‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 29 sur 172 · ÉLECTIONS GÉ5Ê1IALES. — CHAMBRE DE · texte numérisé non relu

ÉLECTIONS GÉ5Ê1IALES. — CHAMBRE DE

perdes élections. M. Decazes, on Ta vu, était décidé à gagner atout prix cette partie. Les moyens qiril employa, il les avait indiqués à lavance : ce fut la nomination des présidents des collèges de département, tous choisis dans les rangs de la minorité de la première session; le changement de trois préfets, MM. de Kersaint, de la Vieuville et Touvé : les deux premiers furent remplacés par MM. de Germigny et de Séguier ; mais par-dessus tout Tordre donné à tous les préfets, à tous les présidents de collèges et à tous les agents du gouvernement d'annoneer aux électeurs que le Roi verrait avec chagrin leurs voii se porter sur les membres de Tancienne majorité. On ajouta à ces moyens un appel fait aux \ieux révolutionnaires et aux fédérés des Cent-Jours que M. Decazes, selon les termes duprogranmie contenu dans son dernier mémoire au Roi, convoqua à Teffet de soutenir les candidats ministériels; il rétablit pour cet objet, dans les assemblées électorales, ceux-là même auxquels on avait fait subii* Tapplication de la loi du 29 octobre, en les considérant par conséquent « comme prévenus de délit contre la personne et l'autorité du Roi, contre les personnes de la famille royale et contre la sûreté de TÉtat. » En outre, parmi les agents secondaires et notamment parmi les commissaires de police, il employa des hommes qui s'étaient signalés dans la Révolution et dans les (lent-Jours par leurs opinions hostiles à la monarchie. On toléra même la distribution de factums dans lesquels les royalistes étaient accusés de rêver le rétablissement de la dime et des droits féodaux, et il u y a rien d'extraordinaire à ce que ces accusations retentissent dans les élections, puisqu'elles avaient trouvé un écho dans le mémoire présenté au Roi par M. Decazes. Une dernière mesure, très-légitime en elle-même, fut considérée, à cause (le sa coïncidence avec la lutte électorale, comme un moyen de frapper l'imagination des populations méridionales : on ou- Mit à Toulouse, le l*' octobre, le procès des assassins du gé-

126 ORDONNANCE DU S SEPTEMBBB.

néral Ramel, atteint d'un coup mortel, on s'en souvient, dans une émeute populaire ; et à Nîmes le procès de l'homme qui, le jour de la réouverture des temples protestants, avait dangereusement blessé le général Lagarde. Si l'on se souvient que les journaux de la droite étaient condamnés au silence parla censure tandis que les feuilles adverses pouvaient en toute sécurité attaquer les candidats sortis de l'ancienne majorité, on sera obligé de convenir que les conditions du combat étaient loin d'être égales. Telles qu'elles étaient, la droite les accepta. Elle avait une organisation, elle s'en servit ; elle usa virilement de son droit, et le résultat des élections ne répondit pas tout à fait aux espérances de M. Decazes. Trente-deux départements résistèrent à l'action du gouvernement, quelque forte qu'elle fût, et envoyèrent des députés appartenant à Tanciennemajorité; seize partagèrentleurs suffrages entre lesmembres de la majorité de la dernière assemblée et de nouveaux candidats; enfin la droite compta quatre-vingt-douze députés dans la Chambre qui n'en avait que deux cent trente-huit. Le but de M. Decazes était atteint, mais non pas dans la mesure où il espérait l'atteindre. La droite était en minorité, mais elle formait une minorité imposante. Elle avait perdu quelques-uns de ses membres influents : MM. Michaud, Forbin des Issarts, de Vitrolles, Pardessus , Duplessis-Grenedan, de Kergorlay, de BouviUe, de Laborie, Bourrienne; mais elle gardait M. de Bonald et M. de la Bourdonnaye, ainsi que ses deux chefs, MM. de Villèle et de Corbière.

n est cmieux de suivre dans la correspondance de "M. de Villèle, arrivé à Paris le 31 octobre avec ses collègues de députation, M. de Limayrac et M. d'Aldeguier , les impressions sous le coup desquelles revenaient les membres de l'ancienne majorité. Il peint en termes émus la rencontre des députés de la Chambre de 1 815 qui ont réussi à échapper à l'ostracisme

nvememental. Ils se serrent la main, s'embrassent, comp-

Page 1