‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 67 sur 172 · ACTION DES UVRES ET DES JOURNAUX · texte numérisé non relu

ACTION DES UVRES ET DES JOURNAUX

d'une levée de boucliers générale, elle obtenait le même succès chez les gardes du corps que chez les officiers à demisolde. Tous aspiraient, sauf à s'entre-combattre ensuite, à voir la France rester seule maîtresse de son sol conmie de ses destinées. La brochure la Coalition et la France était un appel aux armes. La forme en était sentencieuse, le style haut en couleur, et il semblait qu'on sentait de temps à autre percer, à travers la phraséologie ardente de l'auteur, l'accent aigu de la trompette. Le mal, selon lui, était dans la coalition; car, non contente de rançonner indignement la France, elle voulait profiter, pour la dépecer, de son épuisement qui la rendait incapable d'acquitter la contribution de guerre. Le remède était dans les mains de la France ; elle devait oublier toutes les inimitiés de parti qui la divisaient, pour courir sus aux étrangers comme au temps de Charles V et de Charles VII; tandis que le gouvernement, renonçant à des négociations stériles, organiserait et conduirait ce grand mou- Yement national. Bientôt la France serait entourée de toutes les puissances secondaires et de tous les peuples opprimés, et elle aurait raison de ses vainqueurs. L'auteur ne tenait aucun compte de la réduction de l'armée d'occupation, que le duc de Richelieu venait d'obtenir , il la regardait plutôt comme une insulte que conmie une concession , et il s'élevait avec véhémence contre la vente des bois de l'État, imposée, disaitil, par les coalisés.

Cette brochure pouvait être également l'expression d'un élan patriotique inconsidéré ou de ce besoin d'occuper de lui Topinion publique , qui avait paru de bonne heure chez le jeune écrivain*. Toujours est-il que, loin d'avancer la déli-

1. A répoqae de la campagne de 1813, le jeune SaWandy, alors élève du lycée Napoléon , composa le buUeiin Actif d'une victoire supposée, remportée selon loi à LuUen, avec une proclamation impériale qui envoyait au lycée les drapeaux pris sur Tennemi. Ce pastiche littéraire trompa tout ce monde universitaire; quand la vérité fut découverte, Salvandy Tut expulsé du lycée.

vrance du sol national, eHe pouvait la retarder. Les ministres étrangers qui formaient la conférence européenne à Paris, profondément irrités de cette attaque, demandèrent l'arrestation du jeune écrivain. Louis XYIII, bien inspiré par le sentiment élevé qu'il avait de la dignité royale et du grand mouvement national auquel répondait cette brochure, tout inopportune qu'elle fût, ordonna au duc de Richelieu, en accord parfait sur ce point avec son maître, de repousser cette exigence d'une manière péremptoire. Tout ce que le gouvernement accorda, et il l'accorda parce qu'il ne pouvait le refuser, ce fut la saisie de la seconde édition de la brochure; la première était épuisée. Pour que cette saisie n'entralnftt pas un procès qui aurait fait revenir cette affaire devant l'opinion publique, il fallait que l'auteur renonçât à l'opposition qu'il était en droit de former. Le jeime écrivain, mandé chez le duc de Richelieu, consentit à tout ce que le ministre voulut , et il iijouta que, s'il avait pu prévoir les embarras que sa brochure suscitait au gouvernement, il ne l'aurait pas publiée. H ne fallait pas une grande prévoyance pour deviner qu'une brochure écrite dans ce sens surexciterait le dedans et irriterait le dehors; mais la complaisance que montrait l'auteur méritait une récompense, et le Roi autorisa le due de Richelieu à loi promettre que bientôt il serait appelé au cons(^il d'État, avec le titre de mattre des requêtes. Louis XVIII, malgré les embarras et les ennuis que lui avait causés cette incartade de jeune homme, n'en étai^pas aussi mécontent qu'on aurait pule croire. Cet élan de patriotisme et de jeunesse ne déplaisait pas à sa fierté royale, et peutrêtre calcuJait-û qu'une fms la difficirité qu'avait fait naître cet écrit surmontée, il devenait un argument en faveur de sa politique, par l'occasion qu'il avait donnée au sentiment national de s'afiirmer devant les étrangers. Cette affaire fit donc beaucoup d'honneur à M. de Salvandy, auquel elle offrit l'issue qu'il cherchait pour arriver à

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