‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 28 sur 172 · LE DUC DE RICHEUEU ET LE CABINET DE LA HAYE · texte numérisé non relu

LE DUC DE RICHEUEU ET LE CABINET DE LA HAYE

n*ayaient été Tobjet que d*ime répression dérisoire à force d'être indulgente. La conférence européenne siégeant à Paris avait, après une longue délibération, pris des conclusions plutôt signifiées qye transmises au Roi des Pays-Bas. Elle regardait conune urgent : a l^de faire en commun des démarches directes et efficaces pour exiger du Roi des Pays-Bas le renvoi de tous les individus compris dans la première et dans la seconde Uste annexées à l'ordonnance du 24 juillet 1815 ; 2* de déclarer que les régicides exceptés de la loi d'amnistie devaient être placés dans la même situation et qu'il convenait de prendre à leur égar4 des mesures analogues ; 3* de signi* fier au Roi des Pays-Bas que les abus et la licence effrénée delà presse en ses États étaient incompatibles non-seulement avec la bonne amitié qu'il était dans l'intérêt de l'Europe de lui voir conserver avec le Roi de France, mais encore avec tout autre gouvernement régulier ; en conséquence, de l'inviter à mettre un terme à ce désordre public et à punir ceux qui voudraient y persister. »

La conférence insistait en même temps pour que les personnes réfugiées en Belgique avec un passe-port sans être comprises dans les deux listes d'exception fussent mises en demeure de quitter le pays dès que ce passe-portleur serait retiré. Au même instant, l'Autriche faisait passer au cabinet de la Haye une note très-sévère qu'elle avait préalablement communiquée à la conférence européenne de Paris, et lord Castlereagh écrivait au duc de Wellington : « Soyez sûr que je ne négligerai aucun moyen d'éveiller le Roi des Pays-Bas sur le danger, ou plutôt sur la ruine qui le menace s'il ne cesse pas à temps de faire de sa presse et de son territoire l'instrument d'un mal général. )>

Le roi des Pays-Bas, on s'en souvient, était à cette époque le complice secret et le bénéficiaire éventuel, au moins dans la personne du prince d'Orange, sou fils, de la conspiration tra-

mée par les réfugiés français coûtre le gouvernemeut de Louis XVIII. L'ordonnance du 5 septembre devait être moins bien vue dans cette cour et dans ce pays que partout ailleurs, parce qu'elle ôtait à cette conspiration sinon un motif véritable, du moins un prétexte et un argument. Secrètement, on regretta qu'elle eût été rendue ; ostensiblement, on lui accorda une approbation froide, réservée et conditionnelle.

En prenant cette première concession pour point de départ des concessions nouvelles qu'ils espéraient arracher, les révolutionnaires du dehors donnèrent au gouvernement de Louis XVIII un avant-goût de la reconnaissance qu'il trouverait chez les révolutionnaires du dedans. Selon eux, puisque la Chambre de" 1815 était dissoute, toutes les lois votées par cette Chambre devaient être regardées comme nulles et non avenues. Les lois d'exception contre la liberté de la presse et la liberté individuelle devaient être immédiatement rapportées, les cours prévôtales abolies, les personnes incarcérées mises en liberté. On ajoutait que malhem-eusement il était impossible à Louis XVIII de rendre la vie [aux victimes des assassinats juridiques ordonnés par les tribunaux, mais qu'une loi devait être présentée pour faire à leur mémoire la réparation qui lui était due. A ce prix, on le croirait sincère; sinon, non. Telle est la reconnaissance des partis. M. Decazes, après l'avoir éprouvé au dehors, devait bientôt l'éprouver au dedans.

Page 1