TRAVAIL INTÉRIEUR DES PARTIS
droite que dans le parti qui abritait ses nombreuses subdivisions et ses éléments hétérogènes sous le nom générique de parti libéral, elle était loin d'être homogène. Tandis qu'un grand nombre de ses membres, ceux surtout qui étaient mêlés à la vie publique, acceptaient le terrain constitutionnel tel que >L Chateaubriand Tavait mesuré et défini dans la Monarchie selon la Charte^ d'autres, comme M. de Bonald, laissaient voir leur prédilection pour un système tout autre que celui qui était en vigueur. Cet illustre penseur avait, on le sait, un idéal social duquel les nations ne s'écartaient pas, selon lui, sans préjudice et sans péril ; c'était la famille qui lui en avait fourni le type avec le pouvoir souverain du père, le pouvoir intermédiaire de la mère qui s'interposait entre le père et les enfants pour adoucir le commandement du premier et exciter l'obéissance des derniers. Il revenait toujoiu-s à cet idéal social où le père était le roi, où les autres privilégiés, la noblesse et le clergé, remplissaient le rôle de la mère, et où il ne restait plus aux autres classes que le rôle de soumission et d'obéissance de l'enfant. Comme toute idée, celleci pouvait se discuter dans le domaine de la théorie pure ; mais, dans la pratique, deux faits étaient certains, c'est qu'elle était incompatible avec la situation du pays et inconciliable avec la Charte. M. de Bonald, en y revenant sans cesse, donnait des armes contre la droite , et, quand il écrivait dans ses Pensées, qui parurent à la fin de 1817, cette phrase : « On ne doit assembler les hommes qu'à l'église ou sous les armes, parce que là ils ne délibèrent point, ils écoutent et obéissent, » les adversaires des royalistes lie manquèrent pas de dire que, malgré leurs respects hypocrites pour la Charte, ceux-ci aspiraient au rétablissement du pouvoir absolu. Il était d'autant plus urgent pour la droite de créer un organe où l'on pût trouver l'unité de ses doctrines, affirmée par ses principaux représentants, et où l'accord se fît.
SÉGOCIATIOIIS POUR UN NOUVEAU COVCORDÀT.
A toutes les questions intérieures et extérieures qui préoccupaient le gouYernement, vint s'ajouter une question toujours extrêmement grave, la question religieuse. Le H juin-ISlT, le comte de Blacas avait signé à Rome avec le cardinal Coû- Stdvi un nouveau concordat ; des copies plus ou moins exactes de cet acte important commençaient à circuler en France, et Ton répandait des bruits qui semaient partout l'inquiétude. Pour bien comprendre le concordat de i817 et les négociations qui Ttunenèrent, il faut remonter un peu plus haut. Dès que Louis XYIII était rentré en France en 18iS, il éprouva le désir de revenir sur le concordat de 1801 et d'en obtenir la suppression, s'il était possible. Des instructions avaient été remises à ce sujet à M. de Pressigny, alors ambassadeur de France à Rome. Ces instructions, rédigées par M. de Talleyrand, prescrivaient à l'ambassadeur d'amener le souveraiu pontife à considérer comme imposés par la \iolence tous les actes intervenus depuis l'invasion de la France dans les États pontificaux en 1797 :
« Le point d*où l'ambassadeur doit partir, disait-on dans ces insimcr tions, est qne, rioTasion des Français dans les États da Pape eo 1797 étant l'origine de tontes les violences qui lui ont été faites ensuite, et ayant fait tomber cette enceinte de respect qui était sa première défeosc. tout, depuis cette époque, est à revoir et à réparer. Cette date antérieare au pontificat de Pie VII est celle qu'il faut rappeler dans tontes les discussions avec le Saint-Siège. Par là, on nimpute pas an Pape actuel ces commencements de dépendance et de sujétion. Le Pape devient moins embarrassé de ses propres faiblesses qui ne lui paraissent plus dérirer que de circonstances étrangères à son administration , et il peut sans contradiction avec lui-même faire rentrer ses ministres dans les an-
BÉGOCIATIOKS POUK UN NOUVEAU CONCORDAT. 271
ciennes reJations*.. La réTÎsioD da concordat et de tous les actes depuis 1797 est attendue de l'Église gallicane : tous les érèques, les anciens, les DouTeaui, ceux de tontes les dates, la réclament. •
Le vif déar qu'avait Louis XYIII de faire abolir le concordat de 1801 est facile à expliquer. Cet acte avait été un des coups les plus sensibles qu'il eût ressentis dans son exil ; à ses yeux, en efi^ il rompait Tantique alliance qui avait existé entre le Saint-Sîége et la maison de Fraince et il reconstituait la religion en France en dehors de la royauté très-chrétienne par un accord fait avec la Révolution. Il ne faut pas oublier que le pc^e Pie YII, usant du droit dictatorial qui appartient à la papauté daifô les grandes nécessités de TÉglise, avait non-seulement demaadé la démission des évéques émigrés qui ne pouvaient pas résider dans leurs diocèses avec le nouveau gouvernement, mais qu'il avait destitué, en vertu de son autorité souveraine, c«ux qui avaient refusé cette démission. 11 en était résulté une scission dans Tépiscopat et dansTÉglise gallicane, et le clergé français se trouvait dans la plus pénible et la plus difficile des situations par 1 existence de la petite Eglise, c'est ainsi qu'on nommait le clergé qui refusait au pape le droit qui lui appartenait de signer le concordat, et des restes de l'Église constitutionnelle qui se composait des champions opiniâtres de la constitution civile du clergé, en face de la seuk Église qui fût placée sur le terrain des véritables principes, je parle de celle qid reconnaissait le concordat.
On ne peut nier qu'un tel état de choses n'appelât la sérieuse attention de l'autorité ecclésiastique et de l'autorité civile. D'un autre côté, la manière dont Napoléon avait exécuté le concordat de 480! motivait la révision de cet acte aux yeux du Saînt-Sîége. On se souvient qu'après avoir laissé écouler dix mois s«ms publier le concordat de 1804, le gouvernement consulaire fit paraître dans la semaine de Pâques de l'année 1802 un gros volume portant pour titre le nom de Con-
cordât. En tête figurait le concordat véritable qui contenait deux pages, car il ne renfermait que dix-sept articles; mads à leur suite, sous la même date, on avait réuni une compilation de lois dites organiques que le gouvernement français avait ajoutées à l'acte primitif sans consulter le Saint-Siège *.
Un second fait qui se rattachait au concordat de 1801 continuait à aOliger vivement le Saint-Siège. Une des difficultés des négociations engagées à ce sujet avait été la situation des prêtres constitutionnels que, malgré toutes les observations du cardinal Consalvi , le gouvernement consulaire avait persisté à appeler aux sièges nouveaux. C'était aller notoirement contre Tun des buts du concordat, qui était l'abolition du schisme né de la constitution civile du clergé. Ne pouvant obtenir mieux , la cour de Rome déclara qu'elle se verrait dans l'impossibilité d'agréer les présentations du gouvernement français aux évêchés si les prêtres constitutionnels qu'on y appelait ne rétractaient pas formellement leurs erreurs. Le gouvernement consulaire prétendit que l'acceptation du concordat était de leur part une rétractation indirecte, mais suffisante. Le Saint-Siège persista en faisant observer que le concordat ne renfermait pas un mot sur la constitution civile
1 . u Pour persuader aux lecteurs superûcieU et vulgaires, dit le cardinal Consalvi dans ses Mémoires, que ces articles organiques avaient été accepté! par le Pape, on les avait frauduleusement placés sous le titre et sous la date du concordat, et cependant ils étaient postérieurs à peu près d*un an à ce trailé. H n'y eut qu*uue chose qu'on ne se permit point, ce fut d'apposer sous ces articlcs, que nous ne connaissions pas, nos noms qui se lisaient au bas da véritable concordat. Je renonce à dépeindre le chagrin que ces lois organiques causèrent au Pape. \\ comprenait, que le concordat était bouleversé et anéanti au moment même de sa publication, et qu'on portait ainsi un immense préjodice à la religion et aux règles essentielles de l'Église. Il ne restait à Pie Vli d'autres moyens de protester que de déclarer en face du monde, dans nne allocution consisloriale imprimée à l'heure même où le concordat paralsuit à Rome, que ces lois organiques lui étaient absolument inconnues, qu'il n'y avait pris aucune part, qu'elles lui InOigeaient la plus vive peine et qu'il alisK prt" senlcr au premier consul ses plus pressantes réclamations; ce qu'il fil. ■