LES AUTORITÉS DE GRBHOBLE. SB
coopérateurs, c'était le peu de forces qu'ils deraient trouyer deTant eux. Le chef militaire à Grenoble était le général Donnadieu, vigoureux soldat de la république, parvenu trèsjeune encore au grade de colonel, après des actions d*éclat; maïs d'un esprit inquiet, turbulent, qui remuait plus d'idées qu'il n'en gouvemait, d'un caractère indiscipliné, aventureux, avec une pointe de jactance méridionale. Compromis en Fan X dans une conspiration contre le premier Consul, longtemps tenu en surveillance à Saint-Jean de Lu2 , admis plus tard à reprendre du service, nommé général de brigade en 1811, commandant des lies d'Hyères, bientôt après mis à la retraite pour cause d'insubordination contre le général commandant la huitième division militaire, il avait accueilli la Restauration avec l'enthousiasme d'un mécontent dont l'avancement a été retardé et le zèle d'un disgracié impatient de regagner, par des services éclatants, le temps perdu. On peut dire qu'il s'était précipité dans la nuance la plus ardente du royalisme, plutôt qu'il n'y était entré; c'était un homme d'exécution qui avait conservé et qui conserva toute sa vie quelque chose de révolutionnaire dans ses allures. On devait compter sur son ardeur et son énergie militaire, mais il pouvait devenir un serviteur dangereux. Le sang-froid et la mesure lui manquaient. Tout en lui était excessif, et il servait le gouvernement, comme il combattait ses adversaires, à outrance.
n avait pour second le colonel de Vautré, comme lui soldat de l'Empire, et qui venait d'organiser la légion de l'Isère; le colonel de Vautré avait de beaux états de service. En Italie, à Austerlitz, à Eylau, à la Moskowa, il avait conquis ses grades et ses décorations à la pointe de l'épée et par des faits d'armes. Appartenant à une famille dévouée aux Bourbons, l'un des défenseurs des Tuileries dans la journée du 10 août, il avait vu revenir avec joie en 1814 les princes; bien accueilli par
eux, il avait persisté dans sa fidélité à Tépoque des Cent^oun en maintenant le drapeau blanc à Calyi,^en Corse, jusqu^au 36 avril, et arrêté pour ce fait par ordre de TEmpereur, la seconde Restauration le trouva prisonnier dans la citadelle de Grenoble, où elle alla le prendre pour le charger d'organiser la légion de Tlsère dont elle le nomma colonel. Il avait du reste des analogies de caractère avec le général Donnadieu; c'était la même ardeur, la même fougue, avec le même défaut de mesure, de sang-froid. M. de Montlivaut, préfet du département, venait de TEmpire, comme le général Donnadiêu et le colonel de Vautré. Il avait été chambellan de NapoléoD et intendant général de Tlmpératrice Joséphine, et on le re«> gardait comme une créature de M. Decazes. L'Empire, il faut s'en souvenir, avait créé une génération de fonctionnaires habitués aux allures énergiques du pouvoir absolu. La Restauration ne les avait point formés, elle les trouvait. On se souvient quelle rigueur impitoyable ces administrateurs impériaux avait déployée contre le général Malet et ses complices, quand sa conspiration, un moment triomphante, eut été défi^ nitivement comprimée. Ils avaient espéré se faire pardonner par ce déploiement de sévérité la faiblesse qu'ils avaient montrée, et ils avaient noyé dans le sang le ridicule dont ils avaient été couverts. Ces traditions n'étaient point perdues. Après le général et le préfet venaient le commissaire général de police, M. Bastard de l'Étang, qui dépendait directement de M. Decazes, et le prévôt de l'Isère, M. Planta. Le maire de Grenoble, le marquis de la Valette, était encore à Paris où l'avaient appelé, pendant la session, ses devoirs de député. Son premier adjoint était M. Beyle, père de l'écrivain du même nom, homme circonspect, mais dont les sympathies appartenaient au gouvernement impérial. Il y avait entre M. de Montlivaut et le général Donnadieu des rivalités d'influence. Le général, avec la jactance naturelle de son carac-
FORCES MILITAIIIBS A GRENOBLE. S7
tère et son idée de la supériorité du militaire sur le civil, aiirait voulu reléguer le préfet sur le second plan en se posant comme un homme qui suffisait à tout. Cependant le préfet et le général s'étaient entendus pour réclamer un supplément de forces, qui leur parut nécessaire au milieu des circonstances troublées où Ton se trouvait, et de l'agitation croissante des esprits. Dans Tlsère comme partout il ne restait que l'ombre d'une organisation militaire.
En tenant compte des soldats qui composaient les cadres de la légion de l'Isère, d'une compagnie d'infanterie dite départementale, d'une compagnie de garde nationale à cheval, de quelques gendarmes et de quelques canonniers, Grenoble, en effet, ne renfermait pas plus de quatre ou cinq cents hommes au commencement de 1816. Sur les instances réitérées du général, le ministre de la guerre avait envoyé vers les premiers jours de mars un renfort qui portait les forces disponibles à 700 hommes '.
C'était le seul obstacle immédiat que Didier dût trouver devant lui, et il n'y avait pas une témérité excessive de sa part à espérer le surmonter, d'autant plus que ses coopérateurs de Grenoble l'assuraient qu'ils avaient des intelligences dans cette garnison. Une fois -Grenoble emporté, il comptait sur le général Drouet d'Erlon pour marcher sur Lyon, où les forces militaires dont disposait le gouvernement royal n'étaient pas beaucoup plus considérables qu'à Grenoble, et où les éléments d'insurrection étaient bien plus nombreux; c'était, on le remarquera, la marche de Napoléon de Grenoble sur Lyon, qu'il s'agissait de recommencer. Une circonstance acheva de décider
I. La légion de l'Hérault comptait 400 baïonnettes, celle de l'Isère 200, dont 70 détachées au fort Barreaux sur la frontière de Savoie; le général Don- Mdtea ft?«it appelé de Valence 60 dragons de la Seine. Il y avait 1 S à 20 oanoiiniers royaux du régiment d'artillerie de Grenoble. Le préfet avait formé une compagnie départementale de 100 hommes environ. C'était à peine si Ton arrivait à on effeettr de 700 hommee.
Didier à brusquer le coup et à indiquer la soirée du 4 mai pour Texécution de son plan. Il croyait être sûr que le général et le préfet s'absenteraient ce jour-là de Grenoble, avec une partie des troupes, pour aller au-devant de la jeune ducbesse de Berry qu'on attendait de Naples à cette époque, et ils en avaient en effet conçu le dessein. Tout devait donc servir son plan, jusqu'au mariage sur lequel les Bourbons comptaient pour perpétuer leur dynastie.
L'ardeur des conjurés était grande; Didier, qui au fond comptait travailler pour le duc d'Orléans, parce que ce prince répondait seul à l'idéal politique qu'il avait dans l'esprit, n'avait pas tardé à comprendre, quand il fut en contact avec les masses, qu'un nom seul pouvait les mettre en branle, celui de Napoléon. Il avait d'abord essayé d'user de réticence, de ne parler que de la revendication de l'indépendance nationale et de l'établissement de la liberté politique; mais, dans un de ces conciliabules tenu aux portes de Grenoble, il s'était aperçu de la manière la plus claire que, s'il demeurait sur le terrain de ces abstractions politiques et de ces généralités, il ne serait pas suivi, a Arborons l'étendard de l'honneur français, disait-il dans la proclamation qu'il avait lue aux conjurés, marchons sous le drapeau de l'indépendance nationale, et méritons, par notre conduite, que le ciel puisse protéger la plus sainte des entreprises et l'humanité la couvrir de ses vœux. »
L'assistance, qui avait applaudi à la peinture assombrie et déclamatoire de la situation, était demeurée préoccupée et silencieuse quand elle avait vu la proclamation se terminer ainsi. Elle attendait évidemment un nom qui ne venait pas. L'un des principaux complices de Didier, cet officier qu'on appelait le Dromadaire, se fit l'écho de la pensée générale, en disant au chef de l'entreprise : « Que diable venez-vous de nous lire? Ce n'est pas une proclamation : vous ne parlez ni de
DIDIER DANS LES CONCnJABULES. 29
r£mpereui* ni du roi de Rome. » Didier comprit qu'il fallait, sous pdne d'échouer, satisfaire à cette exigence : « Vous avez raison, reprit-il vivement, c'est une omission, j'arrangerai cela. y> A quelques jours de là, dans un conciliabule tenu aux \drets, chez le notaire Brunet, il lut la même proclamation, mais avec cette addition : « L'association de l'indépendance nationale donne naturellement un chef au peuple français. C'est le fils de celui dont le trône héréditaire, consacré par la religion, fut reconnu par l'Europe, Théritier légitime au profit de qui l'abdication de son père fut sanctionnée par une loi solennelle. Nous sonunes sesUeutenants, et nous vous disons : a Vive Napoléon II, Empereur des Français. » Cette fois le nom était prononcé, la fibre populaire remuée; d'unanimes applaudissements éclatèrent. Au milieu de ces applaudissements, un des conjiu*és, plus sagace que les autres, M. Milliet, entraînant Didier dans une embrasure de croisée : « Voilà qui est bien, dit-il, ces choses-là vont aux braves officiers et aux soldats que nous enrôlons. Mais Napoléon est à Sainte- Hélène et son fils est à Vienne. Franchement, pour qui travaiflons-nous? — Soyez tranquille, répliqua Didier, à coup sur, c'est pour quelqu'un de^ notre temps et qui connaît nos besoins. L'essentiel est de réussir; nous ne remuerions pas un seul homme, si nous ne pariions pas de Napoléon. »
Le secret de Didier, qu'on a tant cherché, est là tout entier. Il travaillait au fond pour le duc d'Orléans, selon toute vraisemblance, sans y être formellement autorisé par le prince en personne, mais avec la" conviction qu'il serait avoué s'il réussissait, et il se servait du nom de Napoléon parce que c'était le seul avec lequel on pût remuer les masses. Le bonapartisme était son moyen, l'oriéanisme son but. Il se servait du levier avec le vulgaire de la conspiration, il laissait entrevoir le but aux augures.
Saconspirationétaitd'autantphiseoupable, qu'elle ne pouvait
aboutir qu'à aggraver les souffi*ances et les épreuves de la patrie. Son succès partiel et local ne pouvait en effet devenir général; en supposant Grenoble enlevé et Lyon surpris par une marche rapide, restaient cent cinquante mille étrangers occupant le territoire qui, en une marche, pouvaient écraser ce faible noyau mal organisé. Du sang versé, Toccupation de la France prolongée, peutrétre une nouvelle armée d'invasion foulant aux pieds son territoh-e, tel était, en supposant que la conspi* ration rencontrât ses meilleures chances de succès, le résultat définitif qu'elle devait avoir.
DÉPÊCHE DU GÉNÉRAL DONNADlEtl. — EFFET PRODUIT A PARIS PAR LA NOUVELLE DE LA CONSPIRATION. — RÉCIT DBS ÉTÉ* NEUENTS.
Le 6 mai 1816, au moment même où M. Laine, successeur de M. de Yaublanc au ministère de Imtérieur, prêtait serment entre les mains du roi, le télégraphe apporta au ministre de la guerre quelques extraits d'une dépêche du général Donnadieu, dont nous reproduisons ici le texte complet :
fc Vive le Roi! Monseigneur. Les cadavres de ses ennemis couyrent tous les chemins à une lieue à l'entour de Grenoble! Je ii*ai que le temps de dire à Votre Excellence que les troupes de S. M. se sont courertes de gloire. A roiauit les montagnes étaient éclairées par les feux de la ré* bellion dans toute la province. Ils me croyaient parti pour aller occuper la ligne que doit parcourir S. Â. R. Madame la duchesse deBerry; mais ils ont bientôt appris que les fidèles troupes du Roi étaient làé Je ne saurais trop faire i* éloge de la brave légion de Tlsère et de son digne colonel le chevalier de Vautré. Déjà plus de soixante scélérats sont en notre pouvoir; la cour prévôtale va en faire une prompte et sévère justice. J'aurai l'honneur de rendre comiHe à Votre Excellence aussitôt que tout sera terminé. Je remonte à cheval à Tinstaut. Toutes \e$ autorités
DÉPKCUB DU 6ÉRÉBAL DORNADIEU. 31
eifilM et niiitaires ont fait leur devoir; oa évalue le nombre des bri* gands qui ont attaqué la Tille à quatre mille. »
11 est aisé d'imaginer l'effet que produisit cette dépêche partie de Grenoble où Tannée d'avant s'était décidé le succès du retour de TUe d'Ëlbe, et arrivant comme un coup de tonnerre à Paris. Les ministres, dont le devoir est de connaître les agents qu'ils emploient, aiu*aieut peut-étre tenu compte du caractère ardent, de Timagination fougueuse du général Donnadieu et de sa jactance, si Témotion leiu* avait laissé tout leur sang-firoid ; le ton même de la dépêche était de nature à faire réfléchir des hommes moins préoccupés. L'hyperbole y apparaissait dès la première ligne : « Les cadavres des ennemis du Roi couvrent tous les chemins à une lieue à l'entour de Grenoble, » rapprochée de ce passage : « Déjà soixante scélérats sont entre nos mains. » Quand on Uvre un combat assez vif pour couvrir de cadavres tous les chemins aboutissant à une ville, ou fait plus de soixante prisonniers.
L'émotion du moment était trop vive pour qu ou fit ces réflexions. On ne vit dans cette dépêche, à la fois terrifiante et vague, cpie les détails de nature à effrayer : le chiffre de quatre mille insurgés; « les montagnes éclairées par les feux de la rébellion dans toute la province, » circonstance qui paraissait surtout menaçante parce qu'elle annonçait que la conspiration avait des ramifications dans tout le Dauphiné. C'était l'opinion de M. Laine, qui disait dans une lettre écrite à M. Decazes : « Les feux annoncés par le télégraphe m'empêchent de dormir. » Le ministère, qui se rappelait, eu outre, les reproches adressés, l'année précédente, à l'époque du 20 mai^s, au goui^emement pour avoir manqué de promptitude et de vigueui*, ne voulut pas encourir le même blâme. Les membres du cabinet furent unanimes à penser que les autorités locale^ devaient être armées de pouvoirs extraordinaires, et M. De-
cazes expédia à lirenoble, après le conseil, une dépêche ainsi conçue :
a 6 mai, six heures du eoir.
« Le département de l'Isère doit être regardé comme en état de siège. Les autorités cÎTiles et militaires ont on poutoir discrétionnaire. »
Au moment même où cette dépêche télégraphique partait pour Grenoble, des courriers portaient aux quinze départements qui avoisinent Tlsère les instructions les plus pressantes afin que les autorités eussent à prendre des mesures énergiques pour prévenir et, au besoin, réprimer tout mouvement qui se rattacherait à celui de Grenoble. Il était dit dans ces instructions :
« Si TOUS apercevez le plas léger symptôme de sonlèvement, ne ba^ lances pas. La plus grande rigueur et une rigueur égale doivent être déployées dès le principe. L'hésitation seule serait coupable, parce que les suites en seraient incalculables. En pareil cas un pouvoir discrétionnaire est laissé aux magistrats. La gendarmerie doit toujours rester sur pied et ne faire aucun quartier aux premiers rebelles qui oseraient se montrer. Tout canton insurgé doit être considéré comme en état de siège. Mettes la garde nationale en mouvement; veillez à ce que les points les plus importants soient occupés; stimulez le zèle des fidèles serriteurs 3u Roi; promettes des récompenses à ceux qui feraient des révélations; ne négligez rien pour connaître les chefii et l'étendue du complot et les moyens des affiliés... Multipliez vos relations, expédiezmoi un courrier au moindre mouvement. »
Ces instructions ont im intérêt pour l'histoire, pai'ce qu'elles permettent de lire dans le secret de la pensée du gouvernement. Terrifié par les nouvelles de Grenoble, il croyait à une vaste conspiration; il s'attendait à voir l'insun'ection se lever sur plusieurs points; et cette espèce de garde à vous! général envoyé aux préfets de quinze départements témoigne du trouble profond où l'avait jeté la dépêche du général Donna**
BÊCIT DES ÊVÉ5EllE2fTS l>E GRENOBLE. 33
dieu. 11 est juste de dire que le mouvemeut qu*il redoutait u aurait eu rieu d'impossible, d'in^xaisemblable même, si le coup frappé contre Grenoble avait réussi. Les éléments contraires au gouvernement royal étaient nombreux et ardents dans cette partie de la France, et les conspirations heureuses et triomphantes trouvent des aujûliaires que ne rencontrent pas les conspirations malheureuses et vaincues.
Le moment est venu d exposer sonunairement les faits qui s'étaient passés à (Grenoble dans la soirée du 4 mai.
Le secret du complot, quoique mille ou douze cents personnes y fussent initiées, avait été fidèlement gardé. Cependant rémotion même qui précède les événements de ce genre et qui devenait plus \1ve à Grenoble et dans les communes environnantes à mesure que le jour marqué approchait, avait commencé à donner Téveil dans les dernières semaines du mois d'avril. Mille bruits alarmants, quelques-uns absurdes, circulaient. On parlait d'un débarquement de Bonaparte en Italie, tantdt à la tête d'une armée turque, tantôt à la tête des insurgés d'Amérique. D'après d'autres nouvelles, Marie-Louise et le roi de Rome allaient paraître eu Savoie, avec une armée autrichienne. Cependant des colporteurs, des mendiants, des soldats à demi-solde, sillonnaient les campagnes en répandant des rumeurs menaçantes. U fallait que le général Donuadieu eût des inquiétudes réelles puisqu'il ne cessa, dans le mois de février, de demander des renforts qui arrivèrent le 24 mars, et puisqu'appelé à présider le 26 a\Til à Besançon le Conseil de guerre devant lequel devait comparaître le général Marchand, il répondit que Grenoble réclamait impérieusement sa présence. Dans un si grand nombre de conjurés, il y a toujours des caractères qui, plus ardents et plus expansiis que les autres, éprouvent le besoin d'épancher au dehors la passion dont ils sont animés. Des cris de Vive V Empereur! vive la liberté I avaient été proférés dans les communes; des
Hitl. de u Be*Uur. IV. 3
placards annonçant l'arrivée prochaine de Napoléon 11 avaient été affichés pendant la nuit '. A la veille même de l'événement ce fut TautoriAé civile qui reçut les premiers avis. M. de MontUvaut, à qui ses agents signalaient une effervescence inaccoutumée dans les faubourgs, ordonna cpie des patrouilles fussent faites par la garde nationale et la compagnie départementale. Le 3 mai, dans la soirée, un conducteur des ponts et chaussées introduit chez le préfet par le prévôt, ayant déclaré qu'il avait entendu annoncer dans un café qu'il y aurait un mouvement insurrectionnel dans deux jours et que deux cents conjurés devaient se réunir en armes au Jardin de ville pour s'emparer des autorités, le préfet fit immédiatement une enquête, à l'issue de laquelle il ordonna plusieurs visites domi* ciliairps et plusieurs arrestations qui furent opérées pendant la nuit. Ces recherches, qui ne furent pas très-habilement dirigées, car les quatre arrestations opérées mirent dans les mains de l'autorité civile trois hommes étrangers au complot qu'il fallut élargir au bout de trois semaines, et un seul conspirateur, le chef de bataillon en demi-solde Ravix, qu'on eut la maladresse dé mettre sur-le-champ en liberté, devinrent le lendemain 4 mai le sujet d'une vive altercation entre le préfet et le général Donnadieu, irrité de n'avoir été ni consulté ni averti. Il déclara avec sa fougue ordinaire que, si l'autorité civile se permettait de lancer des patrouilles de la garde nationale sans son autorisation, il les ferait arrêter par la troupe. Les explications, échangées à deux reprises dans la matinée du 4 mai, à onze heures et à une heure de l'après-midi, entre le général et le préfet, furent très-auimées ; elles duraient encore, quand on vint apporter au préfet une carte à jouer sur laquelle le maire de Theys avait tracé à la hâte ces lignes : <( N'étes-vous doue pas instruits à iirenoble de ce qui doit ar-
I. U^t»lc 0 tiiat'd 1810 un placard de ce genre avaU éié alllHi^.