EXPORTEMEIITS DE LA GAUCHE
grettables exagérations d'idées. Mais comment en aurait-il été autrement quand, au milieu des discussions des lois sur la presse, la nouvelle de la conspiration de Béfort ou de celle de Saumur, tramée par le général Berton, dont les rapports avec tous les coryphées du libéralisme de la presse et de la tribune étaient connus, éclatait comme un coup de tonnerre? Berton, un des écrivains de la Minerve et Tun des membres de l'association pour la protection de la presse libérale! Comment tous les esprits n'auraient-ils pas été frappés de la corrélation qui existait ^ntre ces prises d'armes et les appels à la révolution qui descendaient de la tribune, où MM. Benjamin Constant, Chauvelin, le général La Fayette, le général Foy lui-même, mais M. Manuel surtout. Manuel qui avait la main dans tous les complots, déclaraient au peuple français qu'il lui restait à sauvegarder ses droits, que ses représentants ne pouvaient pas défendre *.
n semblait parfois que le voile diaphane, qui ne cachait qu'à demi cette corrélation, allait se déchirer. Ce fut ainsi que le garde des sceaux, M. de Peyronnet, arrêté par cette injurieuse apostrophe partie de la gauche : a Vous êtes un calomniateur 1 1^ au moment où il disait : a Les complots et leurs auteurs seront déconcertés et punis. Je sais des projets, je connais des démarches...,» reprit, après avoir rejeté l'injure à l'interrupteur anonyme, qu'il ne comprenait pas l'assurance avec laquelle un précédent orateur avait osé dire que les paroles du chef de la justice n'effrayaient personne :
a D'où lui vient cette certitude? s'écriait-il. N'était-ce pas des
1. Celte corréUtioB peut être démontrée par des rapproehementi de dates. Les débats sur la loi générale de la presse se déroulèrent pendant les mois de janvier et de (Strier 1822» Dès le mois de janvier 1822, les tentatives des sociétés révohitioiuiaires s'étaient produites dans rOôest, daa» le Bfidi, dwii TEst, à Béfort, à Marseille, à Saumur. Trois instructions étaient commencées : à Cotmar, dans le Tar et à Tours.
factieuiL qu'il s'agissail? Or l'orateur n'iîst pas ai exactement informi^ de leurs dcsadns, de leurs eaporances, de leurs senliments, qu'il puisse répondre des impressions que leur funt éprouver les discours prononcés il cette tribune, a
L'orateur auquel s'adressait cet avertissement sévère était ■ le marquis de Chauvelia. Il se sentit atteint, et, demandant IsJ parole, il mit le garde des sceaux en demeure d'agir confoiv^ mément à son discours, ou de retirer ce qu'il avait dit.
Il Comme député, s'écria-t-it, j'ai le droit de hlàmer ici des ass lions étranges, ténébreuses, inconvenantes. Où en scrions-nuiis si, ■ moment où l'on discute des lois qui remuent toute la France, et q peuvent la perdre ; si, au moment où le pouvoir est totalement rabaii par rtncapacit<'' des ministres, un d'entre eux, pour échapper à la' diacussion, avait le droit de venir envelopper ceux qu'il combat et d'autres qui ne sont pas dans cette chambre, dans des accusations inexpliquées et inexplicables? Si c'est dans la Chambre que le garde des sceaux connaît des coupables, il d()it les nommer et les accuser devant nous; si c'est au dehors, qu'il ne vienne pas h cette tribune composer les modèles des actes d'accusation qu'il destine ji ses pro cureurs généraux ! <i
Ces défis, déjà audacieux dans la bouche de M. de Chauvelîn, et qui révoltaient la droite, assez instruite de ce qui se passait poursavoirqne la conspiration était à la fois dans la chambre et hors de lachambre, preniiientles proportions du cynisme quand ils se retrouvaient dans la bouche de M. Manuel, dont la cgmplicité, sans pouvoir être établie par des preuves légales, ressortait cependant moralement par tous les indices. Cela n'empêchait point ce conspirateur émérite de réclamer une enquête parlementaire qui rendit tout son éclat à sou innocence calomniée. On comprend de quelles acclamations la droite indignée saluait les paroles de M. de Donald, qui, entrant dans le vif de la question, donna satisfaction à la conscience publique indignée ; paroles où il y avait un sentiment si vrai de l'état de la France, du gouvernement, des partis, que l'orateur semble avoir percé d'un regard les ombres
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aiijriiird"hiii tombées, qui alors obscurcissaient l'atmosphère politique.
B Apr."'î avoir vote celtcloi.sVcriaM. do BimaM, nous serons (juill* s env-rs la France et envers l'Europe. Nous ne demandons pas au gau- Tcrnemenl et am trihunaui la sûreti' que Dieu mérae ne nous dunue pas. Au nom des ^ris de bien, nous leur demandons la séiurili'. tjii'ils répriment enlln en punissant ou en prévenant ees déclarations faclieuaes, ces perfides cxlomnics dont les tentatives criminellrs qui s^.' renouvellent sous nos veux ne sont que l'écho : lilelies et cruelles iotrifrues, ou des chefs sans courage lancent de malbeurcui subalternes dans l'urne p<?rilteuse des conspirations dont ils e^êrcnt recueillir tout le fruit. I>cut-âlre du sein de l'opulence et des plaisirs ils assistent derrière k rideau à ees jhuii sanglants, comme les Romains à leurs combats du f.'liidiut^ntfs, et sans pitié, sans remords, ib applaudissent au désespoir de ces morts volontaires, comme les Romains applaudissaii-nt i la fi-rmeti' des malheureuses victimes qui tombaient et mouraient avec grilco. »
Ces paroles , prises eu elles-m^mes, étaient d'un tour un peu trop oratoire ; mais elles s'appliquaient si naturellement à la situation, qu'elles produisirent une impression profonde. Le grand philosophe, avec celte intuition qui n'appartient qu'aux esprits supérieurs , avait lu dans les faits et dans les âmes. II semble qu'on entende retentir un écho prophétique de cette parole si souvent reprochée depuis à Manuel, à l'occasiou des jeunes et malheureux sergents de la Rochelle : « Ils mourront bien! »
La discussion avait été trop longue et trop vive pour que, dans Paris, au milieu de tan t de passions incandescentes et d'éléments préparés pour les conspirations, il n'éclatât pas quelque trouble. 11 y en eut dans les écoles de droit et de médecine; il y en eut dans les églises. Dans ce moment mfime il y avait des missions à Paris, et la singulière prétention de ceux qui 8C disaient libéraux par excellence était d'empêcher, eux qui n'entraient jamais dans les sanctuaires chrétiens, ceux qui *'y rendaient pour entendre la parole évangélique du père
^^ UISISTÈBE DE H. VE TTIlitE.
Hau/aa et de ses coopérateurs, de prêter l'oreille i leurs pré- J dilations. D'après cette Uduvelle prétention, le devoir de Tu^v chevêqiie de Paris ei'it été de consulter les libres penseuml sur le choix des sennonnaires. Le gouvernement n'admit p cette exigence, et maintint Termement les droits de ecclésiastique et ceux de la liberté religieuse '. Alors les opp( sanis se portèrent à l'église des Petits-Pères , oi!i devaient ' avoir lieu les exercices de la mission; une ujultilude meaar ç.aate l'envahit, poursuivit l'arclievéque de clameurs injnrieufies, et chassa les missionnaires de l'édifice sacré '. Le lei demain, 28 féviier, il y eut un déploiemeut de forces militaire^ assez considérable pour réprimer le désordre qu'on voi faire renaître, et le général Demarçay et M. de Corcelles^J ayant voulu enfreindre une consigne pour se rendre dans ce?! quartier où les appelaient des devoirs de société, furent arrêtés et détenus plusieurs heures dans un corps-de-garde. Le 1°' mars, leurs plaintes retentirent à la chambre des députés.
I. Il esl »i diflli-ile mn MpriU ÉUvia par l'école llWralc de tompremiro lu llroltB de la liberté religieuse, quand It» ratholiques les révIaiDGiil , qu M. Ouvergier <le Hauruinv, ï l'impirlUlil^ duquel j'ai louveoleu l'otcatlon da rtmdre hommage, B'eiprlme ainsi à celle □l'casion : a Den raitemblEinenli tumollaeiii svajeal lieu cbaqne soir aulour de l'église dvi Pi>H(>-f>trei, I t'CKCaBioo des toÎMloaiiaireB et d«H exen^lces iileitx auxquels ils avnlenl convli les (tdèlei. Dans cei cierckea on chanlail des eanllqiies sur des nlri populairM qui, preN]ue loujaure, rappelsieni des paroles peu édlQanles, et El élail djffltile de comprenilre quel bien de pareils spectacles psuvaleul Taire i Ik rellsion, * (T. VI, p. SgO.) Il semble que les libéraui, qui ne conBuIlaicnl pas l'aulorilé eecKalasliquB mir Tosaffe qu'ils ralaeïenl de la lilierlé de la Iribune i^I de la presie, turaieul dû eomprendro que celle aalorilé n'avait pas K les consultar sur l'usage qu'elle faisall de la liberté ri-llgieuse appliquée mix ciercices dM -m mluioiu. J
3. Quelques hUlorleoi ODl loulu faire des rniHions une inaniruvre politlqHjl in^glnéE par la Heslnurallon. Les TatU donuent uu démeuU k celle allégatJM^^ L'Idée première des uilssions il l'intérieur appartient au cardinal l'csch el rgnonta i 1B06> H. Coarbon, son grud tlvaire, prapoM la direcAon dea ndstlons Intérieures b l'abbé Raïuan. Voir sa Icllre que j'ai citée )h i^rmao dans les Som-fiiin dt la Renauraiion, p, 22b. Ainsi l'Idée de l'œuYre. le cholï de riioinnie, rlea a'uppartient ï la Restas rat ion.
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TBOUBLBS DANS PAUS. 75
C'était le reDOuvellement des scèoes de la session de 1820, pendaot laquelle les députés avaient délibéré sous le coup des agitations de la {dace publique et des émeutes. Le ministre de rintérieor, tout en exprimant le regret que les choses se fussent ainsi passées, fit remarquer que les deux députés ne pouvaient s'en prendre qu'à eux-mêmes, puisqu'ils avaient été arrêtés au moment où ils tentaient d'enfreindre une consigne militaire, justifiée par les troubles de la veille qu'on essayait de renouveler. MM. de Corcelles et Demarçay se rejetèrent dans les récriminations acoutumées : c'étaient des agents provocateurs qui excitaient les troubles; les deux députés déclaraient les avoir reconnus; ils ajoutaiest qu'on avait voulu les assassiner.
On allait passer à l'ordre du jour sur ces lieux communs de l'esprit de parti, quand M. de la Bonrdonnaye demanda la parole. La gauche, qui le voyait quelquefois opposé au ministère, crut qu'il allait parier daos le sens des deux députés et applaudit; mais le caractère naturellement irascible de M. de la Bourdonnaye était exaspéré par l'audace des réclamations de la gauche, rapprochées des actes factieux qui se produisaient de toutes parts. 11 commença par déclarer que ce n'était pas ceirx que les mouvements menaçaient qui pouvaient être accusés de les avoir provoqués ; puis il continua ainsi, sans s'arrêter devant les murmures incessants de la gauche et ses interruptions injurieuses :
« C'est aTec douleur, je suis obligé de le dire,, que. nous voyons tous les jours s'élever de toutes kes parties de la France des cris séditieux, et malheureusemeiit ces cris séditieux sont l'écho de cette trilmae. C'est Napoléon H que l'on proclame sur un point; sur un autre c'est la République. Eh Lien, dans ces circonstances, je serai le premier à demaoder d'investir le gouvernement de toute espèce de pouvoir. Oui, messieurs, s'il hî faut, nous lui éonneroa» la liberté de la presse et la liberté individuelle. »
Ainsi la passion de la gauche, en allant par toutes ks
HINlSliRE tlE H. DE VILLËbl
roules à la révolution, poussait la passion de l'extrême droite | à la dictature. M. Manuel, de tous les députés de l'opposition le moins bien posé pour intervenir dans ce débat, prit hardiment roffensîve. Il appela les dernières révoltes adesmé-, contentements provoqués par les violations de la Charte et d libertés publiques, » et pendant qu'on lui criait des bancs d la droite : a. Allez à Saumurl » il demanda « s'il était mli important qu'au milieu de Paris on souffrit les prédicationaS des missionnaires. » La majorité indignée protestait contn ce nouvel appel à la révolte, et le président rappela à l'ordi l'orateur pour avoir accusé la droite d'avoir jeté aux soldi de la vieille armée le nom de Brigands de la Loire '.
Ce fut im soulagement pour tous les hommes de sens quani M. de Villèle, qui représentait la raison de la droite et lâ " sagesse du gouvernement, vint clore ce violent débat par des paroles à la fois fermes et modérées. Il maintint que des députés qui violaient une consigne militaire pouvaient être légitimement arrêtés dans le flagrant délit de cet acte comme de simples citoyens; mais il repoussa les pouvoirs extraordinaires offerts par M. de la Bourdonnaye :
nVuus coimaissez les êvi^-nemenis , dit-il', vous a ve:t entendu les faits. Les événements sont des attroupemnnts dans la capitale, des attroupe m en (s qui ont pour but du cumpromellre une liberté consacrée et spécialement protégée par la Charte. Le devoir du gouTeruement était de prendre des mesures pour empêcher que ces attroupements ne s'accruisscnt et pour protéger la tranquillité publique et la sécurité di-s citoyens. Deux citoyens se présentent et veulent >îoler la consigne donnée... J'appuie cette assertion sur les faits allégués par les prêopinants eui-mâmes. L'un a voulu passer la où le p.issage était interdit,
1. It fui cotuliM, parl*répon<e raïme de H. Manuel, que jtmiU da IeIIm paroles n'avaicnl élë prononcées dam unn clinmlirc fran^'aiie : « Si le mol n'a paiélj dit dan; la cliambrc. répliqua Manuel, l] a é\i eouvenl dllau dehort, et dant la cliambre ml^me des etprrMalani jqutva'entca ont ét^ Euavenl em-
piuféeg. >