‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 60 sur 172 · TROUBLES PUBLICS CAUSÉS PAR LA DISETTF · texte numérisé non relu

TROUBLES PUBLICS CAUSÉS PAR LA DISETTF

J ai dit qu'une grave préocctipaftion s'était ajoutée à toutes; les difficultés dont la situation était hérissée : c'était la crise des subsistances. Cette crise, dont la première cause fut Tintempérie des saisons, sévit dans la plupart des contrées de l'Europe en 1816 et en 1817, et même elie amena des troubles en Angleterre, mais nul pays n'eut plus à en souffrir que la France. Cela tenait à des circonstances qu'il importe de signaler. A deux reprises différentes, en i 8i 4 et en \ 8i5, la France avait été envahie par rai million de soldats étrangers. Ses réserves de céréales avaient été épuisées par ce surcroît de consommation. Ce n'était pas tout. Sur un grand nombre de points, en 1814 et 1815, les paysans s'étaient réfugiés dans les bois et n'avaient point fait de semailles. 11 y avait des départements où le blé avait manqué à cause de la consommation extraordinaire causée par l'invasion. Dans d'autres, oa avait été obligé d'abattre, pour fournir aux réquisitions, les bœufs qui, à cette époque, étaient presque exclusivement employés aux traraux des champs, à cause de la diminution de la race che-

* vaKne décimée par les besoins sans cesse renaissants de notre cavalerie, et les attelages avaient manqué aux charrues. De cet ensemble de faits ^tait sortie la disette avec le cortège de maux et de périls qu'elle devait traîner à sa suite dans une situation déjà si troublée. A l'aide de dons, de contributions volontaires, on parvint à traverser l'automne de 1816 et l'hiver de 1817; Mais, quand le printemps de cette année arriva, on était à bout. Ces deux années de mauvaises récoltes, pendant lesquelles les blés couchés par des pluies continuelles avaient germé dans le sillon, avaient mis la France à toute extrémité. Le pain s'éleva à des prix exorbitants. Comme il arrive presque toujours, Paris eut moins à souffrir que les départements, parce que tout est à craindre quand Paris souffre de la faim. A force de sacrifices, le conseil municipal de Paris, qui dépensa 24 millions pour cet objet, parvint à maintenir le pain à un franc vingt-cinq centimes les quatre livres ; mais il y eut des cantons de Bourgogne et de Picardie où il s^leva jusqu'à trois et quatre francs. Les populations pauvres se trouvèrent réduites à vivre de plantes et de racines arrachées dans les champs et même d'écorces d'arbres. La vendange avait été mauvaise comme la moisson, de sorte que tout manquait à la fois. Les troupes étrangères qui occupaient la France s'émurent elles-mêmes de tant de misères et firent des collectes pom' venir an secours des victimes de la disette ; quand les souffrances arrivent à un certain point, les barrières des nationalités tombent et l'humanité reparaît. Le Roi et la famille royale multipliaient leurs dons. Sans préjudice des 10 millions qu'il avait abandonnés sur sa' liste civile aux départements qui avaient le plus souffert des maux de la guerre, Louis XVIII trouva de l'argent pour soulager tant de soufliances', et, outre les secours qu'il envoyait sur tous les

]. M. de Vaulabelle dit à ce sujet : « La famUle royale aemblait snriout

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