‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 47 sur 172 · MOTIFS DB LA CONDUITE DE LA DBOITE · texte numérisé non relu

MOTIFS DB LA CONDUITE DE LA DBOITE

Od arrivait au budget. La droite, toujours battue au scrutin, n'avait pas cessé de soutenir la discussion avec talent et ferineté. Peu ménagée par M. Decazes, elle ne l'avait pas mé- Dagé. Les députés ministériels qui, comme M. Royer-Col- Jard et Camille Jordan, Tenaient de la révolution de 1789, s'étaient étonnés et même indignés de voir les principes de la liberté politique défendus contre eux par la droite, et avaient révoqué en doute la sincérité des royalistes. Ce soupçon n était pas mérité. Les députés de toute nuance qui marchaient avec M. Decazes mettaient avant tout le nom et Tautorité du Roi, parce que c'était là leur plus puissant moyen d'action dans la Chambre et dans le pays, et que la faveur de M. Decazes enrôlait à leur service cette grande influence. Les députés de droite, au contraire, ne pouvaient agir dans la Chambre et sur le pays que par la liberté politique ; or ils étaient fermement convaincus qu'ils se trouvaient en présence de circonstances dont la gravité leur imposait le devoir étroit d'user jusqu'au bout des moyens d'action qu'ils avaient dans les mains. Il est impossible, quand on lit les correspondances secrètes du temps, de ne pas demeurer persuadé que c'était là le véritable mobile de la conduite de la droite. 11 y a peu de lettres des députés de ce côté à leur famille, où ils n'expriment cette pensée. Ainsi lorsque à la veille de la discussion de la loi de sûreté générale, ses collègues hésitent à se placer sur le même terrain que les hommes de gauche, celui des principes constitutionnels, pour attaquer la loi, M. de Villèle écrit avec tristesse : « Cependant les libertés publiques sont

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notre seule arme pour défendre le Roi et la monarchie contre le ministère, qui livre le pays aux principes comme aux hommes de la Révolution. » La droite ne doutait pas qu'il n y eût un plan formé pour le cas où le Roi, dont la santé donnait de continuelles inquiétudes, viendrait à mourir et que Tobjet de ce plan arrêté dans la pensée de M. Decazesne fût d'exclure du trône le comte d'Artois dont le ministre connaissait Tantipathie pour lui. M. de Villèle le dit de la manière la plus formelle dans sa correspondance, qui n'était pas destinée à passer sous les yeux du public. « Nous croyons, écrivait-il à la date du 30 janvier, avoir en tête une faction qui veut disposer du trône à la mort du Roi, et nous ne voulons pas lui en donner les moyens. » L'acharnement avec lequel on poursuivait les hommes de droite les confirmait dans leurs appréhensions, et les mesures de police dont ils étaient Tobjet augmentaient encore leur irritation et leur défiance. M. de Villèle déclare à plusieurs reprises, dans sa correspondance, avoir su, à n'en pouvoir pas douter, que ses lettres étaient interceptées à la poste, et que dans les copies qu'on en faisait on intercalait des passages afin d'animer le Roi contre la droite. Quelque chose de plus : il sut de plusieurs prévenus compromis dans le procès intenté aux assassins du général Ramel, qu'on avait fait des ouvertures auprès d'eux, et cherché à leur arracher des déclarations de nature à le compromettre dans l'affaire, en sa qualité de maire de Toulouse à l'époque du meurtre ; on était allé jusqu'à leur promettre leur grâce pleine et entière s'ils consentaient à faire les déclarations demandées '. Le ministère était donc à leurs yeux, du moins dans la personne de M. Decazes, car ils ne confondaient pas avec ce dernier M. le duc de

t. Je lis dans le carnet de M. de Villèle, à la date du 2 décembre 1816 fl Reçu d'un des défenseurs des personnes mises en jugement à Toulouse pour l'assassinat du général Haniel, l'avis qu'on leur promeltail la grâce s'iU voulaient faire quelque déposition qui me chargcAt. • (Documents Inédits.)

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