‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 33 sur 172 · DÉBATS DANS LA PRESSE SUR LA LOI ÉLECTORALE · texte numérisé non relu

DÉBATS DANS LA PRESSE SUR LA LOI ÉLECTORALE

adopté «avec iine additioD de quelques phrases contre les ultras et le saint-sîége , » selon la remarque de M. de Maccarty, le seul membre de la droite qui fit partie de la commission.

Louis XVIII avait, comme on a pu le vjir, donné satisfaction, par le discours de la couronne, aux scrupules de conscience des catholiques qui , au commencement de la session précédente, avaient émis l'opinion que la prééminence de la religion catholique n'était pas assez affirmée. En revanche, il n'avait pas fait mention de la loi la plus importante qui dût occuper la nouvelle législature , la loi d'élections, sur laquelle la jChambre précédente et le ministère n'avaient pu s'entendre. Une vive et brillante polémique dans la presse précéda la présentation de cette loi ; elle avait pour objet la natiu*e et les limites du système représentatif appliqué à la France. Dans la Monarchie selon la Charte , M. de Chateaubriand avait, on l'a vu, pris l'initiative de cette polémique, en présentant le gouvernement à l'anglaise comme le type nécessairement applicable à notre pays. L'historien de la session de 1815, M. Fiévée, autre écrivain de la droite, dont les livres avaient une grande vogue, concluait dans le même sens. Enfin, M. de Vitrolles n'avait pas craint d'écrire ces lignes : « Dans les gouvernements représentatifs, l'opinion publique est souveraine, et le ministère, sorte de corps intermédiaire entre le Roi et les Chambres, doit être pris nécessairement parmi les hommes que les Chambres désigneraient si elles étaient appelées à choisir directement. » La Quotidienne^ comme &5 Débats et le Constitutionnel^ s'étaient rangés à cette opinion ; mais elle avait été vivement combattue par des écrivains appartenant à la droite , et, pour n'en citer que les plus éminents, je nommerai le cardinal de la Luzerne et M. Rubichon, fort opposé au gouvernement à l'anglaise, quoiqu'il eiit vécu longtemps en Angleterre,

Le cardinal de la Luzerne s'appuyait principalement sur la différence radicale existant entre TAngletenv et la France, pour soutenir que ce qui convenait à Tune ne pouvait, par cela même, convenir à l'autre *. Selon lui, c'était uniquement pour le vote des l^is que le gouvernement pouvait avoir un caractère représentatif dans notre pays. L'administration, attribuée exclusivement au Roi parla Charte, échappait complètement au contrôle des deux Chambres. Le Gouvernement, selon cette théorie, était personnellement exercé par le Roi, qui se servait de ses ministres comme d'instrument pour appliquer sei idées; les ministres ne pouvaient donc étn» responsables qu'envers le Roi.

M. de Saint-Roman, dans un discours écrit, hi à la Chambn* des pairs, allait plus loin, et ne reconnaissait au peuple, représenté par la Chambre des députés, qu'un droit, celui de présenter des doléances et des vœux. Enfin, le marquis de Ducrest, dans un Traité sur le pouvoir absolu, demandait la suppression des institutions représentatives comme ayant été la cause de toutes les calamités publiques. M. Rubichon, dont nous avons prononcé le nom, causeur spirituel, esprit original et primesautier, qui ne reculait devant aucune conséquence* de ses idées et qui trouvait quelque plaisir à leur donner la forme la plus aigutS la plus agressive et la plus déplaisante pour ses adversaires, n'hésitait pas à écrire dans une préface mise à la tête d'un de ses ouvi*ages publié ponr la première fois en 18U : « Je fis et je publiai cet ouvrage à Londres en 481!. Si les Français, à cette époque, opprimaient les nations étrangères par leurs meurtres, leurs pillages et leurs incendies, les Anglais y répandaient un tléau bien plus terrible , celui du gouvernement représentatif, »

t . Le cardinal de la Loierne expoaa sei idées dana deux brochuret. L'ane éUit iniilulée : Sur la Différence entre la Constitution aniflaise et la Constitution /rmçaisf ; Tautre : De la Respomabililé de* ministres.

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(!(*iix qui s'exprimaient ainsi oubliaient une chose : c'est que la satisfaction stérile de paroles qu'ils se donnaient par ces manifestations d'idées particulières ne valaient pas les diflicultés inextricables qu'ils créaient h la Restauration et aux royalistes engagés, comme MM. de Chateaubriand, Villèle et Corbière, et tous les royalistes pratiques, dans ce gouvernement représentatif, devenu depuis la Charte et par la Charte le gouvernement du pays. Qu'on cherchât dans quelle mesure et par quels moyens le gouvernement représentatif pouvait ^ire approprié h la France, c'était une autre question dont on «e se préoccupait pas assez dans les deux écoles qui se dessinaient au sein de la droite. Le cardinal de la Luzerne, et ceux qui partageaient ou exagéraient ses idées, ne considéraient pas qu'il est plus fiicile de marquer dans la théorie que dans la pratique le point où commence et celui où s'arrête l'action d'une Chambre qui vote les lois et discute tous les ans le budget. Vouloir que les ministres soient responsables uniquement devant le Roi , quand ils sont obligés de compter tous les ans avec cette Chambre qui , h propos des voies et des moyens, contrôle toutes les résolutions prises ou à prendre , et quand la responsabilité ministérielle est écrite dans la Charte , c'était mal connaître le jeu des institutions politiques,^ les tendances de Tesprit humain et la disposition naturelle des pouvoirs à user des moyens d'iïifluence qui sont dans leurs mains. D'un autre côté, dans l'école libérale de la droite, on ne tenait pas assez compte des difTérences énormes qui existaient entre l'Ane:leten'e et la France, et l'on ne se préoccupait pas suffisamment des moyens qui pourraient remplacer l'organisation aristocratique de l'Angleterre et fonder la liberté politique sur des institutions locales de nature h tempérer l'excès de la centralisation qui , si l'on n'y remédiait pas , devait rendre le ^Gouvernement représentatif impraticable en France. En effet, dans le cas où l'on ne trouverait pas ce tempérament , l'ab-

sence d'influences locales obligerait les hommes indépendants à résister à l'influence centralisatrice du gouvernement par une opposition centralisée , qui , réunissant au centre les deux électricités politiques, devait produire ces chocs qu'on appelle les révolutions. Le véritable problème à résoudre était donc celui-ci : acclimater le gouvernement représentatif en France à côté d'une centralisation gouvernementale qui perdrait uniquement ce qui nuit à la liberté, en gardant tout ce qu'il est essentiel de garder pour conserver à l'action nationale, au dehors, cette vivacité d'allures, condition de sa puissance; cette rapidité de concentration qui, donnant au gouvernement la disponibiUté prompte et pour ainsi dire soudaine, des forces du pays, décuple la puissance de la France, appelée à marcher l'égale des peuples supérieurs par l'étendue géographique du territoire et le chiffre numérique de leur population.

Tandis que les publicistes de la droite traitaient cette importante question à deux points de vue opposés, deux honames qui n'étaient pas encore en possession de toute leur renommée descendaient dans l'arène en faveur du ministère, et combattaient la théorie développée par MM. de Chateaubriand, de Vitrolles et Fiévée. Le premier de ces écrivains était M. Gui2ot, le second M. Villemain.

M. Guizot appartenait au parti doctrinaire, gi'oupé alors autour de M. Royer-Collard et de M. de Serre et qui commençait à attirer les» yeux. C'était au fond moins un parti qu'une école, peu considérable par le nombre, mais appelée à exercer une influence réelle par le talent. Dans notre pays, où l'épigramme est toujours la bienvenue, on l'appelait quelquefois (( le canapé doctrinaire, » parce que le parti aurait pu, au besoin, disait-on, tenir tout entier sur un canapé. Ces mots de doctrine et de doctrinaire, mal compris par la foule, signifiaient dans la bouche des adeptes que les doctrinaires,

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