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3. « Je BuU invité chez le minifitre des ânances, mais mon parti est bien pris. Pour éviter les traîtrailleries et les tripotages, je ne dîne chez aucun, Je n'en vois aucun. • {Correspondance inédite de M. de Villôle.)
SESSION DE 4816-1817 : premières séances. 429
et même iine glorification de l'ordonnance du 5 sieptembre, présentée comme un retour à la Charte^ dont on avait eu tort de s éloigner et à laquelle il fallait revenir. La phrase qui terminait le discours excita un frémissement parmi les hommes de la droite , placés ex œquo avec les révolutionnaires et dénoncés conmie un des dangers de la monarchie, obligée d'appréhender le zèle d'amis trop ardents autant que la haihe de ses ennemis les plus injustes et les plus violents. La discussion de la vérification des pouvoirs se prolongea huit jours et fut très-vive. La nouvelle majorité usa sans scrupule de sa prépondérance numérique pour sanctionner toutes les élections, même celles que le ministère semblait abandonner. Parmi les élections les plus vivement attaquées furent celles du Pas-de-Calais; un grand nombre d'électeurs du département avaient envoyé à M. de Villèle, en faisant appel à son eoiu^ge et à sa loyauté, la lettre originale du préfet, M. Malouet, adressée aux électeurs et ainsi conçue :
« Je suis autorisé à le dire^ à le répéter, à récrire, le Roi verra avec méconteutement siéger dans la nouTelle Chambre ceux des députés qui se sont signalés dans la dernière session par un attachement prononcé à la majorité opposée au gouTernement. A Totre arrivée à Arras, monsieur, faites-moi Thonneur de venir chez moi; seul je puis vous faire couualtrc la pensée du Roi et ses véritables intentions. »
Après avoir lu cette lettre, dont il déposa loriginal sur le bureau, M. de Villèle ajouta :
« Cette pièce prouve d'une manière sans réplique Texclusiou inconstitotiounelle donnée, dans les élections du Pas-de-Calais^ à des hommes possédant les conditions d'éligibilité voulues par la Charte. Si une émeute populaire avait InQuencé une élection, la valideriez-vous? Celle du Pasde-Galais a été influencée par une puissance bien plus irrésistible pour des Français, elle L'a été par Tabus qu'on a fait du nom du Roi, en menaçant de son mécontentement tout électeur qui ne souscrirait pas à l'exécution de ce qu^on commandait en son nom. »
Hiil.delaReiUur.lv. 8
La seiile réponse faite à cette observation fut une invitation à déposer une proposition séparée, c'est-à-dire une accusation contre le ministère; fin de non-recevôir évidente^ puisque le ministère avait la majorité dan^ la Chambre et que la plupart des membres de la majorité avaient dû leur nomination à des moyens analogues à ceux employés dans le Pas-de-Calais. La Chambre acheva la vérification des pouvoirs dans la séance du 8 novembre^ qui fut très-orageuse. Au moment où la droite s'y attendait le moins, les meneurs de la majorité proposèrent de valider l'élection de M, de Mézy, préfet du Nord^ et de deux candidats de la Mayenne ^ qui n'avaient été portés sur aucune liste d'élus, qui n'avaient pas été proclamés devant les collèges électoraux, et auxquels le Roi n'avait pas envoyé de lettres closes. La majorité étouflfa pai* dés clameurs les protestatioDs de la minorité qui, après avoir constaté que la discussion n'était pas libre, se contenta, quelques moments après, défaire lire les pièces contre les élections du Lot et les repoussa en renonçant à les discuter.
Après cette séance, un grand nombre de membres de la minorité, indignés du déni de justice qu'ils avaient éprouvé el cédant au dégoût que leur inspiraient les procédés de la majorité, pmlaient de protester contre son despotisme et de se retirer. MM. de Villèle et de Corbière firent observer à leurs collègues qu'il ne seyait pas à des hommes de cœur d'abdiquer leur devoir en désertant la lutte. •
Le lendemain le scrutin fut ouvert sur la liste des candidatî^ à présenter au Roi pour la présidence, les vice-présidences, et le bureau. M. de Serre obtint H2 voix, M. Pasquier 101, M. Royer-CoUard 91 , M. Bellard 91 , M. Reugnot 70 ; c'étaient les voix de la majorité. Les voix de la minorité donnèrent 77 suffrages à M. Trinquelague, 76 à M. de Corbière, saiiï^ la sienne, 74 à M. de Ronald, 72 à M. de Villèle. Comme dix-sept membres de la droite avaient été ajoiu-nés poiu* dé-
SESSION DE 1816-1817 : nomination du bureau. 131 faut de production de pièces, les députés de la droite purent dès lors estimer leur force numérique à 94 voix. Us étaient exclus de toutes les fonctions de la Chambre, présidence et vice-présidences, questure; on ne leur avait pas même accordé une place de secrétaire. Aussi, malgré les professions de modération que n'épargnaient pas les députés ministériels, le fossé qui séparait du gouvernement les hommes de la droite s'agrandissait chaque jour, et M. de VillMe repoussa, d'une manière absolue , les ouvertures que lui lit faire M. Laine, bien que celui-cK insistât en disant qu'il n'avait jamais été pius important de s'entendre.
Il est temps d'entrer dans la session de 1816 et d'en donner la préface obligée, je veux parler du discours de la couronne. Le Roi s'était exprimé ainsi dans la séance d'ouverture :
I En ouvrant cette nouvelle session, il m'est bien doux d'avoir à me féliciter avec tous, messieurs, des bienfaits que la divine Providence a daigné accorder i mon peuple et à moi. La tranquillité règne dans le royaume ; les dispositions amicales des souverains étraugers et l'exacte observation des traités nous garantissent la paix à l'extérieur, et si une entreprise insensée ^ a pu causer un instant d'alarmes sur notre calme intérieur, elle n*a servi qu'à mieux faire éclater rattachement de la nation et la fidélité de mon armée. Mon bonheur personnel s'est accru par l'union d'pn de mes enfants (car vous le savez, ceux de mon frère sont les miens) avec une jeune princesse dont les qualités aimables, secondant les soins du reste de ma famille, me promettent que ma vieillesse sera heureuse, et qui, jeTespère, donnera à la France de nouveaux gages de prospérité en affermissant l'ordre de succession, première base de cette monarchie, et sans laquelle aucun État ne saurait être stable. ^ « A ces biens se joignent, il est vrai, des peines trop réelles : l'intempérie des saisons a retardé les moissons, mon peuple en souffre, et j'en souffre plus que lut; mais j'ai la consolation de pouvoir tous dire que ce mal n'est que passager, et que les récoltes suffiront à la consommation. « De grandes charges sont malheureusement encore nécessaires ; je ferai mettre sons vos yeux l'état fidèle des dépenses indispensables et celui des moyens d'y subvenir. Le premier de tous est l'économie; j'en