‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 58 sur 172 · HEJET DU BUDGET PAR LA DROITE · texte numérisé non relu

HEJET DU BUDGET PAR LA DROITE

valent satisfaire les esprits, positifs. Il était vrai que le pape, dans le concordat de 1802, avait couvert de son consentement commandé par les circonstances, la prise dé possession des biens de TÉglise ; en vertu de son droit souverain de traiter pour les grands intérêts du catholicisme, il avait acheté le rétablissement du culte à ce prix. Mais deux graves considérations battaient en brèche l'argumentation des adversaires de la restitution des biens ecclésiastiques non vendus : le gouvernement légitime n'avait-il pas des devoirs plus étroits envers l'Église que le gouvernement consulaire, issu de la révolution du 18 brumaire, et dominé par les circonstances révolutionnaires sous l'empire desquelles il traitait? Si le principe de la stricte légalité se trouvait satisfait par l'acconiplissement des conditions du concordat, le principe de l'éqidté l'é tait-il au même degré, et lorsqu'on pouvait être équitable, suffisait-il d'être juste? Enfin n'était-il pas d'une haute politique de relever dans l'estime des peuples le principe de la propriété qui avait subi de si graves lésions par tant de spoliations successives, en montrant le gouvernement royal attentif à lui donner satisfaction partout où il pouvait le faire, sans aller contre la Charte qui représentait la transaction des intérêts anciens avec les intérêts nouveaux? L'avenir, qui cachait encore la renaissance des doctrines babouvistes sous le nouveau nom de socialisme, devait donner pleme raison sur ce point aux appréhensions de la droite.

La discussion se prolongea sans qu'il se produisit de nouveaux arguments. Levote trancha la question contre la droite eten faveur du ministère . Mais, quand le moment vint de voter sur l'ensemble du budget, on trouva quatre-vingt-huit boules noires dans l'urne contre cent trente-cinq boules blanches. La droite tout entière avait rejeté le budget : fait considérable, redoutable précédent ! Il est hors de doute que le système adopté par le ministère et la commission au sujet des bois

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iâ6 ORDONNANCE DU 5 SEPTEMBRE.

provenant du clergé avait eu la plus grande part à cette détermination. On en trouverait au besoin la preuve dans ce fragment d'iule lettre de M. de Yillèle datée du 7 mars :

a Depuis que les bois du clergé ont été affectés à la Caisse d^amortissemeDt, écrivait-il^ pas un membre de la minorité n'a TOté sur les détails de la loi. Tons sont restés immobiles sur leurs bancs sans prendre part à la délibération. Le deuil du sacrifice consommé était sur tons les TLsages et dans tous les cœurs. Bans le vote contre le budget, pas une voix ne nous a manqué. C'est bien là ce qu'on peut appeler être fidèles jusqu'au bout ; ne pas se décourager et résister à Tinfluence d^une session de quatre mois, durant laquelle nous ayons constamment défendo les principes de justice et d'honBcnr. »

C était donc par un scrupule de conscience que la droite refusait le budget. M. Bonald était tellement frappé de ce qu'il y avait d'attentatoire au principe de la propriété dans la décision prise par la majorité , qu'immédiatement après le vote il voulait donner sa démission. Ce que M. de Yillèle écrivait dans une lettre destinée à demeurer secrète, M. Mathieu de Montmorency le dit publiquement quand la disr eussiou saff le budget s'ouvrit à la Chambre des pairs : K II s'agit, s'écria- 1- il, de fonder le crédit sur des bases illégitimes et de consacrer la spoliation. Je rejetterai le budget tout entier plutôt que d'y consentir. )> MM. de Rougé, de Brissac, de Fitz-James, Jules de Polignac, tinrent le même langage. M. de Chateaubriand, dans un discours à grandes images, qui produisit assez d effet pom* que trois ministres , MM. Decazes , Pasquier et Corvetto , se 'crussent obligés d'y répondre,et qui, aujourd'hui, ne serait plus de mise à la tiibune à cause du mélange perpétuel de la littérature avec la politique, soutint les mêmes princi|»es que ses amis et renouvela la discussion qui semblait épuisée. S'il y avait dans son discours beaucoup de mots à effet, de métaphores retentissantes, et un peu trop de poésie, il y avait aussi des

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