‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 3 sur 172 · PRÉCÉDENTS DE PAUL DIDIER · texte numérisé non relu

PRÉCÉDENTS DE PAUL DIDIER

paralysé le recouvrement des contributions, suspendu le mouvement du commerce, excité de vives inquiétudes et présenté comm" possible une nouvelle révolution. »

Cette disposition des populations à croire à la possibilité d'une révolution nouvelle était un des plus graves obstacles à la consolidation du gouvernement royal. Une pareille opinion, en effet, ôtait tout calme et tout sang-froid à ses axxn»^ et donnait toute confiance à ses adversaires.

Quel était donc ce Didier, qui avait été Tâme du mouvement avorté de Lyon, en janvier 1816, et qu'on n'avait pu réussira arrêter? C'était une de ces têtes ardentes et un de ces caractères aventureux et énergiques qui, dans les temps de révolution, se jettent à corps perdu dans les grands courants d'idées et d'intérêts, et arrivent au premier rang ou se brisent contre les écueils. Avocat au Parlement de Grenoble avant 89, on le voit adopter avec une fougue impétueuse les principes nouveaux. Les excès du 10 août le jettent dans la réaction monarchique ; il brigue, un peu plus tard, le périlleux honneur de défendre Louis XYI, et quand Lyon lève le drapeau de la résistance contre la Convention, il court combattre au milieu des Lyonnais. Après la paix de Lyon, Didier, dont la tête est mise à prix, se réfugie dans le Midi et prend part à la réaction royaliste qui suit le 9 thermidor. C'est ainsi que commence pour lui cette vie d'intrigues politiques, de lutte*s, de conspirations qui a quelque chose d'enivrant. Eu butte aux poursuites des autorités républicaines, il émigré en Suisse, parait un moment en Allemagne auprès de Louis XYIII, visite les États-Unis, et, après cinq années d*émigration, rentre en France. En 1799, on le trouve à Paris, dirigeant un cabinet d'affaires, qui s'occupe spécialement des démarches nécessaires pour la radia^ tion des émigrés et la restitution de leurs biens non vendus. Cette occupation lucrative, qui, dans l'espace de trois, années à peine, lui produit en honoraires la somme de six cent mille

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francs, ne suffit ni à son goût pour la dépense ni à son acti* vite dévorante. Ceux qui ont touché à la politique ne savent plus résister à son attrait. Didier, à cette époque, écrit des brochures; il en publie une en 1799, presqu'à la veille de la journée du 18 brumaire, pour réclamer le retour des Bourbons ! « Vive le Roiy s'écriait-il dans cette brochure hardie et pleine du sentiment royaliste. Dieu tout-puissant qui le protégez, daignez jeter sur nous un regard favorable Venez, famille de Henri IV, vous appartenez à la France. Votre présence rappellera danç son sein les vertus, la paix et le bonheur; elle réconciliera notre coupable patrie avec un Dieu trop justement irrité'. » Le 18 brumaire change la face des choses : Bonaparte, premier consul, signe en 1802 le Concordat avec Pie VII; Didier devient Tardent admirateur du premier consul, il se précipite dans cette nouvelle voie avec Timpétuosité de son caractère, et célèbre dans une brochure la religion rétablie. La police considaire fait distribuer à profusion cette brochure favorable au gouvernement nouveau. L'auteur a changé d'amis, il hante les salons de MM. de Montalivet, Portalis, Fouché et Cambacérès. Didier obtient une chaire à TËcole de droit de Grenoble, nouvellement fondée, puis devient directeur de cette école. Cette occupation sédentaire convenait peu à cette organisation ardente et à cette fiévreuse activité. Laissant sa chaire à un suppléant, Didier se jette dans les entreprises; le tracé d'un chemin dans les montagnes de rOisans, entre l'Italie et la France, le dessèchement de^ marais de Bourgoin, le creusement d'un canal à Pien^Iatte, * une exploitation de mines, occupent simultanément cet esprit que rien ne fatigue autant que le repos. En 1810, il donne sa démission* Cependant, il succombait à la peine, et ses l'es-

1. Le* Uâliotis de Didier à celte époque de sa vie «ont toutes royalistai. Il fréquente MM. de Dreux-Brésé, de Juigoé, du Belloy. Il est reçu chez madame de la Porte. 11 avait publié sa brochure sous le voile de Tanonyme.

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«ourcei Imaiicières pliaient sous le fardeau de ces grandes aiaires, quand les catastrophes des dernières années de TEmpire précipitèrent sa ruine, en détruisant le crédit. Il lui faut ([uitter le Dauphiné et Grenoble. L'année i 813, cette année du désastre de TEmpire, le retrouve à Paris, épiant à Thorizon une occasion favorable pour relever Tédifice de sa fortune renver« sée. L'idée des Bourbons se représente alors à son esprit^ mais où sont-ils? En France, on ignore profondément leur destinée ; le dernier d'entre eux dont Didier ait entendu parler, c'est le duc d'Orléans, qui a fait une démarche auprès des Cortès espagnoles, pour obtenir un commandement dans les amiées espagnoles qui prenaient le dessus. C'est vers lui que son esprit se tourne, il rêve la reprise du plan de Bumouriez, et il projette un voyage à Païenne. Mais les événements se précipitent avec une rapidité incroyable; l'Empire tombe, la Restauration s'accomplit ; Louis XVIII est assis sur le trône de ses pères. Alors Didier retourne à ses sentiments monarchiques, il publie des brochures dans ce sens, il réclame le prix des services autrefois rendus. Après bien des démarches, il obtient le titre de maître des requêtes au conseil d'État et ,1a décoration de la Légion d'honneur, rémunérations insuffisantes selon lui. Ses plaintes et ses murmures arrachent aux ministres la promesse d'un siège à la Cour de cassation, pronâesse qui n'était pas réalisée avant la fin de la première Restauration. Le 20 mars trouve Didier dans un état d'exaspération inexprimable contre les Bourbons. Un dernier coup l'attendait; quoiqu'il se hâte d'offrir ses services au Gouvernement impérial, il est rayé du Conseil d'État par l'Empereur, à cause de l'éclat qu'il a naguère donné à ses opinions royalistes. C'est alors que, séparé des Bourbons de la branche ainée par son mécontentement, de Napoléon par la disgrâce, réduit à vivre d'emprunts, il se rapproche du parti qui^ cherchant h se frayer une voie entre la Restauration et l'Empire,

complotait à la veille du 20 mars rétablissement d'un gouvernement de nature à donner des gages à Topinion révolutionnaire, et dont on espérait trouver la personnification dans le duc d'Orléans ; tout le monde a reconnu Tintrigue et la conspiration dont Fouché était ràmê, dont les généraux Drouetd'Erlon, Lefèvre-Desnouëttes etLallemand étaient le bras. Didier avait espéré que cette combinaison, reprise après Waterloo, serait le dénoûment des Cent -Jours. Quand la force des choses, dont il n'avait pas tenu compte , eut ramené à Paris Louis XYIII, Didier, dont Tindomptable volonté ne pliait pas sous les événements, voulut lutter encore, et il se mit en rapport avec les généraux de Tannée de la Loire, à Taide desquels il espérait provoquer un vaste soulèvement. Ces généraux hésitèrent devant une entreprise désespérée, qui pouvait attirer sur leur patrie d'incalculables malheurs, puis ils refusèrent d'une manière absolue. Pourquoi, pour qui risquer une pareille partie? L'armée de la Loire fut disloquée, puis licenciée; ce levier se brisa encore dans la main de Didier, vainement étendue pour le saisir. N'importe, il persista. Le renversement des Bourbons de la branche ainée devenait pour cet esprit à outrance, excité encore par sa position précaire, une gageure, une passion politique, im besoin. Sa fortune détruite ne pouvait plus se relever que sur une révolution.

Tel était l'homme qui, depuis le commencement de 1816, parcourait les campagnes du Rhône et de l'Isère, en cherchant à nouer contre les Bourbons les fils d'une vaste conspiration. Sa vie, on vient de le voir, était loin d'avoir conservé son unité. Elle avait plusieurs fois changé de voie. Épris des idées nouvelles de 1789, réactionnaire le 10 août, devenu un des défenseurs de Lyon, engagé dans le mouvement thermi^ dorien, ardemment royaliste, émigré, bonapartiste enthousiaste après le Concordat, orléaniste en 1813, royaliste de nouveau en 1814, Didier, redevenu orléaniste en i8iS, avait

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