LOI DE RECRUTEMENT. — OPINION DE M. JORDAN
« La volonté royale hautement manifestée, ajoutait le général d'Ambrugeac, n'a-t-elle pas pour nous la fixité des lois? Elle est notre plus sûre garantie , nous n'en voulons pas d'autre. » Il y avait donc trois systèmes en présence : celui du gouvernement, celui de la commission et celui de la droite. Celle-ci , en effet , repoussait radicalement le projet de loi et lui opposait un système tout différent que M. de Villèle résuma de la manière la plus claire, en proposant de renoncer au recrutement forcé et de le remplacer par les engagements volontaires avec une combinaison de primes qui les multiplierait, de supprimer complètement le titre relatif à l'avancement et de laisser au Roi le soin d'en régler les conditions par ordonnance, enfin de retrancher de la loi les dispositions qui établissaient l'armée de réserve, ou tout au moins de ne les rendre exécutoires qu'en temps de guerre. Deux sortes de considérations expliquent la répugnance que montrait la droite pour la loi de recrutement et d'avancement. J'ai indiqué les premières tirées du fond même des choses; mais la manière dont la loi fut défendue par les orateurs du gouvernement et par le ministère, sans parler des membres de la gauche, augmentaient encore l'opposition du côté droit. M. Camille Jordan insista surtout sur cet argument que le recrutement seul pouvait donner à la France une armée citoyenne, ce qui impliquait la condamnation des armées royales. Voici ses propres paroles :
t L*armée qne tous avez à fonder n*est point une armée ordinaire, instrument aveugle de défense et d'attaque aux mains du pouvoir qui la dirige; c'est une armée de soldais et de citoyens tout ensemble qu*anime l'esprit de nos institutions; qui, tout en défendant le territoire, sache y maintenir les droits; qui ne soit eu quelque sorte que la patrie armée pour la défense des intérêts nationaux. Et ce n'est ni à des mercenaires ni à des étrangers qu'on peut demander la formation d'une telle armée. Ccst à des hommes sortis du seiu de leurs familles, s'y rattachant par leur affeetiou et toujours prêts à y rentrer, i»
:M0 session m i817-i8l8.
Il y avait certainement quelque chose d'étrange à>ou'uu orateur attaché au gouvernement par des fonctions publiques le mettre ainsi dans une espèce de suspicion , en donnant à entendie que le pays avait besoin d'être garanti contre lui par les éléments dont se composerait l'armée, et flétrissant l'emploi des troupes étrangères quand tout le monde savait qu'en vertu de capitulations avec les cantons helvétiques Louis XVllI avait deux régiments suisses dans sa garde. Il y avait toujours, en outre, dans l'éloquence, d'ailleurs très-réelle, de M. Camille Jordan, un côté déclamatoire, et M. de Donald fit très-bien ressortir, par plusieurs souvenirs historiques cités à propos, la vanité de cette phraséologie sur les armées nationales composées de soldats citoyens qui seules pouvaient donner des garanties aux libertés publiques.
tt On ne veut plus, s'écria-t-il, que des armées nationales pour défendre la Constitution, et ce qu'on appelle les libertés publiques. Mais que manquait-il aux armées de César et de Pompée pour être des armées nationales? N'étaient-elles pas composées de citoyens romaios'' N*a?aient-elles pas été élevées dans Tamour de la liberté et dans toates les idées qu'inspiraient aux Romains de tous les corps la longue habitude et le souvenir imposant de leur république? Et cependant, les armées du beau-père comme celles du gendre ne conspirèrent-elles pas à Tenvi Tune de l'autre à asservir la liberté? Que manquait-il aux armées de Fairfax et de Cromwell pour être des armées nationales? N'étaientelles pas composées de citoyens anglais nourris dans les idées de liberté parlementaire, de résistaucc à l'extension de la prérogative royale? Et cependant l'heureux Cromwell ne fit-il pas servir l'armée à étouffer les libertés publiques? Que manquait-il aux armées de Bonaparte pour être des armées nationales? N'étaient-elles pas composées de citoyens français, ués presque tous dans le berceau de la révolution, tous enivrés du vin de sa fureur, du fanatisme de la liberté et de Tégalité, et bràiaol d'en propager les principes? Et cependant Bonaparte a-t-il respecté la Constitution républicaine? »
Ces fortes paroles faisaient justice du sophisme de M. Camille Jordan. Les grenadiers qui firent sauter les Cinq-f>ntv<