‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 96 sur 172 · LOI DE RECRUTEMENT. — RÉPONSE U£ M. DE VONALD · texte numérisé non relu

LOI DE RECRUTEMENT. — RÉPONSE U£ M. DE VONALD

par les croisées de l'orangerie de Saint-Cloud appartenaient à une armée nationale formée de soldats citoyens, pour ne pas citer d'exemple plus récent. La manière d'argumenter des orateurs ministériels indisposait d'autant plus la droite, qu'elle voyait la gauche, sur les bancs de laquelle siégeaient des hommes notoirement hostiles à la dynastie, joindre ses efforts à ceux des ministériels et insister pour la formation d'une armée nationale siu* laquelle elle espérait probablement obtenir une influence dangereuse pour la royauté. C'était là le i-aisonnement qui venait sans cesse dans la bouche des orateurs de la droite : « Vous voulez, disaient-ils, supprimer Tarmée royale et la remplacer par une armée parlementaire. » Le seul argument péremptoire était celui tiré de la difficulté de réunir une armée suffisante au moyen des engagements volontaires, favorisés par les primes. Je dis la difficulté, parce que depuis la grande et longue guerre des États-Unis du Nord contre les États confédérés du Sud, terminés seulement en 1865, on ne peut plus dire l'impossibilité; en effet, à l'aide des primes, les États-Unis ont réussi à lever et à entretenir pendant plusieurs années une armée qui n'a jamais été moindre de cinq cent mille hommes.

La manière dont le ministère et ses amis défendaient les nouvelles dispositions introduites par Li loi relativement à l'avancement était aussi de nature à indisposer gravement la droite. Aux arguments nécessaires de sa thèse, M. le maréchal Gouvion Saint-Cyr en ajouta d'autres au moins déplacés dans la bouche d'un ministre du Roi. Tout le monde aurait compris qu'il développât les arguments suivants à l'appui de son projet, et ils suffisaient au triomphe de sa cause :

« Quand la Charte a consacré le droit qu ont tons les Français de parvenir à tous les emplois ci?ils et militaires^ clic n'a pas entendu sans <^oii!eque ce fût là un principe vain, une promesse stérile. Le principe était rcc(»nnu aussi dans le siècle précédent, niai^ il élait sans vigncnr,

parce qu'il était écrit daus des ordonnances toujours réTOcables. au lieu de l'être dans la loi, qui seule s'élève au-dessus de toutes les volontés individuelles. On dit qu'une telle loi porte atteinte à la prérogative royale, on va même jusqu'à dire que le Roi n'a pas le droit de la proposer. Le. Roi a le droit de proposer aux Chambres tout ce qu il croit utile à l'État. La royauté est entre ses mains un trésor qu'il lait valoir pour le bien des peuples^ et non un dépôt stérile qu'il soit simplemeut chargé de transmettre à ses descendants... D'ailleurs, aujourd'hui, il y a plus de force dans la loi que dans l'arbitraire;... l'autorité s'aiïaiblitde tout l'arbitraire qu'elle essaye de retenir, elle se fortifie au contraire de tout ce qu'elle reçoit de la loi. •

Malheureusement le ministre de la guerre ne s'en tint pas à ces considérations. Il entreprit une revue rétrospective de la manière dont on obtenait Tavancement sous l'ancien régime, et il traîna sur la claie le système suivi jusqu'en 1789 dans des paroles dont la sévérité allait jusqu'au dénigrement. A Tentendre, l'ancienne monarchie avait donné un libre cours à tous les abus dans les promotions miUtaires en oscillant sans cesse entre ce que l'injustice pouvait avoir de plus révoltant et la faveur de plus ridicule. Les tribunes, — suivant im renseignement fourni par la correspondance de M. de Villèle, M. Decazes les avait composées d'avance de manière à assurer le succès de cette violente sortie contre le passé, — les tribunes battirent des mains, ainsi que la gauche ravie de trouver son langage habituel dans la bouche du représentant du gouvernement royal; mais les hommes sensés s'étonnèrent qu'un ministre du Roi, parlant au nom du gouvernement royal, eût apporté à la tribune ce pamphlet rétrospectif contre l'ancienne monarchie avec laquelle le petit-fils de Louis XIV avait au moins une sohdarité morale que ses ministres n'auraient pas dû oublier. Ce n'était pas, en effet, à l'héritier de la royauté française qu il appartenait de la livrer à la haine et à la risée et de la faire passer par les épigrammes. C'était le cas de dire d'elle ce que le maréchal Gouvion Saint-Cvr dit à la fin de son discours de

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