Carnet de H. Je Villèle
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110 MTNISTÈhE DE M. DE YILLÈLE.
sait, dang les républiques comme les Ktats-Unis, et dans les monarchies constitutionnelles comme TAngleterre, que le% partis qui conquièrent la majorité aient part aux emplois administratifs et politiques. C'est ainsi que, dès la fin de la ses* sion, M. (luillhermys avait été nommé président de chambre à la cour des comptes, et M. Josse de Beauvoir conseiller maître. En outre, M. de Béthisy, père du député de ce nom, fut nommé gouverneur des Tuileries, et M. de Castelbajac directeur des haras. En même temps, pour satisfaire les esprits religieux, qui se plaignaient de ce que l'université ne donnait pas assoz de garanties, le Roi ordonna qu'elle fût réorganisée sous un grand maître, et appela à ces hautes fonctions M. Frayssinous, son premier aumônier, dont les conférences à Saint^Sulpice avaient laissé un si vif souvenir dans la mémoire de la génération. M. Cuvier conservait la direction de l'enseignement protestant.
Pendant que le gouvernement, satisfait des résultats de la dernière session, se préparait à ouvrir, le 4 juin, une seconde session qui devait mettre fin aux douzièmes provisoires, les sociétés secrètes qui avaient échoué à Saumur, à Béfort, à la Rochelle, à Marseille, se préparaient à frapper de nouveaux coups. Les procès, qui allaient commencer sur divers points à l'occasion de ces complots, parais^^aient aux chefs de ce mouvement violent et passionné un nouveau moyen d'attiser les haines. On cita longtemps ce mot, attribué à Manuel, l'un des membres de la Haute Vente, et qu'il avait prononcé à propos des sergents de la Rochelle : « Ils mourront bien ! » M. de Bonald ne s'était donc pas trompé en comparant les jeunes gens entraînés dans ces folles et coupables entreprises à des gladiateurs qui meurent avec grâce, tandis que ceux qui les ont poussés dans l'arène regardent d'un œil sec les sanglantes tragédies dont ils devaient recueillir les fruits. f4ette fois, un assez grand nombre de ces conspirateurs, trop com-
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proHos, s'apprêtaient à transférer leur cbanip de bataille en Espagne ; ils pi'évoywent, dès lors, que le gouyemement de Louis XYIII sertit fatalement conduit à une rupture avec les révohitionnaires de Madrid, et ils comptaient au besoin rendre cette rupture inévitable. Ainsi ceux qui avaient tant attaqué rémigration se préparaient k émigrer à leur tour ; ceui qui avaient déclaré impie la guerre faite aux soldats français dans les rangs d'une armée étrangère allaient entreprendre, par des motifs différents, une guerre analogue à celle qu'ils avaient amèrement blâmée. L'histoire est pleine de ces contradictions. Vers la fin du mois d'avril on comptait des réfugiés français dans les bandes révolutionnaires qui se montraient en Catalogne sur la frontière franco^spagnole ^ et Ton arrêta, vers la fin du mois de mai, un banni politique ^ qui, venu de l'autre côté de la frontière, avait préparé les moyens de s'emparer de Saint-Jean-Pied-de-Port.
On peut dire qu'à la fin de la session l'immense majorité des intérêts et des esprits en France était suspendue entre deux craintes : la crainte de cette portion violente et anarchique de la gauche qui, dédaigneuse des garanties constitutionnelles, ne songeait qu'à renverser le gouvernement royal les armes à la main ; la <:rainte de quelques esprits excessifs et chimériques de la droite qui, sans songer à exercer aucune action matérielle, se donnaient le plaisir de développer le programme rétroactif de leurs utopies rétrogrades. Ije tort des hommes sensés du centre gauche était de ne pas renier hautement leurs dangereux auxiliaires. Le tort des hommes Sensés de la droite était de ne pas rompre asscK ouvertement en visière avec les visionnaires du passé qui, comme le comte de ^Iontlo^ier, insultaient la classe moyenne et proposaient de