TROUBLES CAUSÉS PAR LA DISETTE
points de la France, pendant la cherté des grains, il dépensa douze mille cinq cents francs par jour pour ajouter un sou au prêt de chaque soldat. L'administration fit des efforts inouïs pour combattre le fléau de la disette qu'aucune libéralité ne pouvait vaincre. On affecta une^rime à tous les navires qui apporteraient une charge de blé, et le duc de Richelieu, qui connaissait les ressources de la Crimée, fit de ce c6té un appel qui fut entendu. M. Laine constatait, deux années plus tard, dans un rapport au Roi sur F administration générale des subsistances pendant les années 1816 e^ (817, que les achats de céréales faits par ordre du gouvernement à Odessa, dans les ports de la Baltique et des États-Unis, s'étaient élevés à 1,460,000 hectolitres de blé et de farine. Sur cette quantité, 443,000 hectolitres furent distribués entre les départements qui souffraient le plus de la disette, 1,017,000 hectolitres furent employés pour la consommation de Paris. L'opération, qui était une simple avance, coûta, tous frais compris, 70 millions, dont les cinq septièmes étaient rentrés à la date du rapport c'est-à-dire le 19 janvier 1819. Le commerce, encouragé par les primes, apporta des quantités beaucoup plus considérables de céréales, et bientôt le prix du blé baissa sur tous les marchés.
Malheureusement les souffrances de la population enfantèrent des désordres. Le peuple croit difficilement que la cherté du pain puisse résulter de causes naturelles, il est toujours disposé à l'attribuer à des manœuvres frauduleuses et à des accaparements. En outre, ce n'est pas sans raison qu'on l'a dit : la faim n'a pas d'oreilles ; elle n'écoute pas les explications qu'on lui donne ; elle veut être, à tout prix, assouvie. Il y
ioépuinble dant tes dons ; malgré l'abandon du (iert environ de sa liste civile qu'elle continaail à faire aux besoins de l'ÉUt, elle laissait rarement passer plusieurs Jours sans que des sommes importantes allassent en son nom soulager quelques misères. • (tfisloire de la Restauration, tome IV, page 270.]
eut des attroupements tumultueux qui, siu* plusieurs points de la France, firent la loi sur les marchés et imposèrent un maximum d'après lequel les céréales durent être yendoes. Le gouYernement donna des ordres pour que ces yiolences, qui se manifestèrent surtout en Bourgogne, en Champagne, dans le Loiret^ sur quelques points de la Normandie et de TAuyergne, fussent sévèrement réprimées. On se souyenait que la première révolution avait commencé par des trouNe? qu'avait occasionnés la question des subsistances. Des troupes furent dirigées sur les points où l'agitation était le plus menaçante. A Château-Thierry, à Châtillon-sur-Seine, à Sens, ou eut à déplorer des collisions sanglantes entre les attroupements et la force armée qui fut obligée de faire usage de ses armes. Il y eut du côté des insurgés des morts et des blessés. On fit d'assez nombreuses arrestations, et la Cour prévôtale d'Orléans et celle d'Auxerre condamnèrent ensemble à mort sept accusés qui furent exécutés à Montargis le 9 juin et à Orléans le 2 juillet 1817. Après quoi, le gouvernement, n^ . sure par la récolte de 1817 qui fut abondante, wccoréà une ordonnance d'anmistie datée du 13 aoAt 1817 à tous les individus condanmés correctionnellement pour faits relatifs aux troubles des subsistances et prescrivit la cessation des poursuites entamées. L'on avait reconnu qu'en général ces troubles n'avaient aucun caractère poHtique ; c'était la colère aveugle de la faim, a La midtitude a demandé du blé, du pain, disait la Quotidienne; elle a été malavisée, timiultueuse , mais nulle part révolutionnaire. » La disette de 1817, les maux qu'elle enfanta, les discordes qui résultèrent des souftances, la répression dont ils furent Tobjet, forment un des épisodes les phis navrants de cette période déjà si éprouvée. Il semblait que tous les malheurs à la fois s'appesantissaient sur la France si récemment envahie, occupée par l'étranger, di\îsée en partis politiques innombrables, agitée par les passions contraires^ minée
AFFAIBE DE LYON. 235
dans soa territoire déyasté et da»& ses finances, succombant sous le poids des tributs auxqwls elle a^ait 4té condamnée, eoiâ, pour dernière misère, afiamée.