‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 8 sur 172 · RÉCIT DES ÉVÉNEMENTS DE GRENOBLE · texte numérisé non relu

RÉCIT DES ÉVÉNEMENTS DE GRENOBLE

tardé à être évacuée. De sorte qu avant la fin de la nuit, la résistance avait cessé sur tous les points. Les feux allumés sur les hauteurs s'éteignaient peu à peu, et le colonel de Vautré, continuant, par Tordre du général, son mouvement sans rencontrer d'ennemis, entra à la pointe du jour dans Eybens, un des foyers de Tinsurrection. Un insurgé était étendu mort à J entrée du village, il portait Funiforme d officier de hussards, c'était Joannini, qu'un coup de feu avait atteint à la pre< mière décharge, et qui était venu mourir en cet endroit. Il avait dans la bouche la moitié d'une liste des conjurés que la mort, venant trop promptement, ne lui avait pas permis d'avaler. Le colonel de Vautré a depuis raconté que cette liste contenait tant de noms, que, dans l'intérêt des familles comme dans l'intérêt de la cause royale, il avait cru devoir la détruire. Un fait vient à l'appui de cette déclaration : le premier nom porté sur cette liste était celui du commandant Ravix, arrêté la veille et presque immédiatement relâché ; or. Ton ne voit pas qu'il ait été impliqué dans les procès qui suivirent. Le colonel de Vautré, qui avait poursuivi sa route lentement à cause de la nuit, se porta au point du jour sur la Mure, dont il désarma les habitants, comme le général Donnadieu lui avait prescrit de le faire. Il a répété lui-même, dans une lettre adressée au colonel de la légion des Bouchesdu-Rhône et qui fut affichée à Marseille, les dures et violentes paroles qu'il adressa aux habitants de la Mure, en invitant l'un d'eux à aller voir ses deux fils tués à l'attaque de Grenoble. L'exaltation des passions politiques si vives à cette époque et la surexcitation du combat expliquent à peine la violence de ces paroles sans les excuser. Il faut, pour être juste, ne pas oublier que le bourg de la Mure avait été le centre de l'insurrection, et que l'on avait répété à Grenoble des paroles menaçantes des femmes de cette conmiune qui, en poussant leurs maris et leurs enfants au combat, disaient la veille « qu'il y

aurait le lendemain quinze mille joueurs de boules. sur la grande place de Grenoble. » On ajoutait que des marques en craie blanche, tracées sur les maisons des royalistes les plus ardents, indiquaient suffisamment le sens de ces sinistres pronostics. Y ayait-il quelque réalité dans ces rumeurs? Faut-il seulement y voir ces vagues terreurs qui viennent attiser les colères dans les jours troublés? Nul ne saurait le dire. Ce qu'il y a d'incontestable, c'est que le sentiment du péril couni venait ajouter à la passion politique surexcitée par la chaleitf du combat; Tidée que les insurgés vainqueurs auraient été impitoyables ne disposait pas les esprits à la pitié.

Ce sentiment était si vif dans la population royaliste de Grenoble, que la rentrée du colonel de Vautré, dans la ville, où il ramenait une centaine de prisonniers et trois charrettes pleines d'armes, fut une véritable ovation. Cette insurrection qui paraissait avoir de si vastes proportions réprimée en quelques heures, la royauté sauvée d un grahd péril, la France d'une nouvelle conflagration, Grenoble de l'invasion des populations des campagnes qui pouvait ametier des vengeances sanglantes, tout contribuait à augmenter l'enthousiasme, et quand le colonel de Vautré entra dans Grenoble, pavoisé de drapeaux blancs, au milieu des vivats de la population royaliste, il entendit des voix répéter autour de lui qu'on devraitie porter en triomphe.

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