DÉBATS DA5S LA PRESSE SUR LA LOI ÉLECTORALE
venus de la philosophie à la politique, s'inspiraient encori' dans la politique de leur philosophie. Ils n'ioToquaient pas seulement des intérêts, ils posaient certaines règles, formulaient certaines maximes suivant lesqueQes la politique devait être conduite. C'était une sorte de rationalisme politique, qui donnait à leur parole de Téclat et de lautorité, avec ce demijour sibyUiii qui est im attrait de plus. Au fond, ils entreprenaient d'établir ce qu'ils appelaient un gouvernement rationnel. Je puis bien le dire, après lliomme d'Ktat de cette école qmajoué le rôle le plus éclatant , « il y avait un grand orgueil dans cette tentative J, » et la raison individuelle, venant s'affirmer en face de la tradition de notre histoire et des innovations révolutionnaires et se chargeant de l'arbitrage entre le progrès et Texpérience, pouvait paraître à bon droit hautaine quoique celle foi dans l'intelligence eût quelque chose de hardi et de confiant, de nature à plaire à l'esprit français. Le concours des doctrinaires était, à un autre point de vue encore, avantageux à M. Decazes, qui n'était guère qu'un homme d'expédients : ils lui apportaient des idées. Or, quand la tribune est debout, les intérêts ne suffisent pas à la lutte , c'est avec des idées que l'on combat. Aux théories révolutionnaires et aux principes royalistes, le ministère devait donc volontiers opposer les théories doctrinaires.
L'écrit que publia M. Guizot : du Gouvernement représen^ iatif et de t état actuel de la France^ n'avait pas toute la clarté et toute la précision qu'on a trouvées depuis dans ses autres ouvrages. Il était sous le coup des circonstances qui l'obligeaient à donner l'ascendant au pouvoir royal, — ce pouvoir était la meilleiu-e arme du parti auquel il appartenait, — et la droite pouvait lui renvoyer la phrase par laquelle il expliquait les doctrines de la majorité de 1815 : « Sa situation a dicté sa théo-
1, M. Gaizol, Mémoires povr xervir à Vhhîoire de mon trmpx^ lomc !♦', page 168,
rie. w M. (iiiizot répondait donc à M. de Chateaubriand et à MM. de Vitrolles et Fiévée : « C'est le Roi qui veut et qui agit, qui se\il a le droit de vouloir et le pouvoir d'agir. Les ministres sont chargés d'éclairer sa volonté ; c'est pour eux non-sevilement un devoir, comme dans tous les gouvernements possibles, mais une nécessité qui leur est imposée par leur situation. Sans sa volonté, ils ne sont rien, ils ne peuvent rien, et quiconque prétend distinguer les ministres du Roi ne travaille en fait qu'à les désunir, w L'auteur complétait ainsi sa pensée : a Un ministère gouvernant au nom du Roi et subordonné à la majorité des Chambres qui gouvernent au nom de ropinioii, telle est la plus simple expression du gouvernement représentatif, ainsi que le conçoivent et l'expliquent nos adversaires. >• M. fîuizot repoussait cette doctrine comme supposant la souveraineté du peuple, mais quand il s'agissait de lui substituer une autre doctrine, il demeurait embarrassé, et au fond ne trouvait guère qu'un équivalent. Il admirait, en effet, la maison de Bmnswick « consentant à la fusion intime de l'autorité royal*' avec celle des Chambres, » et faisait remarquer que « depuis lors toute rivalité avait disparu. » Il assurait qu'en Angleterre « les Chambres ne gouvernaient pas et qu'elles n'étaient pas en possession de faire et de défaire les ministères, w assertion plus que contestable. « Seulement le gouvernement anglais, disait-il, éclairé par l'expérience, s'était fort sagement décidé à prendre son siège dans les chambres mêmes, à établir là le centre de son action, enfin à gouverner au milieu d'elles et par elles. » Les paroles de M. Guizot en faveur de la prérogative royale étaient magnifiques ; mais, quand on allait au fond des idées, il était facile de découvrir qu'il ne lui accordait rien au delà du droit de dissolution contre une majorité dont les vues ne s'accordaient pas avec les siennes et du droit d'action sur les élections. Restait toujours un redoutable et fat^d problème qui devait se représenter plus tard, celui où la majorité