‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 89 sur 172 · I REJET DE LA LOI SUR LA PRESSE · texte numérisé non relu

I REJET DE LA LOI SUR LA PRESSE

juridiction du jury; à un grand nombre de membres votant habituellement avec le ministère , à cause de l'adoption de lamendement proposé par le cardinal de la Luzerne et ses amis. On n'éprouva donc pas une très-vive surprise lorsqu'au scrutin d'ensemble la loi fut rejetée par 102 voix contre 59. Dans cette discussion qui demeurait stérile, puisqu'elle aboutissait à un rejet, en laissant la France sous le coup d'une loi déclarée mauvaise par tout le monde, les deux oppositions s étaient rencontrées par des motifs divers sur le même tei*rain. Toutes deux avaient besoin de la liberté de la presse, mais il y avait des différences dans la manière dont elles l'entendaient, et dans les motifs pour lesquels elles la revendiquaient. En répondant à M. de Chateaubriand avec une arrogance qui sentait plus la confiance du favori que la supériorité du politique, M. Decazes avait affecté de s'étonner que la droite, si vivement émue en faveur de la liberté de la presse, reprochât au ministère de laisser circuler des écrits contre ia société et la religion. La conduite de la droite était plus aisée à expliquer que ne semblait le croire M. Decazes. Le ministère exerçant ime dictature exceptionnelle sur la presse, la droite lui demandait à la fois compte de ce qu'il en faisait et de ce qu'il n'en faisait pas. Il s'en servait pour faire attaquer les opinions indépendantes et pour empêcher cellesci de répondre, la droite s'en plaignait. Il ne s'en servait pas pour empêcher la société et la religion d'être attaquées : la société par des pamphlets qui animaient et ameutaient les classes populaires contre les hautes classes ; la religion par des pamphlets qui attribuaient au clergé des prétentions et un fanatisme de nature à lui aliéner les esprits et les cœurs, la droite s'en plaignait. Elle n'avait point tort, car la respon- .^abilité est la compagne logique et inséparable de la puissance. La droite n'était pas en contradiction avec elle-même ^n demandant la liberté; au fond, elle demandait la liberté

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centre la licence ; la liberté, dans son opinion, existait centre la religion, contre la société, et allait jusqu'à la licence; elle la demandait pour défendi'e ces grands intérêts contre ceui qui les attaquaient, à défaut du ministère qui, suivant elle, ne les défendait pas. En outre, elle croyait que le gouvernement établi par la Charte comportait la liberté de la presse r.omme ime conséquence nécessaire, et que la liberté de la tribune était en péril si un lui ôtait cet écho qui empêchait seul la parole poUtique de mouiir dans la salle étroite d une assemblée. La droite, sans faire de la liberté de la presse un droit absolu, un bien absolu, la revendiquait comme une de6 nécessités de la situation, comme une promesse de la Charte, et conmie une des conditions du jeu des institutions qu'elle avait inaugurées.

Ce n'était point la thèse de la gauche. 11 y Hvait dans son sein des théoriciens honnêtes qui, comme le jeune duc de Breglie, pensaient que la liberté de la presse était un droit naturel, primitif, primordial, un bien absolu, un droit absolu, applicable à toutes les sociétés, à toutes les phases de Texistence d'un peuple. Tous les devoirs d'un gouvernement se bornaient, selon cette théorie, à mettre la société en position de faire connaître ses tendances, ses volontés. Toutes les difficultés, tous les périls, venaient de ce qu'on ne les connaissait pas assez :

« Si la France apparaissait au graudjour telle qu'elle était, s'écriait le duc de Rroglie, son attitude aurait quelque chose de si simple et à la (Sis de si fprinc, toutes les questions onvorles par ta révolution paraîtraient si complétofflent terminées, l'impossibilité de toucher à qnoiquQCefàl.i qui que ce fût, si bien démontrée, le vœu d'être libre au dedanSi indépendant au dehors si fortement prononcé, que chacun en preuduit Siui parti, à commencer par les étraugers. »

Le duc de firoglie était bien jeune à cette époque, et il lui êtKfit d'un contact de quelques mois «¥ec les indépendants.

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