CONSPIRATIONS .' LES MEMBRES DE LA HAUTE VENTE
Que de jeunes sous-ofGciers, des ofCciers môme, se soient laissé entraîner dans ces entreprises violentes et téméraires qui livraient le pays aux jeux sanglants du hasard et de la force, en interrompant ses progrès réguliers, ceux qui connaissent le cœur humain n'en seront pas surpris. Ils se rendront compte, en effet, du mirage qu'exerçait le passé sur les anciens officiers de l'empire, et du mirage qu'exerçait l'avenir sur la jeunesse civile et militaire dans une époque où toutes les imaginations étaient en feu et où l'idéal politique dont les intelligences étaient comme possédées faisait paraître le réel étroit et insuffisant. Ils comprendront que des jeunes gens, dont il ne faut pas surfaire la valeur morale et intellectuelle, aient cédé à la tentation qui se présentait à eux au nom prestigieux de la liberté et sous la forme de la fortune, de l'influence personnelle et de la gloire. Ce que l'on comprend moins, c'est que des hommes dans la maturité de l'âge, conmiele général La Fayette, MM. d'Argenson, Kœchlin, Manuel, de Schonen, Merilhou, Barthe, initiés aux affaires de leur pays, et qui auraient dû profiter de l'expérience des révolutions, n'aient pas reculé devant l'idée d'ébranler toutes les bases sur lesquelles reposent les sociétés humaines, le respect des lois, la discipline, la hiérarchie, la fidélité au serment, au drapeau, en répandant partout cet esprit d'insubordination, d'indiscipline, de conspiration, de violence, cette habitude d'appel à la force, qui rendent la liberté politique impossible. La conduite de ces hommes paraîtra d'autant moins excusable , qu'appelés à paraître sur le premier plan
dernière par M. Michaud jeune, moins déravorable aux Bourbons. Parmi les écrits et brochures devenus très-rares, et que j'ai consulté*, je citerai : le récit de Lefèvre, ami des quatre sergents de la Rochelle, et demeuré fidèle à leur mémoire; VHiftoire de la conspiration de Saumur, par le colonel Gauchais, ami et coopérateur de Berton ; le Procès de la prétendue conspiration de Strasbourg, publiée en 1832, à Strasbourg, et qui contient les dépositions des témoins, les interrogatoires des accusés et le^ plaidoyers des avocalp.
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en CAB de succàs, iis se tcnaimit sitr !arrtère-plan quand il s'agissftit du péril.
Après CM affaires, il snfûra de mentiotmer celle deStra»* boiirp, qui, démmrée an gonvernement par lin officier, ie lieutenant Chnrvais, provoqua rnirestation de plusieurs officiers d'artillerie, an nombre desquels était le lieutenant Peugnet, frère de relui (pii avait fait Teu, h Béfoit, sur le lieutenant dn Roi. L'indignité du lémnin principal prédisposa le conseil de guerre de Strasbourg & traiter favorablement les prévenas. En ontre, le sauf; qui a-vait déjà coulé k l'occasirai de la cliariîonnerie depuis quelques moi? paraissait suRîsant aux juges; de sorte qu'ils prononcèrent un arrêt statuant que, si les prévenus avaient fait partie d'une société secrète, celle société n'avait pas pour objet le renversement du gonvsrnement. C'était le général l'amphile de Lacroix qui comma»dait à Strasbonrg à cette époque, et on lui reprocha souvent d'avoir imaginé la conspiration pour hâter son avancement Telle n'esl point l'impression que nous a laissée la lecture des pièces du procès, quoiqu'elles aient été Tassemblées et publiées par des adversaires du gouvernement royal '. Il y ent des aveux faits devant le général Coutard, commandant la première division militaire*, puis retirés à l'audience, où les prévenus assurèrent qu'ils avaient cédé, en les faisant, à la pression morale exercée sur eux. Nous avons interrogé ies
1, Tfectt Ifr la jirttmdttr rompiTOiian de Strinfioarg, piiblW en t'SXl, à Slraiboinf, ehut Jean-Henri Uellt, imprlOMiui^Uiriiire, rni de J'Outre, a' i.
3. Le géoérii] Coulard dcritalt au mlnialre île la guerre, en parUol dei cicux aecuiiéi : • Pour oblenlr ilo Trollé el île Vsllerre les rÉT^lallons (|u'lli ont ItiU». H. Ib itladtaHBol gfrnén\ a dû aeiterflr de loua lei pw^erij an bodijo»' folr. Il R'Mt'dvac engagé, 'ifi4-Tl« d'eux, i demondori S. E. H^ lu mintatre do la (rncrrs, que s'iJa falMietil àea rdvélillom rranrhag el lajalm , ijul 'Qfnawnil à dn déeoiirorlea -lm|inrlinlm. Ile hiMBiit •'Diayiii, nns iMtb jogia, «m mlnniei. n 4«lle hitlrc alpnée, pour (Opie rORforaae > Le dirremtr géaârat du pirÈOBiitl, comte de CoiUauiuet, «al reprodalle dana la broahure pridUe,
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souvenirs des hommes de ce temps les mieux en mesure de connaître les faits, et il en est résulté pour nous la conviction que la charbonnerie avait fait ^s recrues dans la garnison de Strasbourg, que des réunions clandestines avaient lieu, sans qu'il y eût un jour marqué pour le mouvement. Le retrait des aveux s'etpfique par Vintérôt qo*avait fe oharbonnerie à nier le fait d'une organisation générale de conspirateurs. Les mêmes dénégations se retrouvènmt dans le procès de la &oîéheBè.
On a YO poindre Awtis YaStàte de Strasbourg un des gnves ineônvêfËieots de la position faite an gouvernement par 4a thaitxymierie. Quand il eut la conscience des trames ourdies eôntre lui dans Tombre , il essaya de pénétrer dans cette ombre ou s'aiguisaient les poignards. Il opposa Tintérèt à rintéréty fambitioii à Tambition; il^donim des primes àik dénonciation, comme la chai4)onnerie en donnait à la rérohe, él contremitta le terrain sous les pieds de ceux qui le 'minaient. Alors commença la triste guerre des détsteurs ■contre les coaspirateurs : ruse contre ruse, embuscade contre embuscade, piège contre piège. C'est le propre des sociétés secrètes, ces ennemis à la fois invisibles et présents, de pousser les gtj«temements à ces eïtrémîtés, où leur dignité est tocrjours cottipYX)mise et où la majesté de la loi s'amoindrit. Nous rencontrerons les mêmes causes produisant tes nmêmes effets, mais B*une manière plus fâcheuse, dans la seconde oonqilration du général Berton à Saumur, et surtout dans Taffiiire du Hentenant-colonel Caron à Golmar, qui prennent date un peuphïs tard, en juin et juillet i822, 0t que trons raconterons en leur lieu.
Pendant que le nouveau ministère de droite combattait uoe conspiration permanente qui ouvrait, sur plusieurs points de la France, de nouveaux cratères, il avait d'autres luttes à livrer à la clarté du soleil. Ce qui caractérise cette époque, et re qui donna tant d'animation aux luttes parlumentaiieà de la session de 1S21-1622, c'est que, parmi les orateurs qui attaquaient le gouvememeul à la tnhune, plusieurs trempaient dans les conspirations, et que des membres de la Haute Vente siégeaient sur les bancs de la chambre des députés. Il y avait donc comme des escaliers secrets qui communiquaient des caves du carbonarisme à la tribune, et telle parole enflammée, tel défi menaçant, était un encouragement, un signal au bras déjà levé du général Berton, des sergents de la Rochelle et du colonel Caron. La droite avait, sinon la claire notion, au moins une intuition plus ou moins confuse, un soupçon molivé, de cet état de choses. Ses passions s'échauffaient encore à la chaleur de cette atmosphère ardente, et elle était plus disposée à frapper des ennemis qu'à discuter avec des contradicteurs suspects.
La session était commencée, on s'en souvient, lors del'avénement du nouveau ministère, et le premier acte de celui-ci avait été le retrait de la proposition de censure. En reUrant cette proposition, le gouvernement avait annoncé la présentation d'une nouvelle loi sur la police des journaux. Il y avait, en outre, il importe de ne pas l'oublier, sous peine de tomber dans l'inextricable confusion que n'ont pas évitée la plupart