LOI DE RECRUTBMBNT. — SES AVANTAGES ET SES PÉRILS
jours croissant de M. Decazes, pour déterminer Louis XVIIl à sacrifier une prérogative, qui jusque-là n'avait été disputée sous aucun régime au pouvoir exécutif. Le Roi savait en outre que Monsieur, ses plus intimes seniteurs et la droite tout entière, étaient très-contraires à Tabandon de la prérogative royale en matière d'avancement militaire. La Charte, en déclarant que le Roi était le chef suprême de l'armée, n'avait fait que confirmer la tradition nationale , et d'excellents esprits avaient peine à s'expliquer que le prince exerçât dans sa plénitude ce haut commandement, s'il renonçait au droit de conférer l'avancement. Y avait-il en outre chez la noblesse, qui se regardait autrefois comme appelée par sa naissance au métier des armes, un sentiment secret que l'amoindrissement de la prérogative royale sur ce point serait préjudiciable aux gentilshommes? Pensait-elle que si la guen'e se rouvrait, elle fournirait au Roi par sa bravoure héréditaire des occasions d'exercer la prérogative royale en sa faveur, tandis que les lois immuables de l'avancement lui seraient moins propices ? t>la n'est pas impossible, et je ne voudrais pas affirmer le contraire. M. de Montlosier, il est vrai qu'il faut tenir compte dp sou esprit toujours excessif, écrivait à cette époque que « celte loi était pour la noblesse une dégradation. On ne devait donc attribuer son irritation, ni à un sentiment ambitieux, ni même à un vif sentiment d'injustice ou de prévention, cette irritation partait d'un sentiment profond d'avilissement \ » Ce qu'il y a de certain, c'est que pendant toute la durée de la discussion de la loi, il y eut une vive fermentation dans la garde royale. M. de Villèle constate ce fait dans sa ^correspondance , en ajoutant avec sa sagesse ordinaire : « C'est un malheur de plus, car les royahstes n'étant forts que de leurs principes, il serait bien malheureux que des têtes
l. De la Monarchie françaiu depuis la seconde Restauration, écrit pubUé en 1818^
334 sBssioii DB 1817-4818.
folles se prêtassent à des actes coupables. » Pour ne rien omettre dans cette éuumération rapide, il faut ajouter qu'on avait souvent répété depuis la Révolution, qu elle avait été causée en partie parce que le Roi n'avait pas exercé une action assez dii*ecte et assez puissante sur Tarmée ; or, aux yeux des hommes convaincus que la Révolution n'avait pas dit son dernier mot, il était essentiel que Louis XVIII ne renonçât point à une parcelle de son autorité sur l'armée. Il semblait aux esprits placés sous Tempire de ces idées, que la loi du maréchal Gouvion Saint-Cyr désarmait la royauté. On n'aurait plus une armée royale, on aurait ce que les indépendants appelaient une armée nationale, dénomination hj'pocrite qui cachait leur espoir de se préparer une armée révolutionnaire. La joie que témoignaient les indépendants et Tappid qu'ils se montraient disposés à prêter au ministère, dans cette discussion, achevaient d'exciter les alarmes de la droite.
Tels étaient les principaux motifs qui rendaient la droite hostile au projet de loi présenté par le maréchal GomioD Saint-Cyr, et qui , après avoir été porté au conseil d'État, avait reçu sa dernière forme de la main de M. de Barante.
Ces objections étaient loin d'être sans valeur, mais presque toutes étaient tirées des circonstances, de la question d'opportunité, et au fond des choses, sur les deux points principaux, sur le recrutement et l'avancement, le gouvernement avait raison. Il fallait à la France une armée qui lui permit de garder son rang en Europe, et surtout dans une époque û voisine des grandes et longues guerres qui avaient laissé derrière elles un besoin profond de repos, le recrutement seul pouvait fournir cette armée. Que l'on discutât le mode de recrutement proposé par le gouvernement, qu'on eiprimât le désir, par exemple, de voir maintenir le principe d'égalité proclamé en rendant aux classes populaires le remplacement plus facile, à la bonne heure ; mais il n'en restait pas moins