‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 22 sur 172 · EXAMEN DES GRIEFS CONTRE LA DROITE · texte numérisé non relu

EXAMEN DES GRIEFS CONTRE LA DROITE

Chambre de parti; elle voulait opéwi' une contre-révolution; elle entendait substituer son gouvernement à celui du Roi; elle n'était pas royaliste, puisqu'elle prétendait distinguer le Roi de son ministère et attaquer celui-ci sans lui permettre d'invoquer le nom du Roi pour couvrir ses actes.

Ceux qui ont lu attentivement les débats de la session de 1815 sont en mesure d'apprécier la valeur de ces griefs. La Chambre n'avait pas été ministérielle, mais pouvait-on dire qu'elle n'avait pas été royaliste ? Tous les pouvoirs demandés au nom de la sûreté de l'État , comme la suspension de Li Jiherté individuelle, elle les avait votés. Elle avait voté de même les fonds nécessaires aux ser\ices publics, mais en employant les moyens les moins onéreux, selon elle, pour les contribuables, ce qui est le droit et le devoir de toute assemblée. Elle avait voté la loi d'amnistie en y ajoutant seulement Féloignement des régicides qui avaient trempé dans les Cent- Jours, et cet amendement, voté à la fin, avec acclamation par la minorité ministérielle elle-même, n'empêchait pas que le Gouvernement ne restât armé de tous les pouvoirs extraordinaires qu'il avait demandés contre une certaine classe de personnes. Sur la loi d'élection, on n'avait pu s'entendre ; mais tout le monde convenait que la première loi présentée par M. de Vaublanc, et qui rendait les élections administratives au lieu de les rendre nationales, n'était pas acceptable. Que devenait en outre le gouvernement représentatif, si parce qu'une loi était présentée par le ministère, la Chambre devait nécessairement la voter? Il eût été plus simple alors de supposer son consentement acquis sans le lui demander. Évidemment M. Pasquier avait un trop vif souvenir du Corps législatif de l'Empire et ne comprenait rien au gouvernement qu'avait créé la Charte, quand il assimilait à une usurpation l'usage que la Chambre avait fait de sa prérogative, et, dans cette enfance du gouvernement parlementaire , ni M. Decazes, ni M. Guizot lui-même,

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ri'avaient une claire notion du jeu des institutions représentatives, quand ils prétendaient placer Tirresponsabilité royale entre la responsabilité ministérielle et la liberté de discussion. On remarquera que la note de M. Guizot explique la pailie de celle de M. Pasquier, qui avait trait à l'attitude de MM. de Villèle et de Corbière dans les Conseils généraux; ces deux membres de la droite auraient voulu diminuer la centralisation excessive qui pesait sur les départements; c'est ce qui, dans les notes mises sous les yeux du Roi, était représenté comme une tentative faite pour désorganiser le Gouvernement.

Il ne parait pas que ces trois mémoires aient suffi pour persuader Louis XVIII, car M. Decazes crut devoir, au commencement du mois d'août, résumer dans un dernier mémoire les raisons financières et politiques exposées dans les trois mémoires précédents , et les fortifier d'arguments nouveaux en insistant particulièrement sur le motif qui devait produire le plus d'effet sur Louis XVIII : <c Voulait-il être le dépositaire auguste et respecté, ou seulement le prête-nom du pouvoir souverain? »

Il est à croire que ces arguments officiels ne furent pas les seuls qu'on employa pour agir sur l'esprit du Roi. D'autres moyens d'un ordre moins élevé, mais d'un effet peut-être plus sûr encore, furent mis en œuvre. Les rapports de police, qu'il était si facile à M. Decazes de provoquer, passaient chaque jour sous les yeux du Roi, et lui signalaient le parti royaliste comme attendant impatiemment sa mort. « Il faut qu'il ouvrir les yeux ou qu'il les ferme, » c'était, disaient ces rapports, un propos qui courait dans les salons royalistes de Paris et des départements. Bien plus, on produisit des con*espondances plus ou moins authentiques, dans lesquelles cette phrase était répétée. M. Decazes, qui pratiquait cet art équivoque et clandestin de la police, en tirait un parti merveilleux auprès d'un Roi valétudinaire, dont l'esprit naturellement curieux aimait à

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