RÉCITS DES ÉYÉMEMEUTS DE GRENOBLE
qu'il conduisait en seraient quittes pour se disperser. Il n'avait pas prévu une dertiière chance : celle où les autorités royales mises en éveil seraient en mesure de recevoir les insurgés à coups de fusil et de les poursuivre. C'était celle qui allait se réaliser.
On A reproché au général Donnadieu * d'avoir fait mentir le dilenmie de Didier, en recevant % coups de fusil les colonnes insuirectionnelleg, quand il était si facile, en fermant les portes, de faire échouer l'insurrection sans verser une goutte de sang. C'est là un reproche qui n'a rien de sérieux. Qnand des conjurés attaquent à main armée im gouvernement, le droit et le devoir de cehii-ci est de désorganiser la conspiration, et pour f parvenir, il faut qu'il mette la main sur ceux qui ont levé le drapeau contre lui. Si le général Donnadieu s'était contenté de faire fermer les portes de la ville, il n'y aurait eu que partie remise, et Didier aurait continué à nouer les iils du complot qui aurait éclaté dans des circonstances plus propices pour les conspirateurs. Il n'y a que l'esprit de parti qui, en proclamant le droit d'insurrection d'une manière absolue, puisse dénier au gouvernement le droit de légitime défense.
La première colonne d'insurgés au nombre de quatre cents honmies environ, composée des montagnards descendus de leurs communes dans l'après-midi du 4 mai, s'était mise en marche à dix heures du soir vers Grenoble en chantant des refrains révolutionnaires. Quoiqu'ils n'eussent pas rencontré à la Croix-Rouge, comme ils s'y attendaient, les douaniers de Pontcharra et les détachements de l'Oisans, qui par un malentendu peu étonnant dans ces sortes d'aventures n'avaient pas été avertis à temps, ils étaient pleins de confiance, et le premier succès qu'ils venaient . d'obtenir sur les chasseurs de l'Hérault ne leur laissait aucun doute sur le résultait de la
1. M. de Vaulabellea le premier fbrhfiulé rc reproche, plusieurs fols reproduit depnifi.
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journée. Ils s'engagèrent vivement derrière les fuyards, sous les voûtes qui viennent après les ouvrages extérieurs de Grenoble ; rhorloge de l'église de Saint-Louis, située en face de la caserne, sonnait en* ce moment minuit. Tout à coup, au lieu des leurs qu'ils croyaient maîtres de la place, les insurgés se heurtèrent contre la petite colonne du colonel de Vautré, en tête de laquelle celui-ci avait placé trente gi'enadiers, vieux soldats éprouvés, conduits par un homme de résolution, le capitaine Friol. Le colonel de Vautré poussa le cri de Vive le Roi ! commanda le feu qui, donnant dans cette masse compacte, renversa sept hommes mortellement atteints et plusieurs autres seulement blessés; puis, ordonnant une charge à la baïonnette, il mit en déroute la colonne insurrectionnelle qui, déçue dans son espérance, ne soutint pas le choc et lâcha pied. Le colonel de Vautré continua vivement la poursuite, et* à moitié chemin d'Eybens, il rencontra une seconde colonne insurrectionnelle, commandée par Didier en personne. Les insurgés, déjà ébranlés parle mouvement que leur imprimaient les fuyards revenant des portes de Grenoble, ne tinrent pas devant la première charge de la troiipe, et malgré les efforts désespérés de Didier pour les ramener au combat, ils se dispersèrent dans toutes les directions. Emporté dans la fuite des siens par son cheval grièvement blessé, Didier eut de la peine à se dégager, et se réfugia dans le bois de Saint-Martin d'Hières, désespéré de voir une conspiration si laborieusement nouée, et dont les ramifications s'étendaient si loin, finir par une échauffourée. Une troisième colonne que rencontra le colonel de Vautré ne tint pas mieux que les deux premières ^ Pendant que ces choses se passaient , le général Donnadieu avait envoyé un détachement contre la Bastille, qui n'avait pas
1. 11 est fait mention de cette trotsième colonne dans la biographie de M. de Vautré, par M. BouIIée, et dans V Histoire de la conspiration de 1816, par M. Dacoln.