le pouvoir officiel n'avait su ni prévenir ni empêcher; le souvenir du ministère Fouché qui, ouvTant la seconde Restauration, avait inspiré de nouvelles craintes aux royalistes et les avait convaincus de la nécessité de rester sur le qui-vive et d'être prêts atout. Ce n'était point, comme on l'a dit, l'idée de conspirer contre le Roi, et de substituer à son gouvernement celui de son frère, incapable d'accéder à un dessein aussi coupable comme les royalistes étaient incapables de le former. C'était la pensée que la vigilance comme l'activité pouvait manquer au gouvernement, dans le cas d'une attaque révolutionnaire ou bonapartiste, et qu'alors les royalistes devaient jeter dans la balance le poids de leur courage et de leur résolution. Ceci expUque un ordre de faits dont la plupart des his-

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toriens n'ont pas saisi la véritable, cause. Ainsi phisieiii*s d'pDtre eux s'étonnent de voir, au moment de la prise d'armes de Didier, de simples particuliers, et même des curés, avertir le général Donnadieu et le préfet de l'Isère des mouvements tumultueux de leurs communes. C'était le parti royaliste qui, l'œil toujours aux aguets, suppléait à la vigilance du gouvernement dans laquelle il n'avait pas ime confiance complète, et l'avertissait des périls que la chose publique allait courir.

Sans doute cet état de choses n'était pas normal; mais, après les circonstances que l'on venait de traverser, et en présence de celles au milieu desquelles on se trouvait, il était bieo difficile qu'il n'en fût pas ainsi. Au fond, le parti royaliste restait armé et debout, parce qu'il était convaincu que les partis hostiles n'avaient pas désarmé, et qu'il ne comptait pas d'une manière absolue sur l'efficacité des moyens pris par le gouvernement. C'était un embarras, quelquefois une pierre d'achoppement; mais dans un moment critique ce pouvait être une force.

M. Decazes conduisit avec la finesse et la dextérité, qui étaient au fond ses qualités politiques les plus remarquables, cette campagne contre les hommes de la droite. Il travailla d'abord à conquérir à son opinion le chef du cabinet. Le duc de RicheUeu, avec la rectitude naturelle de son esprit, pensait qu'il y avait quelque chose d'inconséquent «t presque de monstrueux à se senir de l'influence du Roi pour éloigner, sous le gouvernement royal, les royalistes des assemblées publiques. Il trouvait leur esprit d'indépendance incommode, il était opposé à plusieurs de leurs vues ; mais il avait une foi complète dans leur inviolable fidéUté. En outre, il se défiait profondément des révolutionnaires. Mais il y avait un point sur lequel le duc de Richelieu était accessible à la dialectique de son jeune collègue : il désirait passionnément l'allégement de nos charges et la libération définitive de notre territoire. Ce

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fut Targument principal doat M. Decazes se sei*vit pouf agir sur son esprit. Il lui représenta ko notes des cabinets européens qui se prononçaient tous contre la majorité de la Chambre ; ces cabinets ne croiraient ni à la stabilité du ministère dans lequel ils avaient confiance, ni à celle du gouvernement royal, et ne seraient rassurés sur le payement de la contribution de gueri'e que lorsqu'on aurait éloigné cette majorité dont rindocilité, les passions politiques et les idées aventureusement rétrogrades alarmaient tous les hommes sages de TEurope. Le duc de Richelieu lutta longtemps; mais enfin il fut vaincu par cette considération de la délivrance du territoire, à laquelle il avait attaché son honneur. La lutte avait duré depuis le 6 avril, jom' de la prorogation de la Chambre, jusqu'à la fin de juillet. Au commencement d'août, le duc de Richelieu adhéra aux idées de M. Decazes et se réunit à lui pour emporter Tassentiment de M. Laine.

Tant que M. Decazes avait été seul à conseiller la dissolution de la Chambre, il n'avait pu ébranler M. Laine. Celui-ci, on s'en souvient, avait été blessé par la majorité avant la fin de la session ; il avait donc peu de sympathie personnelle pour elle. Mais il avait un dévouement profond pour la dynastie, une sorte de culte pour Madame la duchesse d'Angouléme, dont il avait admiré le courage à Bordeaux. La gravité d'un acte comme la dis^jolution ne lui échappait pas. Ses scrupules de légiste s'unissaient à son dévouement de royaliste pour le mettre en garde contre les dangers et les inconvénients de cette mesure. S'il n'avait pas un grand goût pour la droite, il avait une hoiTeur profonde pour les révolutionnaires, et il craignait, en fermant la porte de l'Assemblée aux amis de la royauté, de l'ouvrir à ses eimemis. Au point de vue légal, il estimait que ce serait une chose peu justifiable que de faire les nouvelles élections sans loi électorale, et d'après la simple ordonnance que le Roi avait promulguée. Tannée

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