‹ Histoire de la restauration (volume 3)Chapitre 111 sur 122 · NOS BAPPORTS AVEC L'ANGLETERRE EN JUIN · texte numérisé non relu

NOS BAPPORTS AVEC L'ANGLETERRE EN JUIN

a i* Que des esprits turbulents entretenaient dans les pays étrangers une correspondance criminelle avec les factions de l'intérieur; 2* que des femmes étaient quelquefois employées à porter cette correspondance, quoiqu'elles pussent en ignorer le contenu; 3« que le gouvernement français avait eu lieu de croire que les filles de sir Robert Wilson avaient été (innocemment sans doute, vu leur âge) les intermédiaires de cette correspondance clandestine ; 4° que les recherches faites sur elles l'avaient été avec tous les égards dus à leur sexe >. »

Le sentiment national, surexcité en Angleterre depuis le - succès de notre intervention en Espagne, était devenu tellement ombrageux, et Tambassadeur d'Angleterre, sir Charles Stuart, était si attentif à Tirriter encore, que l'incident le plus futile suffisait pour rendre les rapports des deux gouvernements difficiles. C'est ainsi que le prince de Polignac, ayant été invité à dîner, vers la fin de février, au château de Windsor, chez le Roi, celui-ci, après la sortie des dames, qui, selon la coutume anglaise, s'étaient levées de table au dessert, fit tomber la conversation sur l'heureuse issue de la guerre d'Espagne. Ce n'était qu'une introduction pour arriver à un autre sujet.

c< Après avoir rappelé qu'il avait toujours fait des vœux pour le succès des armes de la France dans cette campagne et payé un juste tribut de louanges à la conduite du duc d'Angoulême, rappelé son affection pour la maison de Bourbon, affection dont il lui avait donné des preuves dans des temps difficiles, George IV ajouta : «J'ai donc eu « lieu d'être étonné en apprenant que, dernièrement, on a essayé de « tourner ma nation en ridicule, et qu'on a choisi pour le faire une tt occasion solennelle, ce qui ne peut qu'irriter les esprits dans un mo- « ment où il serait si utile de chercher à les calmer. Prince de Poli- « gnac, vous savez ce que je veux dire ? »

Le prince de Polignac croyait deviner ^la pensée du Roi, sans en être assez certain pour lui répondre. Mais George lY fit bientôt cesser son incertitude, en ajoutant :

1. Lellre conOdenlielle du prince de Polignac à M. de Chateaubriand. {Documents inédits.)

720 sRSsiOîf DB 1824. — mort de louis XVIII.

u On in*a assuré que Madame la duchesse de Bcrn' n'aimait (tas les Anglais. La prudence devrait au moins rengager à renfermer ses sentiments. Je sais que, dans la circonstance à laquelle je fais allusion, le Roi a été fort aimable ; je n'ignore pas non plus que le vicomtfc de Chateaubriand s'est très-bien conduit. Cependant j'ai été vivement blessé. ))

Il n'y avait plus de doute dans Tesprit du prince de Polignac: il s'agissait d'une représentation des Anglaises pow rire^ que Madame la duchesse de Beny avait fait donner dans ses salons, aux Tuileries. Cette princesse n'aimait pas les Anglais, il est vrai, parce qu'elle se souvenait de leurs mauvais procédés, à une autre époque, envers sa grand'mère, la reine Caroline de Naples; mais, selon toutes les probabilités, elle avait plus songé, dans cette occasion, à divertir ses invités par une bouffonnerie, où Potier et l^runet étaient inimitables, qu'à molester TAngleterre. Le prince de Polignac, qui ne connaissait la pièce que de nom, ne put que se répandre en protestations sur Testiinc et l'attachement du roi de France pour le roi d'Angleterre, en y ajoutant l'expression des sentiments de gratitude des Français exilés de leur pays, et l'ambassadeur avait été de ce nombre, pour la généreuse hospitalité qui leur avait été offerte. <ieorge IV mit aussitôt la conversation sur un sujet d'intérêt général. En sortant de table, un des deux secrétaires d'État apprit au prince de Polignac que le Roi avait eu con*naissance de la représentation à laquelle il avait fîiit allusion pendant le dîner, par une lettre confidentielle que sir Charles Stuart avait (écrite à M. Canning. Ainsi les Anglaises pour rire avaient failli devenir une affaire sérieuse; mais, grâce au bo^i esprit de (ieorge IV et aux paroles pleines de courtoisie de notre ambassadeur, tout se bornait à une explication demandée et donnée, et un vaudeville n'était pas deverui un casus belli.

C'était quelquefois le tour du prince de Polignac de se

SOS RAFfORTS AVEC L'aNGLBTEBBE EN JL'IN 1834. Til

plaindre. Il suivit avec beaucoup de fernieté auprùg du cabinet anglais l'affaire de la détention arbitraire du navire français ia Caroline. Quand les journaux anglais, en ruppoitant un discours de M. Canoing au parlement, sur la question de la traite des nègres, lui firent dire que u l'Angleterre et l'Amérique étaient les deux premières puissances maritimes du monde, n le prince de Poligiiac releva vivement cette parole dans une conversation avec M, Caoning. Le ministre anglais répondit que ses expressions avaient été inlidèlemenl rapportées et qu'il les ferait recU&er :

• [| n'avait pas dit que l'Angleterre el les Étals-Unis fussent les deux premières puissances maritimes du monde, s mais bien « les ^ denx premic^res nations maritimes, n en Taisant allusion à l'extension de leur commerce — u En effet, poursuivit-il, les États-Unis ont, je croîs, une fuis plus de navires marchands en mer que vous, mais ils n'ont pas le quart de vos forces navales, vous et nous nous sommes les deux premières puissances maritimes. »

Le prince de l'olignac terminait ainsi la dépêche à laquelle j'emprunte ces détails :

<■ Vous vo^ez que j'ai soin qu'aucune parole, dite en public par le minisUire anglais, qui serait de nature à blesser notre honneur et notre dignité, ne passe sans être relevée par moi '. «

I) était vrai. Le prince de Polignac se montrait à Londres lidigne interprète de la politique française. Il désirait passionnément la grandeur de son pays, et nous trouvons dans une dépfiche postérieure à celle que nous venons de citer ces paroles qui font pressentir la fermeté que devait montrer plus tard, dans la question de ' l'expédition d'Alger, en face de la

1. Tout I» ilâuila i]ul préiëdrnl >onl pula^a dans U correspondance conQdenllelle du prince de Pollgnic av«c U. de ChnlenuliHand en IS33 el 1824. La dépêche à laquelle nom ein|irunlons Ie« dernièrei plirasea dléei eal dalée du le min 182t. [Dacamenll inidiu.) •

BM. d* la Rntaur. — I. VI. 4S

politique anglaise, rambassadeur de 1824, de?enu, en 1829, ministre des affaires étrangères :

« J'ai su, écrivait le prince de Polignac, à la date du 16 avril 1824, que l'opposition anglaise représentait à H. Canning la France comme fiiisaiit construire en ce moment un grand nombre de vaisseaux cl s'occupant de mettre sa marine sur un pied imposant. Si cela est vrai, mon cher vicomte, il ne faut pas que de semblables rapports v mettent empéclienient. St)yons forts chez nous , et nous serons respectés au dehors; le respect en pohtique engendre les alliances solides *. »

A la tin du mois d'avril, il s'était produit à Lisbonne «n incident qui, dans les premiers moments, avait paru de nature à rendi'o plus difficiles les rapports entre les cabinets de Londres et de Paris, mais qui, par une démarche de M. Hyde de Neuville, notre ambassadeur en Portugal, que M. de Villèk caractérise dans son carnet en la signalant comme plus loyale que politique , avait au contraire établi , au moins sur un point, rharmonie entre les deux gouvernements. On a vu que les événements qui résultaient de l'entrée de noire armée en Espafrne avaient eu un contre-coup en Portugal, et que Tinfant don Miguel s'était mis à la tête d'un mouvement dont l'objet était de fortifier l'autorité royale. Dans les pays qui' traversent ces époques de transition pendant lesquelles un

1 . M. de Chateaubriand ayant Télicfté M. de Polignac de la manière dont il soutenait les inlérêls de la France, à Londres, et lui ayant exprimée le désir de lui voir signer un traité, afin que le Roi pùl le traiter comme M. de Talaru qui venait de signer le traité avec l'Ksp.ignc, l'ambassadeur adressa au ministre n bniet modèle de bon sens et de bon goût :

c Je vous remercie, mon cher vicomte, du désir que vous m'exprimez de me voir signer un traité pour me mettre sur le même pied que le marquis dr Talaru. Mais je n'ai rien à signer et n'aurai Vien à signer, de ce C4^té de l'esa. qu'un traité de commerce, et je vous engage à n'en pas faire; qu'un traité de paix, et j 'espère, vous éviter la guerre; et mon tardif arrangement relatif aux huîtres de Granville, et, dans ce cas, je ne réclame qu'une mention honorable au rocher de Cancale (célèbre restaurant du temps). Au poste où je suis, il J a à acquérir plus de gloire que de profit, et plus d'honneur que d'honneur». »

Cette ftxtre est datée du 20 février.

ËCIIAIJFFOI'HÈE E,\ FORTl'GAL. 733

régime ancien se dissout sous le poids du temps, sans qu'un régime nouveau soil encore fondé, il ne faut pas prendre au mol les questions d'intérêt et de personnes, qui se présentent comme des questions de principes. Sous ces dehors, destinés à parler à l'imagination des peuples, il y a des partis et des influences qui se disputent le pouvoir au nom de l'autorité et de la liberté. Cela était vrai poui- le Portugal comme pour l'Kspagne. L'infant don Miguel, qui avait commencé une sorte de contre-révolution en Portugal, k la faveur du succès de

: notre expédition, jugea que le moment était venu de la compléter. Il avait le commandement des troupes; il déclara, dans

I uii pronunciamenlo^ qu'il se mettait h la t^te de l'ai-mée, non pour s'opposer aux droits royaux de son père, mais pour assiu'er à la monarchie la haute destinée qui lui était due. U déclara que le Roi ne jouissait pas de son libre arbitre, qu'il était opprimé par ses ministres ; qu'on laissait discuter dans les

I clubs maçonniques la destruction du Koi, de la famille royale

I et du Portugal; que les lois impuissantesdevaientétrerévisées «t fortifiées, l'administration de la justice devenir plus sévère. La commission chargée de juger les ennemis du Roi et de la nation, disait-il, ue fonctionnait pas. La position était terrible : il fallait agir. L'infant don Miguel agissait donc. Il met^ toit l'armée en mouvement, faisait investir le palais de Bemposta, habité par son père, auquel il envoyait la copie de sa proclamation, en ajoutant daus sa lettre :

■ « J'ai rtisolu, a|iri;s avuir liriteudu Il-s vœui siiicùros de tous les bons l'ortugais, d'appeler aux armes la brave armée portugaise, aGn d'assurer avec Btin aide le triomphe de vos droite. Votre Majesté ne pourra ^qu'approuver ma résolution. Mon but est de préserter Totro royale pcMonne des tentatives de ceux qui l'entourent et qui l'ont conduite au bord du précipice. Vous jugerez mes nobles efforts, et si vous les approuvez, il Taut qui; la nation en soit instruite et que Votre Majesté m'aocorde l'autorisation d'agir, n

721 SESSION DE 1834. — HOBT DE LOUIS XYIII.

Au fond, ce mouvement de Lisbonne était tout à la tox.^ une révolution de palais, un coup de parti et un prontmciamento militaire ; la reine en était l'&me et l'inâligatrice, arec le patriarche de Lisbonne; doD Miguel, son fils, en était /é bras. On voulait s'emparer du roi Jean VI, prince d'une incurable faiblesse, qui obéissait à l'inHuence de ceux qui l'entouraient, pour lui imposer un nouvel eatourage et l'in- Uuencc d'un autre parti. Le mouvement réussit d'abord. L'infant fit arrêter un assez grand nombre de personnes, au nombre desquelles étaient l'intendant général de la police, plusieurs ministres, le comte de VillaÛora, le vicomte de Santa Martha, le marquis de Valenza, et des officiers de l'armée et de la milice soupçonnés de ne pas être favorables h ce coup d'État.

Il s'agissait de savoir ce que ferait le corps diplomatique, auquel quelques familiers de Jean VI lui donnèrent l'idée àt recourir. Notre ambassadeur à Lisbonne, M. Ilyde de Neuville, était un cœur ardent et chevaleresque; il ne vit que la question de l'obéissance due par un flis à son père, par un sujet à fon roi, dans cette affaire qui, pour un gouvernement étranger, pouvait être envisagée exclusivement au point de vue politique, car il ne s'agissait pas de savoir si le roi Jean VI régnerait, mais qui régnerait en son nom. M. Hyde de Nemille s'entendit donc avec l'ambassadeur d'Angleterre, et, pénétrant dans le palais du Itoi en violant la consigne, il décida Jean Yl à se rendre sur le Windsor- Castle, vaisseau anglais qui stationnait dans le Tage, où aucun navire français n'arborait eu ce moment son pavillon. Docile à toutes les impulsions, Jean VI obtempéra à cette offre, et, suivi de ses deux filles, du marquis de Palmella, et accompagné du corps diplomatique, il vînt se placer sous la protection du pavUlon britannique, et établit à bord du Windsor-C asile le siège du gouvernement, pendant que M. Ilyde de Neuville expédiait une dépiVheà

ÉCUAUFFOL'BÉE EN POBTL'I

Cadix pour que les forces françaises, slalionnant daus la rade de celte ville, viussent sur-le-champ prêter main forte aux résolutions que prendrait le roi Jeau. Celui-ci, inspiré parle marquis de Palmella, manda à l'infant don Miçuel de se rendre immédiatement à bord du Windsor-Castle, en lui déclarant préalablement qu'il le déchargemt du commandement de son ai'mée. M. Hyde de Neuville compléta son œuvre; il peignit à l'infant, avec les plus vives couleurs, les dangers de sa position et la solidarité morale qu'il avait acceptée, et, aidé par l'atlitude d'une partie de la population et de l'armée qui avait abandonné don Miguel, il persuada à celui-ci qu'il ne lui restait plus qu'à obéir aux ordres de son père- Don Miguel se rendit donc à bord du Windsor-Castle, convînt qu'il avait cédé à de mauvais conseils, et reçut son pardon avec l'ordre de voyager au dehors. Cette contre-révolution, presque aussilàt réprimée qu'essayée, ne fut qu'une échauffourée politique. Pendant qu'un de nos vaisseaux emportait vers Brest don Miguel, qui vint visiter la France sous le nom de duc de Béja, la reine sa mère dut se retirer dans le château de Quélus, et l'archevêque de Lisbonne fut exilé à Lussaco; les autorités civiles et militaires, un moment emprisonnées, reprirent leurs fondions.

Dans le premier moment, on "ne se rendit pas bien compte au dehors de la nature de cette échauffourée. Chose étrange ! pendant qu'en Angleterre on iroyait voir la main de la France dans cette affaire, en France on se demandait s'il ne fallait pas y chercher la main de l'Angleterre '.En définitive c'étaitl'An-

• I. Je (rouie, eu elTel, dins ta corrïqiDndtDca da H. de CtuleaiibrUnil «vge le prince de rolisnar, le pasuge ïqIvidI, i 1s date du 10 : • Voici une terrible affaire en Porlugnl. L'Anglelerre a-l-elle oui ou non ttiOThé l'enlreprlae de rinfanl don Miguel ! Hyde «e plaint beaucoup du moréchal Bercarord, niec lequel il a eu une vite allercalion. •

Plus Isrd, à In date du 31 mai, M. de Chaleaubtiand, arerli par le prince lie PuUgnau que l'AnsIderre, «oup;onDJe par nous, nous eoup^-onne à Eon tour,

;aa

726 SESSION DE 1824. — - mort db louis xtiii.

gleterre qui de?ait en profiter, et ce fut elle qui en profita. Palmella, le conseiller du roi Jean, que Ton avait consulté le premier, était sous Tinfluence directe de FAngleterre, et il ne fut pas difficile de lui persuader d'invoquer d'anciens traités et des déclarations récentes du cabinet de Londres, pour demander une force anglaise qui protégeât le- Portugal contre les dangers qu'il courait, assura-t-il, du côté de l'Espagne. Un • corps expéditionnaire de 6,000 hommes de troupes anglaises alla tenir garnison à Lisbonne. Cela ressemblait bien à une intervention, mais la politique anglaise a toujours trouvé des biais habiles pour accommoder les questions d'intérêt avec les questions de principes. M. Canning afTecta de considérer ce corps de troupes anglaises comme une sentinelle exclusive* ment destinée à tenir en échec l'Espagne, sans prendre parti entre les factions intérieures du Portugal. Toujours est-il que le ministre donnait satisfaction au sentiment national de l'Angleterre par l'occupation anglaise du Portugal, mise en opposition avec l'occupation française de TEspagne. Pendant ce temps-là, M. Hyde de Neuville, comblé d'honneurs par Jean VI, qui le nomma comte de Bemposta, c'était le nom du palais d'où l'ambassadeur de France Tavait fait sortir, revint à Paris, où il reçut la grande croix de la Légion d'honneur, sans que cependant M. de Villèle pût se décider à admirer l'habileté de sa conduite, qu'il persista à trouver plus loyale que politique.

Reste à exposer les progrès faits pendant les six premiers mois de J824 par cette question d'Orient, problème permanent suspendu sur la paix de TEurope, et qui ne se ferme quelquefois que pour se rouvrir aussitôt. C'était au fond lu lutte de la Russie, qui montait les degrés de sa fortune, avec

répond à notre ambassadeur : « Nous sommes si loin de nous être mêlés de^ événements de Lisbonne, que c'est notre ambassadeur qui, dans le premier "nonient, a fait ayorter le complot dit de la reine. » {Documents inédiit.)

SITUATION E.XTÈHISDnE ; QUESTION ll'OHIEBT. 737

1* la Tui^fuie, qui desceBdait les pentes de la sienne, lutte qui

■ éclatait tantôt sur uu point, tanlûl sur un autre. Le litige qui occupait eu ce moment la diplomatie avait pour théâtre la

j Moldavie et la Valachie, occupées par les troupes ottomanes ' contre la lettre et l'esprit des traités dont le cabinet de Sainlj Pétersboui'g réclamait l'exécution, en menaçant de l'imposer ] par les armes. L'Angleterre et lAutriche, sympathiques à la

■ .Turquie, d'après leur pohtique traditionnelle et en raison ' même des appréhensions que leur causait la Russie, agissaient 't fortement sur le Divan pour le décider à retirer ses troupes. ! Celui-ci opposait des raisons dilatoires et traînait les choses

ien longueur. 11 offrait d'évacuer le pays, mais en conservant la possession des places fortes; puis, lorsque l'empereui- Il Alexandre, poussé par un grand mouvement d'opinion qui ne lui permettait pas d'abandonner complètement la Grèce, qui ( luttait avec une vaillance désespérée pour son indépendance, t eut fait des ouvertures aux grandes puissances, en leur pro- [ posant d'avoir des conférences sur la question hellénique, à I; Saint-Pétersbourg, le Divan allégua que les concessions qu'il i> avait faîtes sur les principautés étaient subordonnées, dans (■ 8on esprit, <i l'espoir motivé que la Hussie renoncerait à s'oc- I cuper des affaires de la Grèce. Du moment que cet espoir se I trouvait trompé, le Divan retirait la concession. ;, A la date du S janvier 1824, M. de Chateaubriand exposait l au prince de Polignac, pour le guider dans ses négociations ]i avec 'm. Canning, la politique que la France devait suivre dans !< la qtiesUon d'Orient :

!« Dans l<!s prcmiûrus uiinùc& de l'iiisun'ectii^a des Gruiis, la Fraoco, éisait cette ili'pècho, D'avait aucun inlt'Tft à soutenir leur cause; elle devait ménager la puissance ottomane avec laquelle aes relations sont 'l encore importantes. D'ailleurs, les ditTérends qui s'étaient élevés entre ta Porte et le cabinet de Saint-Cétersltourg occupaieol toute l'Europe. • Lm trois cfturs rie Londres^ de Vienne et de Berlin s'efforçaient de prévenir une ruplure entre les deux puissances. Alexandre restait in-

SEâStOH DE 182i. — MORT DE LOUIS XVIII.

di-cis, il ne convenait |>as ù la France de prcdpiter une (luerre f tous les autres pavs redoutaient; elle a donc dû se borner îi se juind à ses alliés pour assurer la continuation de la paix. Dans cette nifH' ^ cialion pncillque , elle n'a pas juué un preoiicc râle, et elle a pris une

bien petite part ù ce qui est arrivé. Celte conduite était prudente, cai I il était fort douteui que. dans le cas où la gueire eût amené un p&r-

ta;:e, die ei'it obtenu une part capable de compenser l'aigTandtssemenl dus auti'es Ktats. Comme lus Grecs se soutenaient avec succès, tandis qoe les Turcs ne faisaient pas des efforts suIBBants pour les réduire, ta pouvait, sans danger, laisser les événements se développer. Telle était la position au moment où l'on apprit le projet d'entrevue h Cicmawitz. Nous pûmes craindre qu'il y eût entre Saint-Pétersbourg, Vienne et Berlin, un concert tendant à nous exclure de la décision de relie importante question, et, par conséquent, des partages qui pourraicBl en Être la suite. Nous soinnies à peu près rassurés sur ce point. Nniis avons tout lieu d'Être satisrails des dispositions d'Alexandre. K c'est lui qui a cun^u l'idée des conrércnces de Saint-Pétersbourg, son bnti été de rassurer l'opinion publique sur l'abandon des Greca, de fain preuve de modération, et enfin, ce qu'il a paru toujouni viyemcnt liùsirer, de faire reconnaître par l'Alliance son droit d'entrer i mm armée eu Turquie. Il est de notre intiirêt que \r( discus^on de C(tU affaire ait lieu en commun entre les plénipotentiaires de toute l'Allian». Cest la manière qui peut le mieux prévenir l'influence exclusive d'une seule puissance, et nous donner à nous-mêmes quelque chance d'ta obtenir un peu, ce que nous pourrions ditlîcilement faire djns t'élit actuel des cboses, car le gouvernement anglais, comme vuus-mêoc l'avez remarqué, a laissé voir que son opinion était que la protectloD de la GrËce devait être donnée à une ou deux puissances au nombn' desquelles il ne nous comptait certainement pas. D'un autre c<i(6, malgré l'aigreur "dus deux cours de Londres et de Saiat-Pétcrabmir^, nous croyons que ni l'une ni l'autre ne cherche une rupture. Nhob n'avons donc aucune raison de montrer de ta mauvaise volonté au sujet d«s conférences de Saint-Pétersbourg, elles ne peuvent. nims nuire. Jouer un rùle plus actif dans les affaires de GK'ce nous procurerait peu d'avantages et nous brouillerait avec tous nos alliés. Vims répondrez donc à H. Canning que nous pensons que si les difficulté» de la Turquie et de la Russie ne s'aplanissaient pas, il deviendrait nécessaire au repos de l'Europe que le sort de la Grèce fût décidé ca commun, aucune puissance ne pourrait, sans efciter la jalousie et l« craintes des autres, intervenir dans une question pareille. Lo gouvernement français sera donc toujours heureux de prendre part à une détermination qui ferait cesser les maux dont les Grecs sont me>

SITUATION KXTËmEunG : QUESTION d'ohient. 729

La politique développée par M. de Chaleaubriand Olait une politique de prudence et d'expectative. On cherchait plutôt à ralentir les événements qu'à les presser. Le gouvernement, on l'a vu, avait mis à l'essai sou organisation militaire dans l'expédition d'Espagne, et il savait ce qui lui manquait. L'institution des vétérans, reconnue mauvaise, venait d'étie supprimée, et l'on avait porté te recrutement annuel de 40,000 ■hommes à 60,000. La France avait besoin d'un peu de temps pour mettre son élal militaire au niveau de celui des autres grandes puissances. Le prince de l'olignac, en portant à la connaissance de M. Canning les vues de la Frauce sur la question d'Orient, était chargé de chercher k connaître celles de M. Canning. On trouve daus sa correspondance de curieux renseignements sur ce point. Le cabinet anglais ne refusait pas d'unff manière absolue, au commencement de l'année 1824, de prendre part aux conférences de Saint-Pétersbourg sur les affaires de (ïrèce ; mais il demandait préalablement que la mission russe fiit rélablie à Constantinople, et il exprimait l'idée que le siège de ces conférences serait plus convenablement placé à Vienne. La question grecque lui paraissait hérissée de difficultés. Accorder purement et simplement aux Grecs insurgés une protection européenne aurait l'inconvénient de consacrer le principe qui leur avait rais les armes à la main. D'un autre côté, les abandonner au sort qui setnblait les attendre serait peu compatible avec les sentiments que peut inspirer t une population coupable sans doute, mais menacée d'une entière extermination. » M. Canning ajoutait qu'il serait à désirer que les Grecs de la Morée pussent obtenir une existence polilique à peu près semblable ù celle des habitants de la Moldavie et de la Valachie, sous la garantie de deux ou trois puissances qu'il ne nomme pas au prince de Pobgnac, mais qu'il était facile de deviner : c'étaient l'Angleterre, l'Autriche et la Russie.

730 SESSION DE 4834. — mort de louis XVIII.

Le résumé des instructions de M. de Chateaubriand et des dépêches de notre ambassadeur à Londres laisse clairement voir où en étaient les cabinets européens à Tégard des affaires d'Orient, et permet de mesurer la distance immense qui séparait leur politique indécise de Topinion publique, si fortement prononcée en Europe en faveur des Grecs, dont le malheur et le courage ex<'itaient un enthousiasme presque universel, que Lamartine, Victor Hugo et Casimir Delavigne célébraient dans leurs chants, et auxquels lord Byron, Santa Rosa et Fabvier, suivis de généreux volontaires, allaient offrir leur épée et leur sang.

LE MIMSTKRE AFFAIBLI DANS LA PHKSSK. — ESSAI D'AMOU- TISSEMKNT TEXTE CONTRE LES JOCRNAIX. — PROCÈS POLI- TIQIES.

Une conséquence du renvoi de M. de Chateaubriand avait été d'affaiblir singulièrement le gouvernement dans la presse de droite. En effet, eu cessant d'être homme du pouvoir, M. de Chateaubriand redevenait écrivain d'opposition, et il allait prêter son puissant concours au Journal des Débats, qui désormais ne recevait que de lui ses inspirations. Or c'était surtout comme écrivain d'opposition que M. de Chateaubriand exerçait un ascendant redoutable. Dans le pouvoir, qui est le domaine du réel, il rencontrait les obstacles naturels qui se dressent devant ceux qui veulent agir; l'opposition est le domaine du possible et souvent du chimérique; c'est là que l'imagination, cette faculté maîtresse de M. de Chateaubriand, pouvait se mouvoir à Taise ; c'est là que la presse, avec ses mirages, règne et gouvenie.

LE MINISTÈRE AFFAIBLI DANS LA PRESSE. 73fl

Le Journal des Débats^ aux bureaux duquel il établissait son quartier général, était, depuis les premières années du siècle, une puissance. Ses précédents déjà anciens, car il avait été fondé en 1800, le souvenir des luttes de Geoffroy dans son feuilleton, la valeur littéraire que lui donnait le concours d'Hoffman, de Féletz, de Dussault, de Nodier, de &lalte-Brun, de Béquet, auxquels venait de se joindre un jeune et brillant écrivain, M. de Salvandy, ses tendances religieuses et monarchiques même sous l'empire, qui avaient attiré sur la tête de ses propriétaires les foudres impériales, lui assuraient une position à part, qui n'était pas sans analogie, dans le journalisme, avec celle qu'occupait M. de Chateaubriand, dans une sphère plus haute. Le Journal des Débats représentait dans la presse de droite le royalisme mêlé aux intérêts nouveaux, se nuançant des reflets des idées modernes, comme la Quotidienne représentait les souvenirs, les traditions du royalisme nobiliaire de la cour et des châteaux, et le royalisme religieux du clergé. C'était beaucoup d'avoir à la fois contre soi ces deux journaux. Or, le jour où l'ordonnance royale qui éliminait M. de Chateaubriand du conseil avait paru, la Quotidienne s'était rencontrée avec le Journal des Débats^ dans l'expression des mêmes regrets et dans la même opposition. M. de Chateaubriand était le chef des lettrés en France, et M. Michaud, malgré les instances faites auprès de lui, avait persisté à lui donner, en ces termes, un témoignage de sa sympathie politique et de sa vieille amitié :

a L'ordonnaucc qui se trouve dans le Moniteur y- SisaXi dit la Quolidienne^ semble annoncer a la France et à l'Europe une politique nouvelle, si inattendue, si fâcheuse, qu'il nous serait impossible de développer dès aujourd'hui toutes les pensées qui doivent affliger les amis de la monarchie. Est-ce la chambre des pairs que l'on a voulu punir de son indépendance? Est-ce l'opinion rovalistc à qui l'on veut

faire entendre que la liberté n'est pas un droit pour elle M. de

Montmorencv tombe le premier, puis le duc de Bellune, puis M. de

Chateaubriand, l'honneur du royalisme. Que veut dont \iî minUtci

([uellL» confiance peut-il inspirer désurmaÎB? »

C'est ainsi que l'opposition commençait l'allaque sur presque loute la ligne de la droite contre le ministère, déjà baltu en brèche par la gauche, et cette opposition d'abord par le Journalda Débats et M. de Chateaubriand, bientôt par la Quotidienne «i M. Michaud, allait être menée à outrance. En sortant dumi- DÎslère, M. de Chateaubriand n'avriil qu'une pensée, l'abntlre par tous les moyens, à tout prix '. L'amoiir-propre irrilé w calcule pas ses coups; quoi qu'il en résulte, ilfrappe. Le grand écrivain a exposé plus lard sa théorie en matière d'opposition, théorie composée, comme il arrive souvent, pour justitiff après coup la conduite qu'il avait tenue :

1 L'opposition systématique, dil-il, est la seule propre au goiivanenient repn^sentatif. L'opposition qu'un appelle de conscience ut impuissante. Elle cunsiste à Ilottcr entre les partis, îi ronger son [rdn, A voter rnSme selon ruccurrcDcc pour le ministère, k se faire miguninie en enrageant, opposition d'imbécillité mutine chez les soldats, de capitulation amliitieusc parmi les chefe. Tant que l'Angleterre a fié saine, elle n'a jamais eu qu'une opposition systématique : on entrait et on sortait avce ses amtsj en quittant le poriereuillc, on se plaçait sur le Lane des atlaquaiilE. Comme on était censé s'âtre retiré pour n'avulr pas voulu adopter un système, ce système étant reslé pré» de la couronne, devait nécessairement ftrc combatlu. Or, les hommes ne représentant que des principes, l'opposition systématique ne voulail emporter que les principes lorsqu'elle livrait l'assnul aux hommes. »

Dans cette apologie rétroactive, M. de Chateaubriand oublie deux choses : d'abord que le gouvernement représentatif, appuyé en Angleterre sur des agrégations puissantes d'intérêts, sur des institutions séculaires et des mœurs politiques,

I. Ëmvunt qualorie annéei après l'^v^namenl . l'aiilcur dii Cougift ée Vérone ne il*guisc )is9 celle pensée ; • Pimietiri ann^e*, dil-il, forenl aiett- Miroi pour almllre U. de Villèle, maii onHii 11 lomba. » {Coiigrii dt l'4 t. Il, p. 307.)

Jâ

LE MISISTÈilE AFFAIBLI DAHS LA TRESSE. 733

pouvait supporter celte opposilion systémalique, à laquelle il ne devait pas résister en France ; ensuite, que la règle qu'il invoque pour la jusiifier en Angleterre n'était en aucune façun applicable à sa propre conduite. M. de Chateaubriand ne quittait pas le pouvoir avec ses amis et avec ses idées ; en sortant du ministère, il quittait, au contraire, les amis avec lesquels il avait Tait une longue opposition, et qui l'avaient introduit au pouvoir. Il y laissait les idées qu'ils avaient défendues en commun. Ilien n'était changé dans la politique intérieure, ni dans la politique étrangère. Toutes les lois présentées aux chan^bres et celles qui devaient i^tre présentées, laseptenualité, l'indemnité des émigrés, et même la conversion des renies, avaient été élaborées en commun. M. de Chateaubriand quittait uniquement le pouvoir parce que le Roi était convaincu qu'après avoir voté pour la conversion des rentes dans le conseil, il n'avait rien omis pour la faire échouer à la chambre des pairs. Il n'est pas exact de dire que depuis que M. de Chateaubriand n'était plus avec M. de Villèle, l'ultracisme avait débordé ce dernier, comme l'assure l'auteur du Congrès de Vérone. L'extrême droite, qu'où désignait alors par ce nom dans la langue politique, était au contraire une dés ailes de l'armée de la contre-opposition de droite, qui reconnaissait M. de Chateaubriand pour le plus illustre de ses chefs. Pour dire la vérité, ce n'était point à cause des idées que H. de Chateaubriand attaquait les hommes; c'était au contraire à cause des hommes qu'il attaquait des idées que, naguère encore, il avait défendues avec eux.

Cette opposition à outrance de M. de Chateaubriand et du Journal des Débats ne laissa pas au début de siu-prendre l'opinion publique, qui n'yétait pas préparée. Mais bientôt on s'y fit. L'opposition de gauche, qui avaitexprimé quelque défiance, ne larda point à accueillir ce secours inespéré. L'op- ■ position est naturellement disposée à recevoir les auxiliaii'es,

SE55K*^ hZ I8ài. — MORT DE LOL'JS XYIII.

i-ru ]m ÙEî^ine leur ori^ne et leurs précédents, pourvu qu'ils Àtiâourt; cr qu file veut renverser. Or le Journal des Débats^ çii: ivii: apr-ri'UVf au mois de février 1 824 le? moyens employés lor W uiiiii-:rry: dan^ le^ flections, sans s'inquiéter de cette iirr.c-iti-'ii ^lïSrr. les &Ttaquait rivement dans le mois de •i^LH df -i m-rjuiz iimrr. Après avoir persillé la gauche dan^ l-rj zrriL --r^ ini- dr i824. au sujtrt de Tachât des Tablettes fc«:rrf5r«.Vtf?. il - «rlovài: avec indignation au mois de juin de .À LL-'iiJ- ii-L-.T ::u:re » h Bande norre^ qui s'était formée >...- .-.:.-.:■:: Ir^ ;.\:miux, démolir la liberté de la presse el

N.«s i'* :-> ûr'i Mrir dr Crîte caisse d'amortissement des ■ .<ir:;5.'-:i. i.-::: M. >-:«s'^^ne de la Rochefoucauld était le dir:-.::'::: .-: : i^ 5..;:i:\ ci qui avait trouvé en dehors duminis- :zi>. t-; îri^>. i our iiiiiu-rno^* toute puissante sur le Roi, dans -i ..Cî"?-: i-T 1- iis:r :i^ilt:. :es f'>nds nécessairts à ses opéra- *..•.::>. M.»:i:s r^-f " uriis- deruis eue le ministère était atfalMi •-.i: .•: '- ;-: ir .5 'j.LVTr-i.-n des rentes, par réviclion de V. -T •.'r-À.rÂ.^r.îui eu Cji'iarî eî par la violente oppo^ition i.. /..Â.^t.:- J-^ x*<>j:>, ;..'in:r a cellr de la Quoiidiepine^ il y«. .."^i^: : -•:•;•,.•:-.: Y"- A'::ioa irreiiUiiere et fâcheuse, qui

^* . .:^ vri:- oir'j: en voulant le ser> ir. C'était i.-iiiir i u!*r ajùvité liévreuse qui, sans :•; .À. A ..r.'..: ;. v. - t v. : : - r : : i2:.-v r ministère lui-même, qu elle À>:'-rA::, -. .: ::r Ir . .-.h.v.: 7a>. a mL»diner. La caisse d'amorus>::u:.:; ^i^s •,-.:r..ÂU\ :r .jvï::, dans le déchaînement de ; /,:> : V : ...> :::.-j:*:v.-- ir 1.-. r-r-.^se conîre ie ministère, un arii^iv^::; ::: : .^;::: À: jr- Lrfx:a:i-:ur. êl elle s'autorisait de .t- î.à: .;. .:..>:> ;•. .:: .-,> :::L./J:'li-:: eî ies airraudir. Les inc:>.:\: . :> . . ::.:v..>:- -.i: :r:vvS dv!:*:-.re. dans des mémoires .•.-,:h;> . ;:: .>..ss:::: àucuu doute sur l'existence,

t,u. -^ . • 'i . . • ; î.:hT !.. TB.V. t. VIII oîi Ion lrou\t

CAISSE d'amortissement DES JOURNAUX. 735

forigine et les opérations de cette caisse, comme sur les moyens dont elle disposait. Après avoir acheté les Tablettes^ elle avait acquis la propriété de la majeure partie des actions du Drapeau Blanc^ de la Fondre^ de V Étoile^ de la Gazette de France^ du Journal de PanSy des Lettres Champenoises et de V Oriflamme. Parmi les journaux, elle avait fait un tri. Plusieurs avaient été purement et simplement supprimés. Ceux qui avaient été conservés avaient reçu la mission de représenter chacun une nuance particulière dans la couleur générale : la Gazette de France^ la nuance ouvertement ministérielle; le Journal de Paris^ la nuance semi-libérale. Quant au Drapeau Blanc^ M. Jules Maréchal, dans le rapport qu'il fit au comité qui présidait à ces opérations, s'exprimait ainsi : « Nous irons presque jusqu'à penser que le Drapeau Blanc pourrait se permettre parfois d'outrer la critique. On empêcherait ainsi l'opposition royaliste de chercher un autre organe. »

Le comité de la caisse d'amortissement des journaux aspirait donc à détruire la véritable presse, celle qui répondait aux opinions, par une pseudo-presse organisée de manière à tromper ces opinions, en leur donnant des satisfactions illusoires. Entreprise équivoque, empreinte de cette hypocrisie particulièrement antipathique au caractère de notre pays et que je trouve notée de blâme dans plusieurs endroits du journal de M. de Yillèle ', mais à laquelle il ne se crut pas en mesure de s'opposer en présence de l'aflaiblissement du mi-

1. Voici, en eflct, la note que Je trouve dans le journal de M. de Vilièle, au sujet d'une yive attaque que M. de la Bourdonnaye avait dirigée le 12 juillet coutre les fonds secrets. « Il proUle dos achats d'actions des journaux faits par M. Sostlii'ne de la Rocheroucauld , sans autre résultat que de donner lieu à beaucoup de scandales et de dépenses, trois ou quatre millions qu'on dit qu'il aralt puisés à la liste civile par trop de condescendance du Koi. Il attribue ces prodigalités et ces folies au minislère en se fondant sur quelques procès intervenus entre les nouveaux et les anciens actionnairesp et l'accuse d'avoir fait faire ces acliats avec des fonds secrets. » {Documtnu hiédils.)

736 SESSION DE 1824. — hobt de LODIS xviii.

nistère et des forces décroissantes du Roi, qui laissait sa liste civile saos défende, contre une ioflueDce à laquelle il Dc refusait plus rien.

Dans la gauche, le comité d'amortisijemeDt ne réus^t qu'auprès des propriétaires du Pilote, dont la situation commerciale étaitmauvaise.lléchouacomplétementauprès du ceiu du Constitutionnel et du Courrier français. Cela devait être. 11 ne leur proposait pas, comme lorsqu'il s'agissait de la presse de droite, de changer seulement de nuance, mois de changa de couleur. C'étaient des hommes de parti, ils refusèrent. En outre, et c'était là une des raisons qui devaient faire échouei cette triste et malencontreuse entreprise, ceux qui s'en élaieni chargés n'avaient pas assez considéré qu'à mesure que psr leur amortissement ils diminuaient le nombre des joumain, ils augmentaient la valeur vénale des feuilles indépendantes qui restaient, de sorte que les propriétaires de ces feuilles trouvaient plus de protits à les conserver qu'à les vendre. L'indépendance de la presse clandestinement attaquée se trouvait donc à la fois défendue par l'intérêt et par l'opinion.

Ainsi déçu dans ses espérances du c6té de la gauche, le comité se retourna vers la droite, et ne voyant aucun jour i s'emparer du Journal des Débats, il dirigea ses batteries du côté de la Quotidienne, dont l'opposition, fâcheuse pour le ministère, l'était aussi pour les visées ultérieures dc la principale influence du comité, auxquelles le journal dirigé par M. Michaud était peu favorable.

Il importe de s'arrêter quelques instants sur cette affaire qui fit, à l'époque dont nous parlons, beaucoup de bruit et de scandale, provoqua un procèsdans lequel plaida M. Berrj'er, occupa l'opinion tout entière et détermina l'échec déGnitif de la caisse d'amorti*sement des journaux. La Quotidienne était alors dirigée par M. Michaud, qui l'avait fondée avant le commencement du siècle, l'avait rédigée à ses risques et pé-

CAISSE d'amortissement DES JOURNAIX. 737

rils, pendant les plus mauvaises années du Directoire et n'avait échappé que par la fuite et un exil volontaire à l'arrêt de proscription prononcé contre lui après le coup d'État du 18 fructidor*. Nous avons rencontré M. Michaud à la chambre introuvable, dans la majorité de droite. C'était, on l'a vu, un royaliste de sentiment, disposé par la pente critique de son esprit fin et railleur à l'opposition. Hors des assemblées, il était redevenu journaliste, c'est-à-dire toujours plein de dé- Youement pour la royauté, mais plus porté à la critique qu'à la louange envers les ministres. En outre, M. Michaud avait une amitié littéraire avec M. de Chateaubriand et d'anciens rapports avec l'extrême droite : il y avait peu de sympathie entre cet Aihénien de Paris, d'un esprit lettré, charmant, d'une malice spirituelle, mais d'un caractère un peu léger, et la régularité, le bon sens, la tenue , la sagesse austère de la province que représentait M. de Yillèle.

En entreprenant de soustraire la Quotidienne à la direction de M. Michaud, M. Sosthène de la Rochefoucauld, il faut bien le nommer, puisqu'il était l'âme de toute cette affaire, et que, du reste, il s'est nommé lui-même dans ses Mémoires, tentait une œuvre difficile. M. Michaud n'était pas propriétaire unique de la Quotidienne^ mais il y avait dans l'acte de société une clause qui ne permettait la vente des actions de ce journal, dont le nombre total s'élevait à douze, qu'à des acquéreurs agréés par les propriétaires, et M. Michaud avait sur les propriétaires de ces actions un empire souverain. 11 fallait donc, pour établir l'ascendant du comité d'amortissement sur la Quotidienne, tromper la religion de M. Michaud qui voulait maintenir l'indépendance du journal, c'est-à-dire sa propre influence, et lui faire agréer conune indépendants des honmies de connivence avec le directeur du comité. C'est ainsi que

1 • Ce ftit alors que M. Micband compofa le Printemps d^nn proscrit, HisI* de U Restaor. » T. TI. 47

738 SESSION DE 1824. ^ mort de louis x\ui.

M. de la Rochefoucauld, après plusieurs tentatives infructueuses, était parvenu à faire agréer à M. Michaud, comme acquéreur de quatre actions \ M. Bonneau, inspecteur des prisons.

Le désaccord entre les deux influences qui existaient au bureau de la Quotidienne n'avait pas tardé à se manifester^ et c'était à l'occasion de la loi des rentes qu'il avait, pour la première fois, paru. M. Michaud voulait faire de ropposition à cette loi impopulaire à Paris. Cette opposition formulée dan> quelques numéros du journal cessa tout à coup par l'obstacle qu'y mit l'affidé de M. Sosthène de la Rochefoucauld, en alléguant le désir exprimé par Monsieur, que la Quotidienne cessât ses attaques. Cet état d'antagonisme ne pouvait pa« durer longtemps : il fallait que l'un des deux camps remportât. M. Michaud disposait encore de la majorité des(M> tions; sur douze, quatre étaient entre ses mains; quatre, celles qui avaient appartenu autrefois à M. Fiévée, étaient dans les mains de M. Laurentie. On ne pouvait raisonnablement espérer que M. Michaud se dessaisirait de ses actions; on pensa trouver plus d'accès auprès de M. Laurentie qui. récemment nommé inspecteur de l'Université, était pliis vulnérable, puisqu'il était fonctionnaire révocable. Ou l'invita donc à vendre ses actions en lui objectant que sa positiuu était fausse comme inspecteur général de l'Université et propriétaire d'un journal d'opposition.

Ces observations, quoique discrètement présentées, avaient un caractère sérieux, parce que ceux qui les transmirent à M. Laurentie parlaient au nom de monseigneur d*lIermopolis, ministre do l'instruction publique. M. de Laurentie lit part de ses craintes à M. Michaud, qui, de son côté, avait reçu des ouvertures h ce sujet. Ils étaient attachés Tun à Tautre par

I . Oep quatre avifont apparlenaienl à M">« veuYe de Rippert.

FAIRE DE LA OniTIHtENSE. 739

leas d'une êtroile affection, et M. Michaud savait bien que son fidèle collaborateur ne ifc séparerait pas de lui. Les instances devinrent plus vives, et ce fut alors qtie M. de Corbière, avec sa roîdeiir bretonne, entra en ligne et poussa plus vivement les ehoses. Il y avait dans cette question deux principes engagés : d'abord l'autorité du ministère, qui ne Faisail qu'appliquer une loi du gouvernement représentai if, et les règles du bon sens, en n'admettant pas qu'un fonctionnaire public d'un ordre élevé pût faire un journal d'opposition ; en second lieu, un principe de liberté individuelle et un sentiment d'honneur personnel, qui autorisaient M. Laurentie k ne pas accepter, des mains du ministre, un acquéreur qui livrerait la Quolidienne au comité d'amortissement des joïir- D&QX. Le ministre épuisait son droit en offrant à M. Laurentie l'option entre sa position comme fonctionnaire de l'Université et sa position comme .propriétaù-e et rédacteur d'un journal d'opposition ; il outrepassait ce droit s'il aUail au delà et s'il loi imposait un acquéreur. M. MichaudetM. Laurentie avaient (perché un biais; M. Laurentie vendit un tiers de sa propriété à M . Malitoume et lui remit une procuration pour gérer ïès deux tiers qu'il gardait. Le ministre n'accepta pas ce biais , qui était une manière d'éluder la question sans la résoudre; il devint plus pressant. Pour la première fois, M. Laurentie fut appelé chez M. de Corbière. Dans la conversation qui s'engagea, M. Laurentie ayant dit au ministre que, lors même qu'il vendrait sa part de propriété comme on en exprimait le désir, les acquén?urs n'y gagneraient qu'une chose, ce serait d'avoir à plaider contre M. Michaud, qui défendrait son droit de dii-ecteur devant les Iribunaui, M. de Corbière prononça cette parole qui devait être retenue et r^tée : b Eh bien ! vendez-nous un procès?»

M. Michaud se trouvait placé dans une situation pénible, dïiigé de compromettre l'avenir universitaire de M. Laurentie

SESSION DE I82i. — MOItT OE LOUIS -WIII.

s'il acceptait son sacrifice, ou d'aliéDcr l'indépendance de son ' journal s'il le refusait. Alors il songea k prendre le seul parti qui put trancher la difficulté, celait la vente sérieuse des actions de M. Laurentie, et il proposa pour acquéreur M. Sanlol- Buiguenault, membre de la chambre des députés, ou M. Berryer hls. M. de la Hochefoucauid, qui savait que M, Sanlot-Baguenault ne marchait pas avec le ministère, prescrivit à M. Bonneau d'user de son droit de copropriétaire et de mettre son re/o. Pour sortir de cette difficulté, le baron Capelle, secr taire général du ministi-e de l'intérieur, qui était l'homme 4 MoMsiECR, vint proposer à M. Mîchaud, comme acqiiéreur à quatre actions de M. Laurentie, le chevalier de Valdené, s taire de ce prince, dont ou achevait de découvrir ainsi l'in vention. MM. Michaud et Laurentie ne crurent pas pouvc prolonger leur résistance. Devant celte haute iulerventiou, s'inclinèrent. M. de Valdené fut agréé, et M. Laurentie recul Tordre de partir pour faire une inspection àmn le Nord.

Tous ces arrangemenis avaient été pris avant le renvoi de M. de Chateaubriand. On put croire un moment qu'on éuil d'accord; mais, quand il s'agit de prendi-e un parti sur est événement, le différend reparut. M. Michaud protesta contre le renvoi dans Tm-ticle qu'on a lu plus haut; mais, dès le lendemain, la Quotidienne rentra dans le silence, et l'on apprit par un article de son rédacteur en chef, M. Soulié, inséré dans le numéro du 10 juin, que, la veille, M. Henri Simon, porteur de la procuration de la majorité des actionnaires, c'est-à-dire de celles que possédaient MM. Bonneau et de Valdené, réunies, était venu lui interdire de laisser paraître le nom de M. de Chateaubriand dans le journal. M. Bonneau s'était en même temps déclaré directeur du journal et avait nommé M. Henri Simon rédacteur en chef. Le lundi, 12 juin, deux Quotidiennes parurent à la fois, celle de M. Henri Simon, et celle de M. Michaud; on devine laquelle des deux

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