BITDGET DE 1817: OPINION DE M. LAFFITTE
une politique qui séparât profondément le passé du présent, en ne voyant dans Tun que les leçons de Texpérience, et en n'appliquant à l'autre que les combinaisons d'une poUtique supérieure aux idées étroites de l'esprit de parti.
Ce qui caractérisa ce discours, qui, sans être hostile au ministère, était plein de hauteur envers le gouvernement royal, ce fut la phrase suivante qui, au moment où le prince d'Orange avait des rapports suivis avec les réfugiés de Bruxelles, et le lendemain du jour où les constitutionnels de la Chambre des Cent-Jours en avaient ouvert avec le duc d'Orléans, pouvait à bon droit paraître fâcheuse :
f L'Angleterre est redefable de sa prospérité à son système de crédit et à la force que Topinion publique a acquise chez elle, depuis le mo* ment mémorable où Guillaume III reçut la couronne en échange des garanties qu'il donnait à la liberté. La même puissance pourra produire en France les mêmes résultats quand des Toix téméraires et calomniatrices cesseront de la dénoncer au monde entier comme ayant rétrogradé dans la carrière de la civilisation. »
A ces paroles, de violentes interruptions éclatèrent de tout côté. Le rappel à l'ordre fut demandé, et les interpellations les plus vives furent adressées à l'orateur. Le Moniteur et les autres journaux ne dirent rien de ce tumulte ; les paroles qui l'avaient provoqué avaient été supprimées à l'impression, du consentement de M. Laffltte *, qui sans les reproduire dans l'édition à part qu'il publia de son discours, où il se contenta de faire reparaître le nom de Guillaume, se plaignit avec hauteur dans la préface de l'interprétation qu'on leur avait donnée. La droite
1. « M. Laffltte, après aYoir consulté, lit supprimer ceii paroles à l'impresBion, dit M. de Villèle dans 9A Correspondance inédite. Au paragraphe où il reporte la Foodaticn du crédit et de la liberté de l'Angleterre à la Constitution de 1688, il rappela que ces résultats étaient dus à l'usurpation de Guillaume, ce qui occa- Mioniia un tumulte et des demandes de rappel à l'ordre dont le Moniteur ne psrla pas. »
n'avait pas été seule à les interpréter ainsi. Dans les séances suivantes, pas un ministre, pas un orateur des bancs ministériels ne monta à la tribune sans faire une profession de foi de fidélité au Roi et à la légitimité, interrompue par des applaudissements frénétiques, réponse indirecte à cette apologie de l'usurpation, et le duc de Richelieu retira la promesse qu'il avait faite de dîner chez M. Laffitte. On comprend rémotion du ministère et Tardeur passionnée avec laquelle ses amis protestaient contre le discours de M. Laffitte ; démenti en action infligé à la poUtique ministérielle. Celle-ci avait affirmé que la royauté rallierait tout à elle en se séparant de la droite, par l'ordonnance du S septembre, et voici que, dès la première session, M. Laffitte, non content de se poser en face de la royauté légitime dans une attitude d'indépendance dédaigneuse, insinuait que la hberté pohtique trouverait les meilleures garanties dans une usurpation.
Une proposition d'un membre de la droite, M. Clausel de Coussergues, qui voulait qu'on rayât du budget la somme destinée à être distribuée en secours à des étrangers , fournit l'occasion d'un triomphe oratoire à M. Laine, cœur magnanime qui n'était jamais mieux inspiré que lorsqu'il parlait au nom delà générosité française. Les étrangers étaient des gens de toute nation. Italiens, Espagnols, Portugais, Égyptiens, compromis au service de la politique napoléonienne dans leurs pays, pendant l'Empire, et obUgés de demander un asile à la France. M. Clausel de Coussergues n'avait vu que la cause pour laquelle ils s'étaient compromis; M. Laine, s'élevant dans une sphère plus haute, vit leur malheur. Il s'élança à la tribune, en portant sur son front l'émotion qui allait se répandre dans ses paroles :
a La questiou qui Tient de s'agiter, s'écria-t-il, est supérieure à tous les calculs de finances. Il ne s'agit pas de saToir à quel parti, à quelle fiiction les réfugiés espagnols et autres ont appartenu. Il ne s*agit pai