‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 20 sur 172 · LB MINISTERE ADOPTE L'IDÉE DE LA DISSOLUTION · texte numérisé non relu

LB MINISTERE ADOPTE L'IDÉE DE LA DISSOLUTION

précédente, à son retour, en affirmant de la manière la plus formelle que cette ordonnance ne senirait qu'exceptionnellement aux élections de la Chambre de 1815, dont la mission spéciale devait être le vote de la loi électorale. Il coûtait à M. Laine de mettre le Roi en contradiction avec ses promesses. Mais, lorsque M. le duc de Richelieu, pour lequel M. Laine professait une haute estime et dont il connaissait le dévouement à la royauté, eut été conquis aux idées de M. le ducDecazes, M. Laine n'opposa plus qu'une faible résistance, et ses objections portèrent surtout sur les moyens à employer pour rester dans les tenues de la légalité lorsqu'on en appellerait aux électeurs.

M. le duc de Richelieu et M. Laine étaient les deux personnages les plus influents du ministère ; on pouvait placer à rôté d'eux M. Decazes, à cause de l'ascendant qu'il exerçait sur le Roi, et qui grandissait de jour en jour. M. Conetto, qui ne s'occupait guère que de questions financières, était naturellement disposé à se rallier à une mesure adoptée par les membres les plus influents du cabinet, et pour laquelle d'ailleurs ses précédents ne lui inspiraient aucun éloignement. C'était déjà la majorité. Restaient le duc de Feltre, le vicomte Dambray, et le comte Dubouchage. Le duc de Feltre venait d'être fait maréchal de Franc(% il était donc disposé à complaire au duc de Richelieu dont il était l'obligé. En outre, on agit sur son esprit en lui rappelant les opinions qu'il avait soutenues dans la Chambre des pairs où il avait rappelé ce mot : tt Si veut le Roi, si veut la loi, » et on lui montra que h Chambre de 181 S, toute rovidiste qu'elle fût, avait mérité d'être dissoute en voulant faille violence à cet axiome monarchique, et en opposant sa volonté à la volonté royale. Quand il se fut rendu, ]VL\L Dambray et Dubouchage n'eurent plus qu'une alternative, se retirei* ou se rallier à la majorité du cabinet. Us se déterminèrent à suivre ce dernier parti.

92 ORliONNANCK DU 5 SEl'TEMBRE.

Une réflexion se présente naturellement ici. On a dit, à cette époque, et on a répété souvent depuis, qu'à l'aide des trois derniers ministres qui viennent d'être nommés, le comt^' d'Artois exerçait dans les affaires une influence inconciliable avec l'unité du gouvernement, et que l'autorité royale se partageait pour ainsi dire entre Louis XVIII et lui. Or toute cette délibération sur la dissolution de la Chambre de 1815 so suivit sans que rien transpirât au dehors, sans que Monsieur fût averti. Ce fait semble donner mi démenti à l'opinion accréditée par les amis du ministère ; il prouve tout au moins qu'on a singidièrement exagéré les choses.

TROIS MÉMOIRES PRÉSKNTÉS AU HUl StH LA DISSOLUTIO!!.

Quand M. Decazes fut ainsi maître du conseil, il commeuva sa campagne contre le Roi, auquel il avait fait déjà quelques ouvertures, mais qui, malgré son mécontentement témoigné à plusieurs reprises à la majorité de la Chïunbre, se montrait très-contraire à l'idée d'une dissolution. Quand il s'était adressé au duc de Richelieu, M. Decazes avait surtout insisté sur la nécessité de satisfaire les cabinets étrangers, afin d'obtenir la libération du territoire. Pour emporter le consentement du Roi. il dressa autrement ses batteries, et il appuya surtout sur le mépris que la majorité de la Chambre de 1815 avait fait delà prérogative royale dont Louis XYIII était particulièrement jaloux. Le roi résista longtemps, et l'on peut mesurer l'énergie et la durée de sa résistance par les efforts que dut faire M . Decazes pour la surmonter. Deux considérations frappaient surtout le Roi : ce qu'il y avait d'étrange à employer son autorité poui* écarter des assemblées des hommes dévoués à la monarchie:

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c*? qu'il y avait de périlleux à jouer cette partie dans un pays où les ennemis de la monarchie étaient prêts à tout tenter pour la renverser. Il pouvait être subsidiairement frappé de Taffliction qu'il causerait- à sa famille, par l'adoption d'une pareille politique. M. Decazes, pour détruire les scrupules et les objections du Roi, ne se contenta point de ses propres arguments. Après de longues conversations avec lui sur ce sujet, il mit sous ses yeux trois mémoires. Le ministre avait composé le premier, et, avec la connaissance qu'il avait du caractère du Roi, il avait trouvé les arguments les plus propres à toucher son esprit. Il en avait demandé un autre à M- Pasquier, très-animé contre la majorité de la Chambre de 1813, et auquel son expérience des affaires donnait de l'autorité. Enfin, il en avait demandé im troisième à M. (îui- 7x>t, dont la plume commençait à être remarquée.

C'était au nom de la prérogative royale méconnue par la Chambre que M. Decazes réclamait la dissolution de celle-ci. 11 représentait qu'après le 20 mars, on avait voidu vaincre les révolutionnaires par leurs propres armes, et que, pour atteindre ce but, l'ordonnance du 13 juillet avait développé les éléments démocratiques contenus dans la Charte. C'était à cette idée impnidente qu'il fallait attribuer les empiétements d(» la Chambre. Les ministres, au lieu de s'opposer dès le principe à ces empiétements, avaient été décidés, par des considérations particulières, à souscrire à des concessions pour maintenir l'union de la Chambre et du gouvernement. Quand ils avaient voulu résister, ils s'étaient trouvés en présence d'amours-propres engagés, d'esprits faibles entraînés, et d'hommes de partis trop avancés pour consentir à reculer. Les nouvelles et les correspondances des départements retentissaient des ovations qu'y recevaient les députés de la droite ; le langage qu'ils tenaient indiquait que l'autorité du Roi avait cessé d'exister pour eux, et qu'à leur retour ils lui imposeraient un

ministère de leur choix qui gouvernerait en leur nom au lieu de gouverner au nom du Roi. C'était à Louis XVIII de voir s*il lui convenait que la volonté de la Chambre prévalût contre la volonté royale, et que le ministère de la Chambre prit la place du ministère du Roi. Pour remettre les choses dans un état normal, il lui suffirait d'user de sa prérogative constitutionnelle et de 'dissoudre la Chambre, en montrant ainsi qu'elle n'était point un corps souverain, mais un corps intermédiaire renfermé dans des attributions fixes et limitées. Le jeune ministre insistait ensuite sur la nécessité de dissoudre la Chambre avant le moment marqué pour sa réunion, et il tirait son dernier argument des avantages financiers qu'on recueillerait de cette mesure, car le crédit public dont on avait un si grand besoin ne saurait exister, disait-il, en présence d'une Chambre contre-révolutionnaire et passionnée. M. Decazes terminait en présentant une distinction plus ingénieuse que vraie qui allait devenir le point de départ de toute sa politique : « Si les opinions révolutionnaires, disait-il, sont dangereuses, les intérêts révolutionnaires ne le sont pas ; ils tendent à la sécurité, à la conservation, et ne demandent qu'à vivre paisibles sous l'égide du gouvernement. » Cela n'était pas exact, au moins en 1816. Les intérêts révolutionnaires ne se séparaient pas des passions révolutionnaires, parce que les Bourbons, même en oubliant, ne pouvaient effacer les souvenirs et les rancunes de ceux qui les ayaient offensés. La passion révolutionnaire se composait en réalité de deux éléments : la haine rétrospective que nourrissaient les intérêts révolutionnaires contre la royauté , et les appréhensions qu'ils avaient pour l'avenir.

La note de M. Pasquier commençait par une attaque violente contre la Chambre , qu'il rendait responsable des conséquences naturelles des Cent-Jours, en disant qu'au moment où la France avait besoin de se montrer unie devant l'Europe,

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