‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 21 sur 172 · MÉMOIRES PRÉSENTÉS AU ROI · texte numérisé non relu

MÉMOIRES PRÉSENTÉS AU ROI

la Chambre n'avait su que répandre, par les motions les plus Mes, l'agitation dans les esprits et l'inquiétude dans les intérêts. Il ^amînait ensuite les trois partis qu'on pouvait suivre : laisser revenir la Chambre telle qu'elle était, la renouveler par cinquième, ou la dissoudre. L'auteur du mémoire écartait la première solution en affirmant que la Chambre, loin d'être éclairée par l'expérience, reviendrait moins sage et plus exigeante que jamais. Pour motiver son opinion, il insistait, comme M. Decazes, sur les ovations faites aux membres de la majorité dans les départements, ovations qui ne pouvaient manquer de les exalter. 11 ajoutait que ceux-là même qui voudraient être modérés ne le poiuraient pas, Il citait MM. de ViUèle et de Corbière, qui, selon lui, avaient émis dans les Conseils généraux les avis les plus contraires aux principes du gouvernement monarchique. Si la Chambre revenait, on serait obligé de la dissoudre après des débats orageux qui aggraveraient la situation. Fallait-il la renouveler par cinquième? Ce serait ime tentative imprudente, car les quatre cinquièmes conservés exerceraient une grande influence et sur les élections, et sur les délibérations de la Chambre renouvelée. Restait donc le dernier parti, dissoudre la Chambre, et M. Pasquier s'attachait à prouver que les élections n'auraient lieu ni dans le sens ultra-monarchique ni dans le sens révolutionnaire, mais dans le sens modéré.

Dans la note de M. Guizot on devinait l'historien qui , chez lui, précédait le politique. Il tirait ses arguments de l'histoire d'Angleterre, comparait les attaques dont le ministère du roi Louis XVni avait été l'objet à celles auxquelles on avait vu en butte, de 1640 à 1641, pendant le Long Parlement, les amis les plus fidèles du roi Chaires I", et rappelait la faiblesse de ce roi, blâmé par lord Clarendon, lorsqu'il avait consenti à prendre pour conseillers des hommes qui plaçaient l'autorité parlementaire au-dessus de l'autorité royale. L'(»xemple de Pitt,

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dissolvant la Chambre des communes en 1792, et mettant ainsi un terme à ses empiétements, était ensuite invoqué. Il assimilait la Chambre de 1815 à celle du 20 mai's; toutes deiix étaient des Chambres de parti, l'une du parti de la Révolution, Tautre de la contre-Révolution. Chacune d'elles avait voulu foire les aifaires du parti qui l'avait envoyée au lieu de faire celles du Roi et du pays. C'est ainsi qu'on avait vu des députés, soi-disant monarchiques, séparer le l\oi de ses ministres, s'indigner contre ceux qui, dans les discussions, invoquaient le nom du Roi, distinguer entre la volonté du Roi déclarée par ses ministres et sa volonté réelle, et faire de ce qu'ils appelaient la représentation nationale le principal corps de l'État. Depuis la prorogation, les prétentions des députés de la majorité étaient restées les mêmes : les autorités locales étaient envahies ; le système des administrations provinciales et municipales était devenu Tobjet des démarches et des prétentions des partis. « Peu leur importe, continuait le mémoire, d'énerver et de démembrer ainsi lautorité royale; peu leur importe de lui enlever l'inappréciable avantage d'une administration uniforme, qui assure partout la forte et prompte exécution des ordres. » Le troisième mémoire concluait, comme les deux premiers, à la dissolution de la Chambre, au nom du repos du peuple, de la stabilité du trône et des prérogatives de la couronne également menacés.

J'ai voulu donner l'exposé des motifs qui, dans les trois notes placées sous les yeux du Roi , étaient allégués pour obtenir la dissolution de la Chambre de 1815 ^ Les griefs se réduisaient à ceci : La Chambre était factieuse; c'était une

1 . C'est naliirellement au livre de M. Duverglerde Hauranne, qui a eu toutes ces notes dans les mains, que J'emprunte ces détails intéressants. On ne saurait soupçonner cet honorable écrivain d'avoir affaibli les arguments allégués contre la droite, puisqu'il regarde la dissolution comme un acte de hante et patriotique politique.

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