DÉBATS DANS LA PRESSE SUH LA LOI ÉLECTORALE
reviendrait avec les mêmes idées et les mêmes volontés. Qxie feraitron alors et quel serait le droit de la royauté? Le publiciste doctrinaire ne proposait aucune solution pour ce cas t'itrême, et se trouvait ainsi en contradiction avec lui-même, (lommeut dire, en effet, dans une pareille situation, que la majorité ne défaisait ni ne faisait les ministères et qu'elle ne gouvernait pas, si le Roi devait se placer au milieu des Chambres pour gouverner avec elles et par elles? Au fond, le problème Msdl aussi insoluble que celui de la quadrature du cercle, si les deiuc pouvoirs voulaient user de leur prérogative à outrance. Là où se fait sentir le soufile indépendant de la volonté humaine, on ne peut tout prévoir et tout régler comme lorsqu'il sagît du jeu des forces mécaniques. En dernière analyse, en donnant la Charte, Louis XVIII s'était astreint à compter avec les deux Chambres sur les finances et sur la politique ; il fallait ou les amener à son avis, ou transiger avec elles ; la marche du gouvernement constitutionnel était à ce prix.
M. Villemain, attaché par des liens plus étroits au ministère, — il était directeur de la librairie et de l'imprimerie, — n'avait pas d'affinités avec l'école doctrinaire. Son écrit, spirituel, ardent, agressif, était un réquisitoire dirigé contre les classes nobiliaires au nom des classes moyennes, contre l'ancien régime en faveur de la société moderne. Les préventions de l'aristocratie de l'esprit contre l'aristocratie de naissance, du lettré contre le gentilhomme, y avaient gravé leur empreinte. Il insinuait, comme M. Guizot, que dans cet enthousiasme de la droite pour le gouvernement représentatif il y avait plus de tactique que de conviction, et, signalant la rencontre des idées de Chateaubriand avec celles de Benjamin Constant sur le gouvernement représentatif, il faisait remarquer, sans beaucoup se fier à cette entente, que « Jérusalem parlait comme Samarie. ï> Puis venaient diverses récriminations dirigées
contre la droite soupçonnée par lui de se servir des fonnes de la (îharte pour renverser le fond de la Charte, c'est-à-dire la liberté de conscience, Tégalité devant la loi et Tadmission de toutes le§ classes à tous les emplois. La majorité de 1815 était accusée d'avoir voulu « entasser des ruines pour réparer d'anciens malheurs. » Dans cet écrit, la prééminence du pouvoir royal sur tous les pouvoirs et la supériorité de l'actioû royale sur ractio» parlementaire étaient plus hardiment, plus franchement professées que dans l'écrit de M. Guizot. Le Roi, qui avait donné la Charte, devait naturellement en surveiller le développement. M. Villemain passionnait le débat en réduisant tout à une querelle du présent contre le passé, et tenninail par (m grand éloge de la Chambre nouvelle, dont l'heureuse composition, contredisant de funestes prédictions, justifiait sî bien la sagesse royale.
Il faut dire, pour expliquer cette appréhension du retour de l'ancien régime, appréhension qui, à cette époque, reparaissait sous toutes les formes, chez les uns comme l'expression d'une crainte sérieuse, chez les autres comme une^tactique, que la liberté de la presse rendue au moins aux livres et le silence de la Charte sur les institutions sociales qui pouvaient servir d'assises aux institutions politiques posées, pour ainsi dire, en l'air, à côté de la centralisation administrative, semblaient donner la parole à tous les esprits spéculatifs, toujoiu^s empressés en France à produire leurs idées. C'est ainsi que M. de Montlosier, dans un écrit intitulé des Désordres actuels de la France et des Moyens d'y remédier^ proposait de revenir, non pas aux lois qui régissaient la France avant 1789, mais à celles qui existaient avant Louis XIV. Sous ces chimères, il y avait le sentiment d'un besoin vrai, celui de favoriser la formation d'une classe politique qui, comme en Angleterre, donnât une vie réelle aux institutions représentatives. Seulement, au lieu de regarder en avant pour trouver une
PREMIERS DÉBATS DE LA CHAMBRE. lil
combiDaison réalisable, quelques esprits qui venaient du passé, suivant un attrait naturel, regardaient en arrière. . .