LOI ÉLECTORALE A LA CHAMBRE DES PAIRS
dance et avec discernement. Il aurait fallu établir que ceux qui nommeraient les représentants avaient ces lumières et cette indépendance, et qu'en outre ils feraient leurs choix de manière que ceux qui avaient le droit d'être représentés vissent tous leurs intérêts défendus. Le duc de Broglie adopta la loi, parce que, selon lui, 120,000 Français réellement représentés valaient mieux que 2 millions d'hommes aliénant leurs droits à Taventure sans réfléchir à ce qu'ils font.
J'ai dit que parmi ceux qui attaquèrent le plus vivement la loi àe trouvait le duc de Fitz-James. Il parla avec cette ardeur et ceUje véhémence que donne l'espoir du succès, car dans la Chambre des pairs la droite pouvait aspirer à réunir la majorité. Le Roi avait, il est vrai, interdit à Monsieur et aux princes d'assister à la discussion, et l'on commençait à parler du retour de M. le duc d'Orléans, qui fut rappelé de Londres quinze jours après, et que le ministore destinait, disait-on dans les salons de la droite, à tenir Monsieur en échec. Mais, si les princes étaient absents, ils étaient représentés par les hommes de leur entourage le plus intime, et jusque dans l'entourage du Roi le vote direct des électeurs à cent écus comptait des adversaires résolus. Il semblait à beaucoup de pairs que ce fût une tentative pour créer une aristocratie du cens en face de Taristocratie héréditaire dont la Chambre haute était l'expression naturelle. M. Laine avait essayé de combattre cette idée dans l'autre Chambre, en disant que tous les grands noms noblement portés trouveraient dans le nouveau corps électoral des voix prêtes à les envoyer à la Chambre élective. « Ayez des vertus, s'était-il écrié, et vous aurez de l'influence. » Le duc de Fitz-James s'empara de cette phrase dans son discours et s'écria :
« Quels sont donc les siècles, quels sont Honc tes peuples dont M. Laine a étudié Tbistoire 7 En quel tempSi chei qui a-t-il trouvé ces hommages
186 QBDONNAHCE DU 5 SEPTEMBRE.
rendus à la yerta? Est-ce à Athènes^ est-ce à Rome? Est-ce en Fra&ce pendant la Réyolution? Le ministre a donc eu le bonheur de Tivre loin du monde pendant dix-sept ans? Il n*a donc pas connu les hommes qa*il était destiné à gouyemer? Qui donc a-t-il yu monter au Gapitole, qui donca-t-il yu monter à l'échafaud? Ah! j*aime à croire qu'au moment où, dans la Chambre des députés, il prononçait ces inconceyables paroles, si tontàcoup les portes de la salle se fussent ouyertes, et si, du haut de la tribune où il parlait, ses regards fussent tombés sur la place fatale, sur la place da crime^ j*aime à croire que sa yoix aurait expiré sur ses lèyres, la yérité lui serait apparue, et, à la lueur de son flambeau, il aurait lu sur les payés, en traits sanglants et ineffaçables : « Non, ce n est point ici-bas, c'est < dans un séjour plus éleyé que layertu doit s'attendre à receyoir sa ré- « compense. »
Ces paroles éloquentes ayaient profondément remué l'assemblée; rame honnête et loyale de M. Laine en avait été elle-même troublée. Il ne le cacha pas et il annonça à la Chambre qu'il discuterait la loi avant de répondre au duc de Fitz-James, afin de laisser au ressentiment qu'il éprouvait le temps de se calmer. Ce ne fut en effet qu'à la fin de son discours que, relevant les attaques dont le ministère avait été l'objet, il prit ainsi l'offensive à son tour, en dirigeant ses regards vers les bancs où siégeait le duc de Fitz-James, à côté du prince de Pohgnac.
a Lorsqu'on accuse, s'écria-t-il, deyant cette Chambre les conseillers du Roi, qui chaque jour trayaillent de tout leur pouyoir à seconder les intentions paternelles de Sa Majesté, ne leur serait-il pas permis d'accuser à leur tour ces conseillers priyés^ fléaux: des rois, dont les perfides ayis causent les bouleyersements et la destruction des empires?»
C'était répondre par une attaque personnelle aune objection qui portait sur le fond des choses. M. Laine produisait au grand jour les divisions intestines de la famille royale et signalait à l'indignation publique les serviteurs de la maison de Bourbon, parce qu'ils ne partageaient pas son avis sur la loi électorale. Comme réplique oratoire, ses paroles firent une