‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 54 sur 172 · BUDGET DE 1817 : OPINION DE M. DE BARANTE · texte numérisé non relu

BUDGET DE 1817 : OPINION DE M. DE BARANTE

répondu à leur attente et à leur confiance, qu'ils reconnaissent De pouYoir rien ajouter à la force de son éloquence. »

Le discours de M. de Barante était vif, généralement sensé et modéré dans l'expression. Il eut Tairantage sur M. de Yillèle sur tous les points où celui-ci n'avait consulté que Tesprit d'opposition sans considérer la possibilité des mesures qu'il proposait. M. de Barante fit lui-même la remarque que les devoirs des orateurs de l'opposition à la tribune étaient moins étroits et leur rôle plus facile que les devoirs et le rôle des orateurs du gouvernement. Il signala le changement qui s'était opéré dans l'attitude et les allures des chefs de la droite depuis qu'ils n'avaient plus la majorité.

• Remarquez, dit-il, qa*il est natorel i des orateurs dont les propositions n'obtiennent pas habituellement la majorité, de pousser les choses à Texeès. N'ayant pas sur les aflfaires une influence directe, leurs discours ne deTenant pas des règles d'action et de conduite, ils ne sont pas responsables aux yeux de l'opinion et i leurs propres yeux des résultats qu'entraînera l'adoption. C'est ainsi que V honorable orateur, sentant la différence des positions, n'avait pas, ne pouvait pas avoir la même ardenr des réformes l'an dernier. Ses principes étaient les mêmes, mais il ne requérait pas une application soudaine et hasardeuse; il comprenait que son influence même lui imposait des devoirs de gravité et de mesure. »

Après avoir ainsi mis le doigt non-seulement sur le côté faible du discom^ de M. de Yillèle, mais sur le côté faible de la position prise par toute la droite dans la discussion du budget, M. de Barante s'élevait avec autorité contre les déclamations trop générales sur les abus. Il rappelait que c'étaient des déclamations de ce genre qui avaient déterminé la Révolutioa. Il représentait à l'orateur de la droite que ces institutions anciennes auxquelles il semblait vouloir ramener l'esprit public, avaient fait naître des confusions et des abus qui avaient été le prétexte du renversement de l'ordre social. On avait allégué que la machine allait mal ou n'allait pas, pour

la détruire. Youlaitron mainteDant briser ee qu'on avait eu tant de peine à construire, pour tenter de reconstruire ce que 1789 avait détruit? Le point sur lequel Torateur se montra le plus concluant fut celui des économies administratives proposées par M. de VÛlèle. Il démontra que, pût-on supprimer les fonctions dont U proposait la suppression et opérer toutes les réductions demandées par lui, on aurait de la peine à arriver à une somme de 14 millions. Or, le ministre demandant Tautorisation d'emprunter 314 millions, c'était 300 miUions auxquels il faudrait encore pourvoir. C'était là, en effet, le principal défaut du discours de M. de Yillèle; il avait, à la masière de toutes les oppositions, considéré trop en bloc le budget et conclu à la possibilité d'opérer des réductions considérables sur un total aussi imposant. Comme le fit observer M. de Saint-Cricq dans la séance du 10 février , en retranchant du budget les dépenses auxquelles il était impossible de toucher, comme le payement des intérêts de la dette, la somme annueOe affectée à l'amortissement, le payement de la contribution de guerre, l'entretien de l'armée d'occupation, on arrivait à ne plus avoir qu'une somme de 282 millions sur laquelle il fallait pourvoir à l'administration d'un grand royaume, à l'armée, à la marine, à la justice, aux affaires étrangères. Or, l'armée absorbant à elle seule 132 millions, la marine 44, comment faire des économies importantes et surtout des économies de 100 millions, comme plusieurs orateurs de la droite et de la gauche l'avaient demandé, sur une somme qui n'excédait pas beaucoup 100 miUions?

Quant à la question de l'emprunt, M. de Barante justifia mal le silence qu'avait gardé le ministère sur le taux auquel il avait été contracté. Mais il fit observer avec raison que b gouvernement avait dû aller chercher l'argent, après avoir^ainement tenté de se le procurer à Paris, là où il y en avait et oii on le trouvait à meilleur compte. U fut moins heureux sur la

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