‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 62 sur 172 · AFFAIRE DE LYON · texte numérisé non relu

AFFAIRE DE LYON

Cette disette de 1817 devait avoir une part au mouvement insurrectionnel de Lyon, si diversement apprécié par les historiens qui Font raconté et qui allait devenir le- sujet d'un grave dissentiment jusque dans le sein du gouvernement. On a Ml qu'avant de tenter sa conspiration à Grenoble Didier avait cherché à nouer des trames à Lyon et dans les environs de cette grande ville, et qu'il y avait trouvé des éléments de jerturbation. Il n'y a rien là qui puisse étonner. Quand Napoléon, revenu de l'Ile d'Elbe, entra à Lyon, il y eut une manifestation révolutionnaire qui effraya tout le monde et fit réfléchir Napoléon lui-même. Il ne faut pas oublier, en outre, que depuis le rétablissement de l'autorité royale les officiers à demi-solde, esprits naturellement malveillants et caractères remuants et hardis, étaient nombreux à Lyon et dans les communes voisines de cette ville. A ce noyau de mécontents s'ajoutaient les familles qui, fuyant la réaction du Midi, avaient cherché un asile dans cette métropole ou dans les communes dont elle est environnée. Un écrivain ^ initié aux machinations du parti révolutionnaire à cette époque et sympathique à ses efforts, a évalué à quatre mille le nombre des membres de l'association des patriotes qui attendaient le signal pour frapper en 1817 un grand coup à Lyon. Par une

1. M. Ritier, directear d*aii Journal républicain à Lyon sous le gouverne meut de Looit-PitUppe, «ffirme ce fkit dans soa Histoire de ta Rettaarnliim.

juxtaposition qui surexcitait encore les esprits, Lyon renfermait, à côté de cette population révolutionnaire ou bonapartiste, une population ardenunent catholique et royaliste. Depuis les Cent- Jours, celle-ci s'était organisée, et se défiant à la fois de la clairvoyance et de la vigilance du gouvernement, elle veillait elle-même sur les partis ennemis de la royauté, traitant en suspects tous ceux qui, de près ou de loin, se rattachaient au mouvement des Cent- Jours, et tenant les autorités au courant de tous les symptômes menaçants qu'elle apercevait ou croyait apercevoir. 11 y avait donc à Lyon et dans les environs les éléments d'une insurrection et une situation de guerre civile. La cherté du pain aggravait cette situation, car tous ceux qui souffrent sont disposés à rendre le gouvernement responsable de leurs souffrances.

L'autprité royale était représentée dans cette ville par trois hommes, le général Canuel, M. de Chabrol et M. de Fargues. Le général Canuel, engagé depuis la première Restauration dans la nuance la plus ardente de la droite et qui, après avoir fait vingt ans plus tôt la guerre révolutionnaire en Vendée sous les ordres du général Rossignol, venait de faire la campagne des Cent-Jours contre le général Travot et le général Lamarque, sous les ordi^es de Louis de la Rochejaquelein, commandait le département. M. de Chabrol , adminisr trateur habile et esprit modéré et honnête, caractère conciliant, exerçait les fonctions de préfet. M. de Fargues, qui, maire à l'époque du retour de l'ile d'Elbe, avait adressé en cette qualité im discours louangeur à Napoléon, avait repris depuis le retour de Louis XVIII les premières fonctions municipales. Il faut encore nommer M. de Saineville, commissaire général de la police, placé sous les ordres de M. Decazes et en correspondance directe avec lui.

M. de Saineville venait de quitter Lyon pour se rendre à Paris (2 juin), lorsque, le 8 juin 1817, le tocsin sonna dans vingt

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