‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 66 sur 172 · ACTION DES LIVRES ET DBS JOURNAUX · texte numérisé non relu

ACTION DES LIVRES ET DBS JOURNAUX

uiers personnages. On ne peut se fmre une idée du mal que firent ces écrits par les passions qu'ils excitèrent d'un côté et l'indignadon qu'ils soulevèrent de l'autre. Je ne prétends pas dire que dans un petit nombre de provinces où les royalistes étaient en majorité, les émigrés revenant d'un long exil et voyant lemrs biens aux mains d'acquéreurs, qui souvent avaient acheté un domaine à vil prix et quelquefois pour une charretée de foin, n'eussent pas fait entendre quelques murmures. U faudrait ne pas connaître le cœur humain pour ne pas voir que cela était inévitable. Des murmures avsdent donc* pu se faire entendre , des paroles de blâme avaient été prononcées ; et je trouve dans des rapports inédits et très-curieux du comte Ruty, Ueutenant général d'artillerie, envoyé en 1814 dans rOuest pour s'entendre avec les principaux chefs de la Vendée sur la pacificalion du pays, la trace des préoccupations que cette situation difficile avait, dès cette époque, causées à Louis XVIII. J'y vois en outre que plusieurs ecclésiastiques des diocèses de TOuest, hommes à la conscience austère, qui avaient été témoins de le. manière dont les biens nationaux avaient été achetés et vendus, n'acceptaient pas les atténuations de la langue. politique et qualifiaient de vols ces marchés, dans lesquels les propriétaires à qui Ton avait tout pris sans indemnité, et l'État qui n'avait rien reçu, étaient également lésés. Mais ces suites inévitables d'une spoliation exercée sur une grande échelle n'apparaissaient que sur quelques points clair-semés du pays, et cette prétendue conspiration pour ramener la France à la dlme et aux droits féodaux étîiit \me monstrueuse absurdité. N'importe , les uns crurent à l'absurdité, les autres firent semblant d'y croire. Pour beaucoup d'esprits disposés à avoir peur des fantômes, il devint constant que les missionnaires voulaient obliger la France à être pieuse et même dévote malgré elle, et que les émigrés allaient entreprendre de ramener le peuple à la situation des

vilains, sans oublier la corvée et Tobligation de venir battre les étangs seigneuriaux le jour où la dame du château faisait ses couches. Ce fut en vain que M. Fiévée, avec soù esprit ordinaire, demanda si c'était bien le moment de déployer tant de colère contre les projets ambitieux et les prérogatives abusives de l'aristocratie, lorsque les bureaux de loterie étaient tenus par des marquises ruinées, et si la féodalité allait sortir des bureaux de poste devenus le refuge des comtesses et des baronnes dépouillées de leurs biens? Rien n'y •tit; l'alarme était jetée, elle continua de gagner de procheen proche.

Quelques recueils et quelques écrits isolés se séparaient de ces lieux communs de la prévention et de la haine. De nobles cœiu's, au lieu de semer l'inimitié entre les classes, auraient voulu avancer le moment de la délivrance du sol national. C'est ainsi qu'à l'époque même où le duc de Richelieu avait obtenu la diminution de l'armée d'occupation, vers la fin du mois de mars 1817, un jeune écrivain dont la bouillante imagination avait besoin d'être réglée pour que sa plume pût servir son pays, M. de Salvandy, tour à tour garde d'homieur et mousquetaire noir, avait publié une brochure intitulée fa Coalition et la France^ qui fit l'effet d'une bombe jetée aumi- Heu d'éléments inflammables. Il y avait bien de la déclamation dans ce manifeste, écrit avec la verve d'un rhétoricien plutôt qu'avec la raison d'un politique, et qui, se produisant étourdiment au milieu d'une situation hérissée de tant d'obstacles, y ajoutait une difficulté de plus. Mais la passion ne hait point la forme déclamatoire. Or, à l'heure où cet écrit parut, tout était passion en France, et il faut rendre cette justice aiu partis contraires, ils haïssaient encore plus l'étranger qu'ils ne se haïssaient entre eux. Aussi, tandis que la brochure de M. de Salvandy causait les plus graves inquiétudes au duc de Richelieu, en butte aux plaintes des cours étrangères, menacées

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