ACTION DES LIVRES ET DES JOURNAUX
im puissant auxiliaire dans le talent hors ligne de Paul-Louis Courier.
Ce qu'il y avait de dangereux pour le gouvernement royal, cest que dans cette opposition allant, par des gradations successives de couleurs, de la nuance loyale qui voulait améliorer sans renverser, jusqu'à la nuance révolutionnaire qui aspirait à détruire le gouvernement, le' pavillon constitutionnel de la première couvrait tout le navire. Ainsi la Société des amis de la liberté de la presse, fondée d'abord pour protéger les écrivains contre les rigueurs d'une répression excessive, tomba bientôt sous la direction d'un comité occulte, systématiquement hostile à la maison de Bourbon, et composé de MM. Cadet-Gassicourt , Cauchois-Lemaire , Châtelain, Mérilhou, Brissot-Thivar, Chevalier et Reynaud. Ce comité se réunissait avant chaque séance, et arrêtait les mesures à proposer à la société générale , et les questions à mettre en délibération, de sorte que cette armée, dans laquelle se rencontraient beaucoup d'hommes appartenant à une opinion modérée, se trouvait conduite par un état-major révolutionnaire. M. Chevalier, ce jeune écrivain secouru par le duc de Broglie et ses amis, était devenu, on le sait, l'éditeur de la Bibliothèque historique^ fondée a pour enregistrer tous les actes injustes et violents qui lui étaient dénoncés contre les hommes de droite, et en particulier contre les autorités administratives et judiciaires accusées d'agir dans leur sens. » Ce recueil de dénonciations est devenu une source où les historiens ennemis de la Restauration ont puisé sans considérer deux choses : la première, c'est que ces dénonciations ne portaient point leurs preuves avec elles, et qu'elles pouvaient par conséquent être des calomnies; la seconde, c'est que cette publication fut, en efifet, condamnée en 1818 comme coupable de calomnie, pour avoir imputé à des préfets des actes de nature à exposer les fonctionnaires dénoncés à la
haine et au méjHÎs des citoyens, sans en apporter la preuve légale ^
On ne pouyait compter ni sur Timpartialité ni sur la justice de la presse, dans cette situation où toutes les passions étaient surexcitées. Tandis que la Bibliothèque historique enregistrait et provoquait les dénonciations contre la droite, M. Châtelain prenait dans deux brochures, le Voy€tge d^un étranger en France et le Paysan et le Gentilhomme^ la direction de Tattaque la plus vive et la plus dangereuse contre la monarchie. Le ministère, en dénonçant la droite au pays comme composée d'hommes rétrogrades, déterminés à ramener la France par tous les moyens à Tancien régime, s'était ôté la faculté de réprimer ces attaques de classe à classe, qui sèment des ferments de guerre civile en détruisant TuDité morale d'une nation. Le procédé de Tauteur était simple jusqu'à la naïveté, ce qui n'empêcha pas ses pamphlets d'avoir un grand succès : la jalousie et la vanité n'y regardent pas de très-près, et elles sont disposées à croire tout ce qui les irrite comme tout ce qui les flatte. Le procédé de cet écrivain consistait donc à mettre en scène un émigré insolent, lâche et stupide, et un curé intolérant, tracassier et hypocrite, toujours calqué sur le type de Tartuffe; quelquefois un fonctionnaire subalterne, intrigant et vil, venait compléter cette partie du tableau. Ces personnages servaient de repoussoir à un paysan acquéreur de biens nationaux, qui avait en partage toutes leë vertus et toutes les lumières; à un voltairien de village, qui réduisait le prêtre au silence par la supériorité de sa doctrine et de sa dialectique ; et enfin à un officier à demi-^ldè, qui n'avait qu'à froncer le sourcil pour faire trembler le gentilhonune. Ces caricatures étaient acceptéespour des portraits par ceux qui avaient des rapports de position avec les trois der-