‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 92 sur 172 · LOI DE RECRUTEMENT. — SES AVANTAGES ET SES PÉRILS · texte numérisé non relu

LOI DE RECRUTEMENT. — SES AVANTAGES ET SES PÉRILS

les familles pauvres et les familles riches, celles-là n'ayant que les bras de leurs enfants pour richesses, et celles-ci pouvant s'en passer ; celles-là ne pouvant faire remplacer leurs enfants à prix d'argent, et celles-ci ayant la possibilité de les conserver moyennant un sacrifice pécuniaire ; sans parler des conscrits eux-mêmes, dont les uns se trouvaient arrachés à leur profession pour cinq ans, durée du service militaire, tandis que les autres pouvaient servir avec des avantages particuliers, en passant par les écoles du gouvernement, s'ils avaient du goAt pour les aimes, et dans le cas contraire, s'affranchir moyennant une somme d'argent de ce service, et illivre sans interruption la camere qu'ils avaient choisie. Quoi qu'on eût pu faire et quoi qu'on eût dit, l'inégalité des conditions continuait à exercer son empire sous la prétendue égalité de la loi , beaucoup phis lourde en réalité pour les classes pauvres que pour les classes riches. C'était un des côtés vulnérables du projet.

Le maréchal Gouvion Saint-Cyr avait aspiré à quelque chose dcplufe qu'à assurer et à régler le recrutement militaire, il avait voulu constituer complètement l'armée en lui ménageant une forte réserve, et lui donner une espèce de Charte en réglant législativement l'avancement. Cette extension donnée à la loi augmentait son importance, mais, en même temps, elle en rendait l'adoption plus difficile. Il est utile d'indiquer sommairement les considérations qui avaient déterminé le maréchal et la portée de son projet.

La rédaction présentée par le maréchal (iouvion Saiut-Cyr fera toucher du doigt la pierre d'achoppement qu'allait heurter le projet de loi à l'occasion de la réserve : « Les sous-officiers et les soldats rentrés dans leurs foyers, après avoir achevé leur temps de service, y était-il dit, seront assujettis ^n ras de guerre à un senice territorial, dont la durée est fixée à six ans. » C'était là le corps de vétérans, destiné k

former larmée de réserve. Or, il était impossible que les Cent- Jours n'eussent pas laissé des défiances à la droite contre Tancienne armée qui avait repassé si facilement du drapeau blanc au drapeau tricolore, et qui se trouvait implicitement appelée à former cette réserve. On dit alors et Ton a souvent répété depuis, qu'il y avait quelque chose d'odieux à poursuivre d'une éternelle défiance des hommes braves et malheureux, qiu avaient fait partie de l'armée impériale '. Il faut oublier les lois du cœur humain, pour mettre ainsi au compU* d'un parti le legs funeste de l'aventure des Cent-Jours. La bravoure et le malheur de l'armée française n'étaient l'objet d'un doute pour personne ; ce dont on pouvait douter, c'était sa sympathie pour la monarchie contre laquelle les soldats impériaux s'étaient trouvés malheureusement engagés par le retour de l'Ile d'Elbe, et quoi qu'en disent ceux qui trouvent naturel qu'on révoquât en doute la sincérité des émigrés adhérant au régime constitutionnel, le passé et un passé récent autorisait les appréhensions de la droite vis-à-vis de l'ancienne année. Il pouvait être, il était impolitique d'exprimer publiquement ces appréhensions qui perpétuaient des divisions funestes, et les chefs les plus habiles de la droite évitèrent le plus qu'ils purent de le faire ; mais ils n'étaient pas maîtres de ne pas les éprouver. « On travaille à recréer l'armée qui noiL« a perdus, écrivait tristement M. de Villèle à sa famille (28 janvier 1 8< 8). En même temps les boulevards sont garnis de gravures propres à exciter les souvenirs de l'empire ; ce sont les batailles, les grenadiers du bon temps. »

Le chapitre de l'avancement excitait et devait exciter une opposition plus vive encore. Ce n'avait pas été sans peine que le maréchal Gouvion Saint-Cyr avait ramené le Roi lui-même à son avis, et il n'avait pas moins fallu que l'ascendant tou-

1 . M. de Baranle a récemment exprimé ceUe idée dane la Vie po/r'ri^^ ^^ M. Royer-Collùrd,

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