LOI DE HECBUTEMENT. — DISCOURS DU MAKÉGHAL GOUVION
Tannée des Cent-Jours : « Si elle avait eu des reproches à se faire, elle avait assez cruellement expié ses fautes pour qu'on n'en évoquât pas le souvenir. »
Je crois avoir expliqué les raisons subsidiaires qui rendirent la droite encore plus défavorable au projet de loi auquel elle s'était montrée contraire dès sa présentation. Il semblait que le maréchal Gouvion Saint-Cyr eût pris à tâche d'exaspérer sur tous les points la droite, afin de la forcer à sortir de la réserve où ses chefs essayaient de la maintenir relativement à la troisième partie de la loi, celle qui constituait derrière l'armée active les légions de vétérans. Certes, il n'entrait dans l'idée de personne de nier les grandes qualités miUtaires déployées sur tant de champs de bataille par les vaillants soldats des armées impériales. Tout récenunent encore, plusieurs écrivains de la droite, M. de Chateaubriand en tête, leur avaient rendu pleine justice. Dans cette discussion même, les orateurs de la droite, sauf un seul, M. de Sallaberry, s'étaient placés pour combattre l'institution des vétérans sur le terrain indiqué par le général d'Ambrugeac dans son rapport. Celui-ci avait dit en effet :
« En i815, le Roi libéra et dégagea de tout service les militaires qui étaient sous les drapeaux depuis plus de huit ans. La loi actuelle ne les frappera que pour un an ou dix-huit mois, mais elle atteindra eu totalité ceux qui out été déclarés les indispensables soutiens de leurs familles, qui leur avaient été arrachés par la Tiolence et les abus de la conscription; qui ont été libérés, non-seulement par ordonnance du Roi, mais par l'article XII de la Charte. Ne croyez pas que ce service territorial u'imposcra aucune obligation et qu'il ne sera qu'un léger fardeau. Vous pouvez, à la vérité, Timposer aux jeunes gens que la loi va appeler au service, mais devez-vous sans nécessité, sans motif plausible, l'étendre aux militaires rendus à la liberté, après avoir si amplement payé leur délie? Si vous voulez qu'ils servent en cas de guerre, ne les tourmentez pas inutilement au sein de la paix. Pourquoi revenir sur leur libération, pourquoi en faire le gage et la garantie de celte qu'on assure aux jeunes gens? Vous trouverez plvi facilement celte garantie dans la
stricte éxecution de la loi, dans la Justice du Roi et dans rinviolabilité de ses promesses. »
Le ministre de la guerre ne voulut pas laisser la droite sur ce terrain qu'elle avait choisi pour ne pas offenser l'armée, tout en prenant les précautions qu'elle croyait nécessaires trois ans après les (lent-Jours. Pour l'obliger à en sortir, il prononça ces paroles qui, afin de suppléer aux bonnes raisons difficiles à trouver dans cette question, évoquaient la passion politique :
« On repousse Tiustitution des légionnaires vétérans non à caase de l'institution elle-même, mais à cause des hommes qui sont appelés les premiers à y prendre place. La franchise est ici un devoir et la question que nous agitons, toute la France militaire et civile y est engagée. 11 s*agit de savoir s'il existe parmi nous deux armées, deux nations dont Tune sera frappée d*anathème et regardée comme incapable de servir le Roi et la France; et pour me renfermer dans ce qui me concerne directement, il s*agit de savoir si nous appellerons encore à la défense de la patrie les soldats qui ont fait sa gloire, on si nous les déclarerons à jamais dangereux à son repos. Ce dernier arrêt serait rigoureux et injuste, car ces soldats étaient admirables au jour de combat; une ardeur infatigable les animait, une patience héroïque les soutenait, jamais ils n'ont cessé de croire qu'ils sacrifiaient leur vie à l'honneur de la Franee. »
Ainsi, le maréchal (iouvion Saint-Cyi% après avoir dirigé une satire virulente contre les abus de l'ancienne monarchie, venait prodiguer des louanges inconditionnelles à l'ancienne armée impériale dont personne n'avait révoqué en doute la valeur, mais dont certes la fidélité n'avait pas été égale au courage dans la dernière crise qu'avait traversée la monarchie. Remarquez qu'il ne s'agissait pas le moins du monde de savoir s'il y avait deux nations, deux armées, mais bien de savoir, comme l'avait fait remarquer le rapporteur de la loi à la Chambre des députés, et conmie devait le dire le maréchal Macdonald lui-même à la Chambre des pairs, si la promesse