ÉLECTIOMS GÉNÉRALES. — CHAMBRE DE
tent les ^ides que présentent leurs rangs, nomment les absents et les regrettent ; puis ils commencent à faire des calculs de statistique sur la composition de la Chambre. Ils estiment à quarante le nombre des membres hostiles aux Bourbons et ils les désignent sous le nom génériqUe de bonapartistes : ces membres , serviteurs dangereux qui peuvent devenir des maîtres, se vantent de faire pencher la majorité du côté où ils voudront. Les plus notoirement hostiles sont MM. Yoyer d'Argenson, envoyé par Cohnar, et M. de Bondy, envoyé par Châteawoux. Le nom de M. Laffitte, élu par Paris, n'a encore qu'une signification financière. Les ministériels s'élevaient, suivant eux, à cent. Viennent enfin les questions de conduite, celle du plan à suivre dans la session. M. de Yillèle échange avec les députés de son opinion des explications catégoriques, comme on peut s'en convaincre par la lettre suivante écrite, à la date du 1" novembre, à madame de ViUèle, demeurée à Toulouse : « Les ministériels disent : « On compte sur la sagesse de M. de Yillèle. i» Les royalistes : « Nous avons confiance dans sa droiture , ses talents, son « énergie ; c'est le chef que nous plaçons à notre tête ; mais K nous ne sommes pas sans inquiétude siur la facilité de son « caractère ; on l'a trompé l'an passé sur la loi d'élections. « Nous nous donnons tout à lui ; mais nous le lâchons à l'in- « stant s'il ne marche pas d'un pas droit et ferme dans notre « voie. »
Voilà donc le premier effet de la politique de M. Decazes : elle constitue la droite à l'état de parti, elle empêche sa fusion avec le centre droit, eUe ôte à M. de Villèle le moyen de convertir à la modération les hommes les plus ardents de son opinion, et elle l'oblige, au contraire, par point d'honneur et par un sentiment de dignité personnelle, de donner des gages à la passion politique qui s'enflamme autour de lui. m Nos rangs sont éclaircis, écrit encore M. de Villèle, maisnousnous
^erronsles unscontre les autres et nous marchons' d'autant plus unis. Si nous ne pouvons plus faire beaucoup de bien, nous empêcherons encore beaucoup de mal. » C'est ainsi quH cherche à s'encourager et à encourager les autres. Mais les difficultés dont la situation est hérissée ne pouvaient échapper h ce judicieux esprit : « Je suis fâché d'être appelé à jouer un rôle, écrit-il encore, mais je ne ferai ni traîtrailleries ni concessions; je suivrai mon cœur et ma conscience. » Puis il ajoute dans une autre lettre : a Le ministère ne peut vivre avec le gouvernement représentatif ; il veut l'annuler. De notre côté, il y a de l'exaspération et il faudrait de la modération. Serons-nous assez forts ? Serons-nous assez sages '?» Tout en s'exprimant avec cette modération, il sent qu'il doit marquer sa scission avec le ministère par ime démarche trauchée ; il n'acceptera aucune imitation chez les ministres, il ne se présentera chez aucun d'eux ^.
L'ouverture de la session, qui eut heu le 4 novembre !816, fut triste. Le Roi savait mal son discours et ne le dit point avec son art ordinaire. On avait déjà remarqué à la messe du Saint- Esprit l'expression soucieuse de sa physionomie , la sévérité de Madame la duchesse d' Arigoulême , l'abattement de Monsieur et l'air embarrassé du duc d'Angoulême, qui se tournait avec affectation du côté des pairs. Cette tristesse de la famille royale, dont l'union se trouvait brisée par la dernière mesure, avait ï'éagi sur les députés de la droite, et M. de Villèle écrivait à une personne de sa famille :
tt Je vous assure que des cœurs comme les nôtres sont dî^ chirés. »
Le discours de la couronne fut naturellement une apologi*^