MOTIFS DE LA CONDUITE DE LA DROITE
Richelieu, ni plusieurs autres membres du Conseil, le ministère était à leurs yeux un ennemi de la royauté et du pays. Ils voyaient qu'on avait déjà éliminé du conseil et des hautes fonctions administratives plusieurs membres de la droite. Us savaient qu'on ne s'arrêterait pas là et qu'il y avait une trame ourdie pour renvoyer M. Dubouchage et M. le duc de Feltre, comme on avait renvoyé M. de Vaublanc et M. Dambray. Us n'ignoraient pas qu^on préparait de nouvelles épurations pour les préfectures, et, en effet, dès que la session fut terminée, il y eut des changements importants dans cette branche de l'ad- Qiinistration. Us voyaient les espérances des ennemis de la dynastie légitime se ranimer; ils connaissaient les trames nouées à Bruxelles par les réfugiés avec le prince d'Orange pour renverser le gouvernement royal, et le voyage de M. de Yiel-Castel à Varsovie pour essayer de rallier l'empereur Alexandre à ce projet, au moyen de son frère le grand-duc Constantin. Us étaient avertis que le parti bonapartiste, qui travaillait les casernes, y faisait jeter des écrits où on lisait ces paroles à double sens : a Quand Louis XVIII mourra, Charles X paraîtra (Charles disparaîtra). » Aucun déboire ne leur était épargné et peut>^tre, dans leur préoccupation passionnée, s exagéraient-ils encore les mauvaises intentions du ministère à leur égard. Lorsque le 15 janvier 1817 le A/om/ewr publia une ordonnance du Roi datée du 13 novembre 1816 et contresignée Dambray pourabolir les jugements rendus dans les Cent- Jours contre les militaires qui avaient quitté leur régiment pour offrir leurs services au Roi, quelques expressions malheureuses suffirent pour faire naître de grandes difficultés. L'idée de voir la fidélité traitée comme un crime, puisqu'on supposait qu'eUe avait besoin de pardon, jeta les royalistes dans un état d'exaspération dont il est difficile de se faire une idée, et plusieurs officiers placés dans cette position écrivirent pour demander des juges en déclarant que, s'ils étaient cou-
pables, c'était devant un conseil de guerre qu'ils entendaient rendre compte de leur conduite *.
A tant de motifs d'inquiétude politique, aggravés par la mauvaise santé du Roi, venait s'ajouter la question des subsistances qui , à cette époque, excitait dans l'Europe entière de vives appréhensions. Les céréales avaient manqué en grande partie, par suite de l'intempérie des saisons en 1815 et en 1816; mais la France se trouvait dans un état plus fâcheux que les autres contrées de l'Europe en raison de circonstances particulières que nous aurons bientôt l'occasion i'exposer. En outre, la situation de nos finances, écrasées par a double nécessité d'entretenir l'armée d'occupation et de payer la partie exigible du tribut militaire qui nous avait été imposé, excitait les plus graves inquiétudes: on voyait approcher le moment où elles plieraient sous ce double fardeau.