‹ Histoire de la restauration (volume 3)Chapitre 2 sur 122 · Voir tome V, p. 634 et suîy · texte numérisé non relu

Voir tome V, p. 634 et suîy

?. Un ancien membre des sociétés secrèles qui, sous le Gouvernement de Juillet, 8*était fait arûlier aux conspirateurs pour les dénoncer, assure que si l'organisation était identique dans l'armée, les noms étaient difl'érents. « La Haute Vente, dit-il, fut appelée légion, les ventes centrales, cohortes, les ventes partieulières de premier ordre, centuries, les ventes particulières de second ordre, manipules, • (Histoire des sociétés secrètes^ par Lucien de la Hodde,

Hiit. de la RetUur. — T. YI. 3

18 MJ^'IST£a£ DE H. DE VILLELE.

Léon et devenue maîtresse de TEspagne. Il faudrait bien peu connalti*e le cœur humain pour ne pas comprendre Teffet que devait produire, sur ces jeunes et ardentes imaginations, une société secrète qui leur donnait tout à coup une importance personnelle considérable, et substituait à Tobéissance passive de leur étal et aux perspectives modestes d'un lent avancement, une initiative et une influence mystérieuses qui les mettaient au dessus de leurs chefs réguliers, et les chances prochaines d'un brillant avcnii*. L'iirgent même ne leur manquait pas, et, s'il n'est pas un motif détermiuant pour des cœurs un peu hauts, c'est toujours une tentation pour les jeunes gens.

En étudiant les procès militaires de cette époque, je retrouve la trace de ces diverses influences. C'est ainsi que le sergent Bories, que nous verrous bientôt figurer dans un de ces complots, fut affilié à la chai^bonnerie pai* un ancien élève de l'école de médecine, son camarade de collège, et affilia à la môme société plusieurs autres sous-officiers du 45^ de ligne, son régiment, pendant que ce régiment, commandé par le marquis de Toustain, était caserne à Paris. Il n'y avait pas jusqu'à la mise en scène du serment sur le poignard qui, par sa coulem* di*amatique, ne devint une séduction pour cette jeunesse militaire : à cet âge on aime tout ce qui pai*le k l'imagination et tout ce qui grandit l'importance du rôle auquel on est appelée

1. J*ai étudié arec fruil, aoos oe rapport, le procès dei aergenU da la Rochelle. Je me trouve d'autant plus autorisé à pui^^er des détails dans le compte rendu de ce procès, que M. Fouquier, qui Ta écrit pour les Causes célèbres, est un admirateur enthousiaste dea sergents de la Rochelle, et un ennemi déclaré de la Restauration, et que, comme j*ai eu soin de le vérifier, il a puisé pour les faits, pour rinterrogatoire des accusés, aux sources autbei^ tiquea. Or je vois, dans ce compte rendu, qu'au commencement de 1821, Sortes, qui faisait partie du 4S«, commandé par le marquis de Toustain, était €n garnison à Paris; que les af&nités secrètes qui existaient entre les étudiants des écoles de droit et de médecine et les soldais ne tardèrent pas à les rapprocher ; que Bories avait d'abord été initié à la Franc-Maçonnerie, puis à une

GONSPIBATIONS MIUTAIKBS ET CrVILES. 19

Dans la dernière quiozaine du mois de décembre i82i, le comité directeur de la charbomierie, mis en demeure par les plus ardents de ses membres , crut le moment arrivé de frapper un grand coup à Toccasion de Tavénement du minis* tère de droite. Dans TOuest, les Chevaliers de la liberté ^ qui avaient conservé leur organisation, promettaient leur concours et aCOrmaient qu'à un signal donné ils seraient maîtres de Saumur. A Toulon et à Marseille on travaillait les populations, et un ancien officier de la garde impériale, le capitaine Vallée, cherchait à recruter des ennemis aux Bourbons. Dans TEst, àBéfort, à Neuf -Brisach , à Huningue, àColmar, des of&ciers en retraite pratiquaient les régiments. ftLM. Kœchlin, Voyer-d*Àrgenson et Bûchez répondaient de Mulhouse. Un avocat, M. Petit-Jean, annonçait que le Haut-Rhin et le Bas- Rhin appuieraient le mouvement. La conspiration avait des

VeDte Centrale da carbonaflBme, cachée derrière la Loge maçonnique. Tente qni était préiidée par un avocat stagiaire, nommé Baradère ; qu'il fonda luimême dans aon régiment une rente militaire, dont les premiers membres furent trois sergents-majors, Pommier, Labouré et Castille : — u Au milieu de décembre 1821, ajoute le narrateur, la plupart des sous-ofliciers du i5* appartenaient à la grande société secrète. 11 n'élait pas besoin d'y initier les soldats, qui, à l'occasion, marcheraient à la voix sympathique de leurs clieCs immédiats, n

Cette indication est précieuse, parce qu'elle explique à la fois comment le secret put être gardé, et comment la confiance présomptueuse que les sousofficiers avaient mise dans leur Influence sur les soldats fut souvent trompée par ceux-ci qui se montrèrent, au moment de l'explosion de ces mines miH- Uirea, moins entraînés que surpris, ie Tois plus loin que l'entente s'établit entre d'anciens officiers venus de Tempire qui regrettaient le passé, et les jcones sous-oMciers qui espéraient s'emparer de l'avenir; que « Dories était enivré par les perspectives qui s'ouvraient devant lui depuis que le président de la Vente Centrale l'avait présenté au président du comité directeur, au chef illustre du carbonarisme français, au général La Fayette. » Je vois encore cpie « lorsqu'on se sépara, après un déjeuner qui eut lieu derrière SainW ËUenne-du-Mont, à l'enseigne du Roi-CioviSj les délégués de la Vente Cod» traie remirent à Bories une somme d'argent destinée à être distribuée parmi « loi iniaés do «S*. » M. Fouquier i^joute plus bas que le colonel de Toustain avait conçu quelques soupçons à l'occasion de dépenses faites par ses sousofficiers au delà de leurs ressources connues. • Voir, dans les Causes célèbres, les Quatre Sergents de la Rochelle, par M. Fouquier.

raraiiicatioiis jusque dans la paniison de Strasbourg, Ou comptait pouvoir mettre vingt-cinq mille liommes en ligne à Paris. C'était, au fond, la conspiration du t9 aoiit 1821, renouée siu- une plus vast€ échelle, et cette fuis on revenait à la première pensée, qui avait été de prendre l'initiative par des mouvements simultané» dans les départements, auxquels répondrait un mouvement à Paris.

Des le 23 décembre, il y eut im commencement d'explosion à Saumur. L'une des grandes dil^cultés de la t&che de la Haute Vente était de prévenir, au milieu de taut de cratères enflammés, les éruptions isolées. Celle de Saumur n'eut rien de grave en apparence. On appiil à Paris, le 24 décembre 1821 , que le 2.t on avait découvert, dans la ville de Saumur, un complot contre le gouvernement; huit sous-ofGciers avaient été arrêtés, et la conspiration s'était trouvée ainsi comprimée. Bien que la nouvelle de l'échec des conspirateurs fût arrivée en même temps que celle de leur tentative, il y eut une baisse énorme sur les fonds publics: on pressentait que ce jet de lave n'était pas le dernier mot du volcan. Quelques personnes, habituées aux opérations de Bourse, vinrent réclamer des fonds du trésor, pour soutenir la rente menacée par ce qu'on appelait un coup de main dirigé contre le ministère de droite. M. de Villêle répondit qu'il était contraire à son devoir de céder à ces obsessions, et qu'il ne le ferait jamais. Cette ferme déclaration suftit pour arrêter la baisse et la dépréciation des fonds publics, qui commencèrenl à remonter dès le lendemain '.

Les chefs de la conspiration générale regardèrent l'affaire de Saumur comme l'explosion d'un fnsil qui était parti avant l'heure. Ce n'était pas, à leurs yeux, une preuve qu'il fallût renoncer à tenter l'entreprise ; tout au contraire, il fallait se

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