SAISIE DL' LIVRE DE CHATEAUBRIAND
le caractère et le cœur hauts ; il avait pris au sérieux le goiiveroement représentatif, dans lequel les idées et les partis politiques se disputent le pouvoir ; il appartenait à ses idées et à son parti; et il n'admettait point qu'un désir exprimé par le Roi, mais selon lui suggéré par un ministre, pût l'obliger à déserter son camp et à renier son livre. Il y ajouta seulement \m posi^scriptum. Dans ce post-scriptum, qui devint la thèse de la droite, il rapprochait habilement les considérants de l'ordonnance du 5 septembre 1816 de ceux de l'ordonnance du 13 juillet 1815, et faisait ressortir les contrastt^s et les conù^dictions que contenaient ces deux ordonnances, dont l'une proclamait la nécessité de reviser la Charte, l'autre celle de la maintenir tell^ qu'elle était. Puis, pour prévenir le parti que les ministres pourraient tirer du nom du Roi dans les élections, il admettait, comme une hypothèse possible, que le Roi, dont la bouche avait décerné à la majorité le nom d'mtrouvable, n'avait pas changé d'opinion, et qu'il avait consenti à la dissolution, a peut-être parce qu'il avait jugé que la France satisfaite lui renverrait les députés dont il était si satisfait. »
Ce fut surtout ce post-scriptum qui déplut au ministère ; celte insinuationdéconcertait lesprojetsde M. Decazes, et allait àl'cncontre d'une manœuvre générale qu'il voulait employer dans les élections. Le Roi, de son côté, fut profondément blessé de ce que M. de Chateaubriand révoquait en doute la conformité de sa volonté avec celle de ses ministres, dans une ordonnance au bas de laquelle on lisait la signature royale. Il se trouvait donc disposé à témoigner à l'auteur tout son mécontentement.
Ily eut, le jour même de la publication de l'ouvrage, une lutte qui menaça de dégénérer en rixe. L'éditeur, craignant les pratiques de la police de M. Decazes, avait envoyé un assez grand nombre d'exemplaires dans les départements et même en avait laissé circuler quelques-uns à Paris avant de faire le
dépôt légal. M. Decazes profita de cett6 contravention pour ordonner la saisie du livre. Cette saisie fut opérée chez Lenormant, imprimeur, et les-scellés étaient apposés lorsque M. de Chateaubriand, prévenu en toute hâte, arriva. Il s'opposa, eu s'autorisant de son titre de pair de Francei à la saisie et à Tenlèvement des exemplaires; et les ouvriers, aux cris de Vive le Bail vive la Liberté de la presse I vive M. de Chateaubriardl brisèrent les scellés apposés sur les volumes, les feuilles et les formes par le commissaire de police et les officiers de paix. Cette émeute intérieure se prolongea jusqu'à l'arrivée de la genda^ merie. M. de Chateaubriand, se faisant une opinion exagérée de ses droits de pair de France, tenait seulement à constater qu'il ne cédait qu'à la force. Il y eut à cette occadon un rapport du commissaire de police à M. Çecazes et une correspondance très- vive échangée entre ce ministre et M. de Chateaubriand, sans préjudice d'une lettre et d'une protestation adressée par ce dernier au chancelier Dambray comme président de la Chambre des pairs et gardien de ses ptérdgatives. Dans la forme, M. Decazes avait raison ; M. Dambray, malgré sa vieille amitié pour M. de Chateaubriand, le lui déclara de la manière la plus formelle, en ajoutant dans la lettre qu'il lui écrivit à ce sujet :
« Vous igaorîes probablement ces dispositions quand vous sfei cm que Totre qualité de pair de France tous donnait le droit de vous opposer personnellement à une opération de police ordonnée ou autorisée par la loi, que tous les Français^ quel que soit leur rang, doirent également respecter. Je tous suis trop attacbé pour n'être pas profondément afflige de la part que tous aT62 prise à la scèna scandaleuse qui parait avoir eu lieu à ce sujet, et je regrette bien TiToment que tous ayez encore ajouté des torts de forme au tort réel d'une publication que tous saves étfe si désagréable à Sa Majesté ^ i
1. Voici le teite dt la loi du 21 octobre 1814 citée dans la lettre du chancelier Dambray : « Nul imprimeur ne peut mettre en vente un ouvrage, ou le publier de quelque manière que ce soit, avant d*avoir déposé le nombre praa*