LOI DE SÛRETÉ GÉNÉRALE
bilité où se trouvait la droite de voter les mesures proposées. Le ministère lui demandait un vote de confiance, et Tordonnance du S septembre, et les mesures subséquentes avaient altéré profondément sa confiance dans le ministère. En outre, la confiance que témoignaient à celui-ci les adversaires constants de la droite, et les conditions qu'ils mettaient à leur appui en réclamant publiquement, et avec l'espoir moliTé d'être obéis, l'ostracisme des derniers représentants que celle-ci comptait dans l'administration ^ lui prescrivaient de se tenir dans une attitude de réserve et de défensive. Ce motif suffisait pour autoriser le vote défavorable de la droite, malgré les observations que firent plusieurs orateurs ministériels sur la contradiction existant entre son vote de 1815 et son vote de 1817. Il est dans l'essence du gouvernement représentatif , en effet, de refuser à un ministère dont on se défie les pou- ^oirs accordés à un ministère en qui l'on se confie. Mais les orateurs de la droite présentèrent deux autres considérations. Dans la séance du 15 janvier 1817, le comte de Caumont fit observer que la loi de sûreté générale était en vigueur au moment du complot de Lyon et de l'insurrection de Grenoble, et que cette loi n'avait prévenu ni le complot ni l'insurrection. Pourquoi donc le ministère voulait-il garder une arme dont les événements venaient de constater l'impuissance et l'inutilité? Cette remarque pîqua au vif M. Decazes, et le lendemain, 16 janvier, il prononça un discours qui souleva entre lui et le général Donnadieu un débat destiné à se prolonger pendant trente ans. S'il s'était contenté d'alléguer qu'une arme, toute forte qu'elle soit, ne saurait parer tous les coups, son argumentation, en conservant toute sa valeur, n'aurait choqué personne. Mais il voulut mettre tous les avantages de ^n côté ; il se posa devant la Chambre en homme qui avait prévu les événements de Grenoble, n'y avait attaché aucune importance, et les avait réprimés, en se jouant, comme une
échauffourée. Cette vanité et cette suffisance politique avaient mal inspiré M. Decazes. D abord, rien de plus contraire à la vérité, comme le récit des événements a suffi pour le démontrer, que cette assurance rétroactive qu'il affectait. Comment, en outre, concilier cette atténuation de la gravité des événements avec rinexorable sévérité du ministre de la police? 11 pouvait, il est vrai, essayer de rejeter ces rigueurs sur les autorités locales. Mais il devait connaître assez le général Donnadieu pour savoir que celui-ci n'accepterait pas la re^ ponsabilité que le ministère cherchait à lui infliger. Or le général Donnadieu. avait une arme terrible dans les mains : c'était la dépêche télégraphique signée par M. Decazes, qui prescrivait d'exécuter immédiatement les condamnés pour lesquels on avait demandé un sursis et ceux au profit desquels la Cour prévôtale et le Conseil de guerre avaient signé un recours en grâce. Cette dépêche, restée jusque-là secrète entre le gouvernement qui l'avait envoyée et l'autorité locale qui l'avait reçue, ne pouvait manquer d'être produite. Si elle l'était, l'argument de M. Decazes tournait contre lui-même : s'il avait tout su, tout prévu, si l'insurrection de (ireuoble n'avait été qu'ime échauffouiée sans importance, le gouvernement était inexcusable d'avoir été sans pitié. Voici les parties les plus saillantes du discours de M. Decaieë :
« Quand il serait vrai que radministratton aurait élé impréToyanic sur un seul point, il ne serait pas moins vrai de dire qn*elle aurait encore bien mérité de la patrie par son succès sur tous les autres points da royaume.
« Mais comment accuser le gouvernement d'imprévoyance snr les affaires de Grenoble? L'affaire de Grenoble n*a pas été Imprévue. L'état de Grenoble était connu depuis trois semaines; des forces imposantes avaient été, sur notre demande, envoyées dans cette ville S et sans cette précaution on ne peut dire quel eût été le sort de Grenoble.
1 . On saU que ces tortn tmpounles le rédaisaient i 700 hommes, 0t (loil aval! fallu lea inatancai réitérées du général Donnadieu pour Wa obtenir.