‹ Histoire de la restauration (volume 3)Chapitre 110 sur 122 · SITUATION EXTÉRIEURE EN JUIN · texte numérisé non relu

SITUATION EXTÉRIEURE EN JUIN

affaires au dehors quand M. de Chateaubriand quitta le ministère des affaires étrangères.

En lisant sa correspondance airec le prince de Polignac, le marquis de Talaru et le comte de la Ferronnays, qui représentaient la France à Londres, à Madrid et à Saint-Pétersbourg, on voit que la préoccupation constante du gouvernement français portait principalement sur deux questions : la question espagnole et la question d'Orient. Celle-ci, en effet, menaçait à chaque instant de se rouvrir par le différend du cabinet de Saint-Pétersbourg et du Divan, persistant, malgré toutes les représentations, à prolonger contre la teneur des traités l'occupation de la Valachie et de la Moldavie. En outre, l'insurrection grecque et les moyens de répression atroces employés par la Turquie pour réduire un peuple dont le désespoir héroïque attirait tous les yeux, venaient s'ajouter comme une question annexe à l'affaire principale qui divisait les Russes et les Ottomans.

Quant à l'Espagne, M. de Chateaubriand, dans chacune de ses dépêches, continuait à insister pour que M. de Polignac s'efforçât de retarder, s'il ne pouvait l'empêcher, la reconnaissance officielle des colonies espagnoles par l'Angleterre. Cl Notre habileté, lui écrivait-il dès le mois de janvier 1824, consiste à gagner du temps et à empêcher que l'Angleterre • reconnaisse trop tôt l'indépendance des colonies, de manière à ce que nous n^ayons pas encore adouci la Russie. J'ai fait un pas en avant. J'ai déclaré que la France ne pourrait pas avoir des conférences sur les colonies espagnoles, tant que l'Angleterre refuserait de prendre part à ces conférences. »

Le gouvernement français avait deux raisons pour agir ainsi : la première, qu'il disait; la seconde, qu'il ne disait pas. Il disait à Pétcrsbourg, à Berlin et à Vienne, ce qui, du reste, était vrai, que si l'on ouvrait des conférences, malgré le refus de concours de l'Angleterre, on pousserait celle-ci à brusquer

716 SESSION DE 1824. — MOttT DE LOUIS XVIII.

la reconnaissauce des colonies espagnoles. Il ne disait pas qu'il refusait ces conférences continentales, parce qu'il appréhendait que TAlliance demandât au cabinet des Tuileries de prendre rengagement de ne pas reconnaître les colonies espagnoles, obligation que celui-ci était très-décidé à ne pas contracter. L'idéal poursuivi par M. de Chateaubriand eût été de décider l'Angleterre à s'entendre avec les autres grandes puissances, pour se porter médiatrices entre les colonies espagnoles et leur métropole. C'était pour arriver à ce but que, tandis qu'il pressait d'un côté l'Angleterre au nom du cabinet des Tuileries d'accepter une entente avec la France, il s'efforçait de faire prendre patience aux cours du Nord, et il cherchait, de l'autre, à agir à Madrid sur le gouvernement, pour le décider à sortir des voies de violence et de proscription où il s'acharnait à rester et à faire envers lès colonies des sacrifices nécessaires, qui rendissent possible le succès de l'appel adressé à la politique anglaise. Quand on eut enfin décidé, dans les premiers jours du mois de mai 1824, Ferdinand, qu'on menaça de ne pas renouveler le traité d'occupation, à accorder une amnistie sollicitée par la France depuis longtemps, M. de Chateaubriand l'annonça au prince de Polignac, en ajoutant que cette mesure couronnait l'ouvrage de la France, que M. Paez partait comme ambassadeur pour Londres, et que c'était le moment de parier à M. Canning de la médiation des grandes puissances, réclamée par l'Espagne. Dans une note confidentielle adressée à notre ambassadeur vers les derniers temps de son ministère (13 mai 1824), M. de Chateaubriand s'exprimait ainsi au sujet d'une note écrite par M. Ofalia, en réponse à une note anglaise, en achevant d'exposer ses idées :

« La réponse de M. Ofalia à la note anglaise est foudrovaiite pour les faits. Toute la note anglaise qui porte sur l'état prospère du Mexique et sur son aptitude à recevoir rindèpendance est une insigne fausseté.

Il est pmbdilc <jiic U. Canning s'irritera, oitnnif il orrltc Unijoiir» quand on a tort. S'il cUit raisonnable, ne nvgligrz rien pour Taniuner à l'idce de ta mûdialion. Kaitos-lui remarquer que la note espagixile propose de Taire garantir par toutes les puissaiices la liljcrio du i^irunerce accordée par le décret de Ferdinand. Demandez :1 U. Caiming H les intérêts de l'Angleterre ne se trouveraient pas beanump mieux de voir établir au Heiiquc et au Hêrou des espèces d'assembli^es prolinciales entièrement composées de colons, mais administrant seulement le pavs au nom du roi d'Espagne, el laissant le commerce libre i tous les peuples du monde, que de voit- dans ces mêmes pa,T$ des républiques anarcbiques, qui bienti'it lices de principes démocratiques et d'intérêt avec les Êtats-lriis, deviendraient les ennemis de l'Anglelerre. Si H. Canniug n'était pas aveuglé par des passions el engagé par ce qu'il a dit dans les i^iambres, je ne comprends pua comment il pourrait hésiter un moment. »

Telle était doue, dans les derniers temps de la présence dt; M. de Chaleaubriand au ministère, la politique de la France vis-à-vis de l'Angleterre el ses rapports avec elle. Elle ne réussissait pas à faire entrer celle-ci dans une politique de médiation, mais elle réussissait à suspendre la reconnaissance de l'indépendance des colonies espagnoles.

Le prince de Polignac, qui suivait avec une intelligente activité ces négociations à Londres, exposait, de la manière la ' plus claire, dans une dépêche du 6 avril 1834, les raisons qui devaient empêcher l'Angleterre de souscrire à notre proposition de médiation. Voici cette dépêche :

■ Je crains bien que mes nouYcauv efforts pour amener M. Caniiing i accepter la médiation collective de l'Europe d'ans l'affaire des colutiies espagnoles, soient infructueux. 11 est trop engagé avec le ;)arlement, qui a donné un vole unanime d'approbation au mdimrun'I'Jm rendu public. 11 craint en outre que l'eïamen de la quesUim ilrs .nii,nÏM espagnoles dans des conférences entrainc des disi'usïiL'iDs lir principe, dans lesquelles il ne veut pas que son gouvernement prenne part. Malheureusement, l'Espagne ne se décide pas à prendre uiî parti. I 11 faudrait qu'elle fit la pari du possible et celle de l'impossible. Il faut qu'elle sacbe bien qu'clli' peut encore, mais par un sacriricn seulement, ■ pnrlie de ïcs col'inics; sous peu, tuutes Ini érhappi'-

748 SESSION DE 4624. — mort de louis XVIII.

ronL Le plan qu'elle a à suivre me parait simple : elle doit, pour satisfaire aux caprices intéressés de TAngleterre, consentir à négocier aveQ celles de ses colonies qu'elle ne peut espérer soumettre, et agir résolument contre les autres, par tous les moyens à sa disposition. Je crois pouvoir assurer qu'ici on ne mettra aucun obstacle à un pareil plan. Je n'ai cessé, dans mes conversations avec M. Canning, de faire expliquer le ministre sur l'impossibilité de placer toutes les colonies espagnoles dans la même catégorie. »

Les relations de la France avec rAngleterrre continuaient donc à être assez tendues, et le prince de Polignac usait d'une politique mêlée de feimeté et de tempéraments pour empêcher les incidents qui surgissaient de temps à autre d'envenimer les sentiments de défiance et de jalousie régnant entre les deux pays. M. Canning, et surtout George lY, étaient disposés sans doute à contenir, autant qu'ils le pouvaient, dans de justes limites, l'effervescence de la passion britannique ; mais, pour la régler, ils étaient obligés de lui donner certaines satisfactions. M. Canning surtout , contraint de compter avec la susceptibilité du parlement, demanda plus d'une fois des arguments au gouvernement français pour répondre à l'opposition, qui accusait la politique ministérielle de faiblesse. Ainsi les filles de sir Robert Wilson, un de cts révolutionnaires cosmopolites qui enrôlaient leur zèle au service de toutes les insurrections du globe, ayant été arrêtées à Calais sous la prévention de transport de lettres clandestines, et sir Charles Stuart, ambassadeur d'Angleterre, ayant adressé à 51. de Chateaubriand, au sujet de cette arrestation , une lettre singulièrement violente, M. Canning ne balança point à se montrer affligé de cette lettre. Mais, en exprimant ses regrets au prince de Polignac, il demanda à être armé contre sir Uobert Wilson, qui devait prendre la parole au parlement, le 5 mars.

Pour cela , il fallait que le gouvernement français passât te dans laquelle celui-ci dir^t savoir :

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