‹ Histoire de la restauration (volume 3)Chapitre 31 sur 122 · PROPOSITION CORTBE H. MA9GI · texte numérisé non relu

PROPOSITION CORTBE H. MA9GI

Le soir, .M. de Mllcle avait une réception. Tout le coipà diplomatique y parut, et le ministre fut complimenté sur son succès qui était quelque chose de plus qu'un succès de tribune'. Le Hoi lui témoigna, le lendemain, sa satisfaction, quoique le juur mi^me M. de Saiut-Aulaire eût déposé dans les fornies régulières la proposition « de traduire à la barre de la rhambre le procureur général de la cour de Poitiers pour répondre à l'accusation portée contre lui de s'être rendu coupable d'offenses graves envers la chambre des députés et être cuodamoé aux peines portées par la loi du 25 mars 1822. n

Daos cette proposition, de M. de Saint-Aulaire, il ne s'agissait plus, on le voit, d'une enqui?te, et M. Royer-CoIIard, qui proaoDça à cette occasion un beau discours écrit dans cette ^inde langue politique dont il avait le secret, recotmut que lorsque le ministre des finances avait dit qu'une enquête parlementaire ne conduirait à rien, il avait eu raison. Mais il ajouta qu'il avait eu tort en disant : a Laissez faire à la juslice. » La justice n'arrivei-ait à rien par les débuts de l'audicDce tant que la vérité ne serait pas connue. Le seul résultat à poursuivre, selon l'opinion de M. Royer-Collard, c'était donc de faire respecter par la magistrature la dignité de la chambre offensée dans plusieurs de ses membres, et notamment dans l'un d'eux, — c'était le général La Fayette, — en parlant duquel ^I. Mangin avait dit, en dénonçaul ses rapports avec plusieurs des conjurés : u Le fait est prouvé. » M. Royer- ('ollord lirait, selon son habitude, toute une théorie de métaphysique politique de la loi du 25 mars 1622, qui autorisait les chambres à appeler h leur barre ceux qui les auraient offensées, sans user de la poursuite ordinaire, en jugeant et en

I. On lu au Rijel de «elle «éonce iliriB le nrnel de H. de VillËle : i Le Ois du miolilre auiiliil te JDur-1ï i la néaoce. Il le louvlent IrJu-blen de la ilupear doal retia fragipée l'opposllioii et du mutit qu'oblinl le Ulicoun t]*D> la pabllc lrè»-rotlj des tribunei. «

HiH. de 11 Rnliuc. — T. VI. 11

I6S MINiSTÉHE; 1IE H. DE VILLELE.

punissant elles-mî^mes sbuveratiiemcat les uiïense^ commises contre elles. Selon lui, cette loi n'avait pas seulement poiir objet d'iifiranchir les chambres de la nécessité de recourir aus tribunaux pour la protection de leur honneur et. le maiatiea de leur diguil«, en prévemmt le cas d'uoe dissidence [icheus^ entre les chambres se plaignant d'être ufftnsées, et les trtbunaui n'apercevant point cette oITentie et refusant de la poursuivre. L'objet spécial de la loi était de sauvegarder l'inviolabilité morale des chambres contixi les tribunaux eux-m

■ Ce n'est puiut coDirc les abus <le la presse, disait l'orateur, qne 1^^ loi veut Qiettre à cuuvcrl l'inviolabilité morale des chatubrcs, c'eA contre les tribunaux ; en un mol, ce n'csl pas la dignité des chainbm ({D'elle venge, c'est leur indépendance qu'elle établit ns-à-vis du pouvoir judiciaire. Sans doute la lui u'a jioint ignoré ce qu'il y a d'àtraordinaire, de despotique même, dans cette attribiilion ; mais s'élevant à de plus hautes pensives, ayant en vue les dangers que peut faire courir aux chambres l'autorité judiciaire, elle a cm que la stab)tilé des institutions était b ce prix ; elle a créé on faveur des curfs qui partagent la souveraineté, un privilège redoutal)le, mais nàccssair^ Ce privilège est le irompléraent de l'article Ha de la Charte; avnc cet article et la !oi du S? mars, tes chambres sont désonnsii hors de lutrtt atteinte judiciaire; eUes ne maintienDent par elles-mèineii, et, ptf cUes-mâmes, elles protègent leurs membres. Ainsi nous devons avoir sans cesse en regard cette vérité à la fois constitutionnelle et légale, que le pouvoir judiciaire est l'èeueil naturel dr Tin dépendance des chambres.

C'était, on le voit, pouiïser à l'excès le principe de la loi ^ 2S mars édictée pour rendre les chambres juges suprêmes de leur dignité, mais non pas pour les rendre jauges des tctes du pouvoir judiciaire, en créant un antagonisme dangereux etitre deux pouvoirs chacun indépendant dans sa isphàoe. M. Royer-CûUard, après avoir dénié au procureur général le drut de faire passer dans l'acte d'accusation ce que la chambre de mise en accusation avait laissé dans Finstniction , en le mettant par là-mérae, disait-il, en dehors du jjrocès, répoi

PROPOSITION GOITRE M. 1IA!IGI5 l M. ROTER-COLLARD. 163

à cette objection, qu'en mandant le procureur général à sa barre, la chambre n'annulerait, ne modifierait, ni ne suspendrait Taccusation. L'action judiciaire suivrait son cours, et la chaDibre, loin d'usurper les fonctions légales du procureur général, le punissait d'en être sorti.

Puis Tenaient des considérations empruntées à la politique. Les lois protectrices de la dignité de la chambre et de ses privilèges existaient surtout en faveur de la minorité qui remplissait, à ses risques et périls, une mission si difficile. S'il était vrai qu'une faction pouvait pénétrer dans la minorité, il était vrai aussi qu'elle pouvait, et bien plus dangereusement encore, s'établir dans la majorité. La majorité avait uu moyen simple et naturel de prouver qu'elle était pure de Tesprit de îàctioay c'était de se montrer juste envers ses adversaires. Cette justice devait s'erercer envers les qi^Are députés aûCMfiés par le procureur général de Poitiers sur l^ oui-dire d'un contumace. Sans doute il n'y avait pas de comparaiscm àélsJ^lir entre les excès et les malheurs possibles sous un gouvernement légitime et régulier et les excès révolutionnaires. Ceipemdant il ne fallait pas oublier que toutes les proscriptions avaient coounencé par des accusations sans preuves possibles et des accusateurs inaccessibles, insaisissables, inviolables. C'est aiim qu'avaient été frappés, pendant la Révolution, les proscrits du 3i mai et eeux dki 1 8 fructidor. IL Royer^^oUard terminait son discours, chef-d'œuvre de modération dans la forme et d^ostilité dans le fond, en s'étonnant de voir le mioistère surpris qu'on fit remonter jusqu'à lui la responsabilité « de la diffamation judiciaire, » commise par le procureur général. ÎTavfflt-îl pas lui-même proclamé la servitude politique des !(Kicti£wnaires? C'était une allusion aux principes développés par M. de YiUèle dans sa circulaire et à la tribune sur le concows que le gouvernement était en droit d'obtenir des fonctîpiuûiaires dws les ékctions ; eonjtusion évidente et malveijir

|G4 MIMSTËHK DR M. DE VILLKLE. ■■

lante, car il n'y avait aucun rapport entre les cpiestions électorales et les questions judiciaires.

La discussion se prolongea. MM. Courvoisier, la Itourdoanaye et de Vaublanc répondirent à M. Royer-CoUard que M. de Martiguac avait précédé à In tribune. MM. Tripier et ManuH ioteninrent à leur tour dans !e débat : le pi-emier en se tennnl sur le terrain de la question légale, le second en cherchanl toujours à ramener cette pensée que si les institutions étalent renversées et corrompues par ceux dont le devoir était de les faire respecter, on ne saurait accuser les hommes qui se réfugiaient dans les révolulîons, seul asile qu'on leur eflt laissé. Celait une étrange chose que ce conspirateur éraérite veaaol se plaindre ainsi à la tribune des attaques dirigées contre les iustitiitioDs , au renversement desquelles il travaillait dans l'ombre, et bénéficiant ainsi de l'épaisseur de cette ombre qui l'avait dérobé aux recherches pour se faire accusateur, lorsqu'à plus juste titre il eût été accusé.

Le discours de M. Royer-CoUard avait produit une vive impression par l'élévation du langage et la hauteur de ses pensées, mais il n'avait pas détruit deux objections de M. de Marlignac contre la proposition de M. de Saint-Aulaire. La première sous une forme spirituelle allait au fond des choses :

« La chambre, avait-il dit, n'a jias le droit de statuer sur la proposltiun qui lui est soumise ; t'artiilc qui l'investit du privilège d'appeler à sa barre ceux qui l'auraient outragée par des écrits uu des paroles, ne saurait, en aucun cas, s'appliquer h des magistrats écrivant dans l'eTOrcice de leurs fonctions. Le principe de la division des pouvoirs s'y oppose d'une mani<!re ahsiiluo. Et puis ce n'est paa en enlevant de son parquet un magistrat au moment où il est appelé A remplir les importantes fonctions que la loi lui a conférées, que vous pouvei réparer le tort qui a éKî fait à quelques personnes. No pourrait-on pu même induire de cette discussjon que le projet est de faire une division utile en faveur des accusés, d'influencer les magistrats et de jeter le trouble dans l'àme des jurés î Ce soupçon serait odieux, j'en coavii-ns, mais il pourrait s'élever. N'est-il donc aucun autre mojen de

ELLE EST BEPOUSSÉB PAS LA QCESriON PBÉALAIILe. 163

rassurer l'oiiiniun f 11 un est ud, tuut siinplL-, lunl naturel. {Juk leu» qui se plaignent montent à cette tribune ; qu'ils y viennent pruUister il la face de la France, de leur amour |>our le Roi et la lêgîtimiU', de leur borreur pour la trahison et la ri'volte. Voilà ce que je ferais, si j'étais dans une position semblable à celle où se trouvent qudques membres de cette chambre, et, conlianl dans mon innocente, j'attendrais avec resfH'Ct la décision des tribunaux. »

La gauche était demeurée sourde à cette mise eo demeure. 'Quelques voii indiscrètes avaient même Tait entendre sur ses bancs ce cii : « Allons doncl » La droite, empressée de la saisir dbDS le flagrant délit de son iQcouséqueoce, avait répondu par cette interpellation : « Ah ! vous refusez? « Ce à quoi des voix d*: gauche, parmi lesquelles on remarqua celle du général Foy, répliquèrent ; « Nous avons prélé serment, faudra-t-il nous mettre à genoux ? »

M. de Martiguac avait ajouté à cette mise en demeure, qui plaça la gauche dans une situation difiicile, une observation grave : N'était-il pas possible que plusieurs hommes faibles et crédules eussent été entraînés dans l'insurrection par ies noms des prétendus membres du gouvernement provisoire? 81 le procureur général eût dissimulé ces noms, il aurait donc manqué à ses devoirs, non-seulement envers le goii- Tcroement, mais envers les accusés eus-mémes.

L'ar^menl était à fond et ruinait tout le système de M. Koyer-Collard sur la séparation complète à établir entre l'acle d'accusation et l'instruction. La connaissance de celle-ci était surtout nécessaire aux jurés pour apprécier le caractère et le degré de la culpabilité des prévenus, el par conséquent il était vrai de dire que l'instruction devait se réfléchir dans Tacle d'accusation.

M. de la Bourdonuaye, qui avait à cœur de réparer son dernier échec, fit remarquer en outre combien il était étrange que, dans un pays où l'égalité devant la loi était le premier des droits, ou vouli'it établi]', en faveur des députés, un pri-

166 MlSISTfeRÏ DE M. DE ïrUÈtE.

vilégc exclusif do toute justice et de toute équité. Il disait vrai. Comment, en effet, ne pas voir que, si l'oa adoptait ua pareil principe, tes magistrats , exposés à se voir mandés à la barre de la chambre, reculeraient toutes les fois qu'ils rencontreraient dans une instruction un nom parlementaire. Encore moins se décideraieut-ils à demander, même avec de grares indices , l'autorisation de poursuivre un député, pius exposés que jamais, si la chambre ne souscrivait pas à cette ' proposition, h se voir traduire à la barre de l'.Vsserablée comme calomniateurs. M. Royer-Collard n'avait pas aperçu qu'en poussant sa théorie à ses dernières conséquences, on arrivait h créer une espèce d'idole parlementJÛre, sur les aiH tete de laquelle les droits de la justice eUe-méme étaieuls»crifiés, M. de la Bourdounaye ajouta une considération qui, pour avoir un caractère personnel, n'en était pas m<^Ds juste, Comment ceux qui chaque jour se proclamaient, k la tribune, les protecteurs de toutes les révolutioas, se pla%tmient-ils de ce que les énergumènes de leur parti se servaient de leurs nonis pour colorer ieiu-s entreprises? Pottvait-on s'étonner que, s'eialtant à la lecture de discours imprtidents, les factieux invoquassent pour leurs chefs ou adoptassent comme moyens de succès les noms des orateurs qui se faisaient sans cesse les échos de leurs plaintes et les organes de leurs opinions? Le chef de l'extrême droite termina par quelques paroles vagues, fatidiques , dans lesquelles i) se posait en protecteur du cabinet, convié à prendre « des mesures générales promptes, énergiques; B il l'avertit que. « bien qu'il eût fait peu encore pour justifier les grandes espçfauces qui l'avaient accompagné au pouvoir, le salut de la France el celui de l'Europe étaient dans sei; mains. »

La chambre, que la lassitude commençait à gagner, vola, Jiune majorité de 2â6 voix contre 127, la question préalabfei.

Le dernier mut n'avait pas été dit cependant. Dans cettÉ

LB PhEtOIBE nëpOKD A LA T&tBL'HE : PAHOLKS HE M. HAÏÎGIN. t67

époqm de passion politique, la tribimt; interpellait le prétoire, et le prétoire n'hésitait pas à lui répondre. Le procureur général Mangiu n'accepta pas les leçons qui lui avaient ét^ données, encore mcnns les injures qui lui avaient été jetées dans la discussion parlementaire; sa conscience de magistral se révolta contre celte impunité morale, réclamée par des hommes parmi lesqtiels il y en avait auxquels il ne laissait qu'avec regret et malgré lui l'impunité judiciaire. Dans l'audience du 5 septembre 1 822, à la fin du réquisitoire qu'il prouuuça dans le procès du général Bertun, il adressa aux censeurs de sa conduite cette terrible réplique :

■ BcrUin et ses complices ne sont-ils pas les airenU de Giins|JirateDrs pliis puigs&nts qui se carhetil?

a BertoD, eD parlant du gouvernement pruvbuire, a nommé La Fayette, Laffitle, Benjamin Constant, d'Argenson.

( QuHaoomsa-t-ondésignésiWoffeld quand on voulait le corrompre pour qu'il embaucbit le riment de carabiniers de MoMSUua? La Fajette, Benjamin Constant, Fo,v, Manuel, Larfitte.

0 Qui devait prendre le coramandemeiil de l'arnioe, d'après ce que Heloft a dit à Mairett La Fayette et Foj-

« Quels noms sont prononces dans toutes les conspirations? Les mêmes noms.

B Cst-ce seulement u leurs diseuurs que ces hommes doivent de voir Icucs noms invoqués dans toutes les conspirations, ou sonl-îls r^cUeneat ks complices volontaires de ces crimes?

a Sans doute des homme» qni, du haut de la tribune, en appellent à l'éner^ de la nation, à l'insurrection ; qui, à la face de la Frsnee, décrient qn'elle n'a reçu qu'avec répugnance la famille de ses rois, ces hommes sont exposés, quelque innocence qu'on suppose à leurs intentions, A voir des malfaiteurs s'armer de leurs noms.

« N'j u-t-il contre ces hommes autre chose que ce que j'ai traité (Timprudeuce? La vîlle de Sauraur était calme. Benjamin Constant se présente dans ses murs : que vous apprenaent le maire et le commissaire de police? Ils vuus disent i Benjamin Constant arrive; aussitôt le <lcB«rdrt secoue ses torcUcs, eu dix mois, Iruis consjMnttiuns s'ourdiMent.UaDstroiadÉcliu-ations successives, Baudrillet, qui s'est rétracté depuis, a avoué qu'il avait éh» présenté au général La Fayette. Grandméuil, qui l'a présenté, l'a dit fi WolfeM. BandHIlet, qui a été présenté,

i&^ HINISTËHE DE H. DE VILLÈLE.

l'a dit |)ar trois fois ' . Que voulez-vous de plus pour dire que ce fait ertl proKvi ? Faut-il l'aveu de M. le marquis de La Fayette î

« Les preuvL'S murales abondent dans la cause; mais les preuves matérielles, les seules sur lesquelles puisse se fonder une aetiou judiciaire, manquent. Ce n'est pas parée c(ue ces hommes sont innocents, c'est parce qu'ils se caclient derrière leurs agents. On dit que nous aurions pu nous dispenser de nommer ces hommes. De quel droit nous dispenserions-nous, dans une alTaire de conspiration, de faire connaître aui jurés sur quels appuis comptaient les conspirateurs? Nous devions vous apprendre que plusieurs de ces accusés ont été trompés, précipités dans l'abîme par ces noms d'hommes puissants, parce que cette considération peut vous disposer h quelque indulgence pour les accusés...

« Ils ont dit que nous (happions par derrière, qu'il y a^aJl

lâcheté, perfidie. Ils savaient bien que la main judiciaire qui s'est appesantie sur eux ne fut point celle d'un Uche. Les lâches, les perfii sont tous ceux qui précipitent dans l'abimc des conspiration!, hommes qu'ils trompent, abandonnent et désavouent '. d

ppe^

Ces mâJes et fortes paroles étaient proponcées, il importe di ne pas l'oublier, dans les assises de Poitiers, par-devant le; quelles avait été envoyée l'affaire de Berton, et en face

I. Lo rélracutlon de BaiidrlllBl ét«U un niBriBonge oHliHeux, i]mIIi(.I ei]ip{>cher M. deLi Fajello d'èlre cunipronU. • Do nouvelle! rénexiooi cl )«^^ raiwulli de son co-wusé Delalande, dit 11. Duvergter de Hauranne, arKlent -^ fiil comprcndru k Baudrillet qu'il avait conimls une grande fauLe. et II avait ré*olu d« U réparer. Quand donc, d«n> le coura de ton second fntcrrn^lotre, ^ le juge d'inilrarliau, aOn de m1eu< (onalater le Ml, lui avait demanda le^^^^^ ■iRnalemenl de M. Je La Fayette, Bauilrillel avait répondu par un portrait^ qui ne reiBemblilt en rien i l'original. C'élall, avall-il dil, an homme de^ quarante à quarnnie-cinq ana, ilonl la Hgure jtail pleine et qui avait de io

! Jugo d'<n8trui:Iloii lui reprrÏBentall que M, de La J iDut autre : • Alors, avnluli dit, c'eil que l'on m'a trompé, et qoe-^ U. de La Fayette. > {IliKoirc d»

Fayette élaii

L VI, p. 108.

3. Juique-I^ le procureur (-énéral Mangin restait dans les llmilcs d'uot ^ Julie dérenaej mair, sous le coup do la p«»ion politique dont presque loui le*.^ hommea de ce lemps Alaienl aniiués, il eut le lorl d'ajouier : s Lps llchea el ^ lea perfiduanonlecuiquidormcnl, lorsque l'infortuné monarque qu'UadeiTaienl proti^ger te déliai août le ter des atsatains ; ceux qui rectient les Irâson d'un usurpateur, d'un souverain déIrAné. el s'en servent pour aoudover des eooqii- ,gln

la tlUTan

fi cl de rinjur

PBOCÈS, COUDAIIRATtOdS ET BXÉCITIOHS. 1C9

assisËS de Paris, où se poursuivait l'affaire dite des sergeuts de la Rochelle.

Il serait caos iotér^t, aujourd'hui que la réalilè des deux coQtipirations et leur véritable but sontavuués et connus, d'eutrer dans le détail de ces deui procès ; il sufiira d'en caractiiriser la physionomie. La défeuse de Rertou fut emphatique et Faible; il se débattit coutro l'évidence et essaya de cacher sa \-eritablc entreprise derrière un prétendu projet de rameuer le gouTeraement royal dans les voies du régime constitutionnel. Suivant lui, « le mouvement de Thouars n'avait pas pour objet le renversement du gouveniemenl, encore moins pouvait-il ôtre dirigé contre la personne de Sa Majesté, puisqu'il était l'œuvre des Chevaliers de la liberté, dont les statuts portent que l'institution a pour principal objet le maintien de la Charte et la défense du [loi. « L'invraisemblance et la maladresse du système de défense adopté par Berton, qui nia d'un cAlé qu'il eùl été le chef du mouvement, et de l'autre prétendit qu"U n'avait pus celé son nom quand il était venu demeurer chezCaffé, médecin à Saumur, furent fatales h ses compliceB, En vain le président des assises et plusieurs jurés ' lui firent remarquer qu'il Otait toute excuse à ses coaccusés , en préludant, d'une part, que son nom leur était connu, et, de J autre, qu'ils n'avaient pas cédé k la haute impulsion d'un général revêtu de son uniforme et leur intimant l'ordre de '« saivre. Berton persista, se plaignit d'être jugé par des en- ■ïeniie, des chevaliers de Saiut-Louis, adjura ses juges de ne pas renouveler les temps de Carrier et de Lebon , et ne re- ^'ouva son courage et sa dignîlé que pour mourir. Le 13 sep-

1. Cet aiertlui-nipnU, dotitiAn ï Berlon par plu«ieiir> jtiréa, répondent, ee •"«lilï, k la praluUUon qu'il 111 conire la componlUon de i-e jury form* eiclu- ''▼«neol, wlon lui, d'Jmlgrfi El dv dn^tallers Je SbIiiI-LouU. Il ne «emble pu 1"' 'm liummsi qui âuanal«nl cet ai«rlla»«nirnl ;iii prinelpnl »pcatf lasmnl *"'*D#j dn puiiani liiiplacal,le«.

na

MINISTÈBE DB )

ItE VOIiELE.

tembre, son aiTêt de mort Tut prononcé, etcinij de ses coacci ses, Caffé, Henri Fradin, Séiiéchault, Jaglen et Sauge fui coDdamnés à la mâme peine; trente-deux autres aecu^iéB, parmi lesquels était le colonei Alix , furent condamnés à un emprisonnement qui Tariait de un an à cinq iins. Cafië, qui devait être conduit au supplice avec le général Berton, sur ta [^ace publique de Thouars, le 5 octobre , s'ouirit ime arl avec son bistouri et mourut dans sa prison ' . Sauge et farent exécutés à Thouars le 7 octobre. Les femmes de chanlt et de Fradin, accourues à Paris, obtinrent la commi talion de peine de leurs maris en vingt ans de prison poi le premier, en quinze ans pour le second. U y eut en outre de* condamnations à mort prononcées par la cour, jugeant sans jury contre des contuma^e:^, parmi lesquels était ce Grandménil, qu'on a tu prêt à jeter sa perde indignée aanù- IJeu dm) débat violent de la chambre.

r.'était beaucoup de sang versé. Les esprits modérés, dans tous les partis, voyaient avec peine se dresser k la fois c«S échafauds politiques; mais les esprits modérés sont toujoun les moins nombreux. En face des périls que courait la monarchie, le sentiment du plus grand nombre des royalistes inclineit à la sévérité. Il y avait dans l'organisation mystérieuse de Ib charbonnerie quelque chose qui, frappant les esprits d'une crainte vague et presque superstitieuse, ne prédisposait pas à l'indulgence. Les réquisitoires de MM. Bollort, Mangin, Marchangy, de Broë, en appuyant sur le rrtté sombre et téDcbrem de cette organisation secrète, en montriuil ees lames de p«tt-v gaard qui luisaient dans l'ombre, ces serments terribles, ci

I, u. drVillèiBnconIfldani «on jounul poUliqBa<|iic H. Benjamin ConilMit loi ^rrltU uns Icltre pour hil offrir d« m putiil «c tiréiUDltr lut élcottonc^ ■U^cnl ■'ouvrir, li l'on voulaiL liire ^riri! k CrnSé. i|ui ualt iié md Mta. Le nlniiifère ne |)oa*ilL pas arrsgitcr un marché d« ce g«nrB ; N. BenjanAl ■

Conalaiil ne rrcul iiaa iIh ri^notiau

ïROcks »RB ma9tsn ne la rdchblle. 171

vaàle orgaiiisattoD dont les ramitications H'ét4)ndaii>u[ en Italie, en Allemagne, en Stiisse, en France, eu tirèce môme, disaienlils, ftTaient ajoulé à l'ébranlement di-s ima^nationâ. Parmi les ,)oiirnau\ de droite, il y en avait dein, le Drapeau blatte et la Foudre, qui exprimèrent hautement des sentiments contraires b tii clémence. Ils voulaient que le gouvernement royal se moalrât anus oitsi^ricorde envers des ennemis sans tnurci.

tl faut dire qw de leur côté les accusés, et plus encore leurs amis, rendaient )& cl<:meQce dtflicile. Le gouvernement comme Ift justice sentaient qu'ils étaient en face d'une vaste couspiratitra dont les chefs suprêmes demeuraient iuvisibli^. et, chnque fois qu'on croyait avoir mis la main sur un (11 condocUiir. il se rompait sous la réponse des prévenus et des témoioa qui ne cr<ugnaiunt pas de se démentir. C'était un systdme. 11 n'avitit pas été difficile de l'apercevoir dans le pmeès de Berton ; il fut pratiqué encore avrc plus d'audace e( d'ensemble dans le procès des prévenus de la Hochelle.

Sous le coup de la première émotion, trois des chefs de la Tente militaire, Pommier, Uoubaiu et llaoubt, avaient fait des «veux complets en conHrmant les dépositions de pluacore de ceux qu'ils avaient un moment entraînés et edles des témoins. Ils avaient mfime renouvelé ces aveux doiis des écrit* autographes et signés de leur main'. Bories était

J. LMmagUtraUlDilmrleurdivalenlilléUU. Debellejmi el deCuaiDi. Pomndernidaïunnslruolloncelaïeu qui ne pouvait Ulmer jiucun Joule : a llppuii notre «rrtT*e a la Htiehelle. n«a> nous «llemlluns ton» 1«* Jours à exfeorer le «H«^«l. Nou* daiUtuaiUUir Irula [io»{u ilaaa le voUloage <let cueriie*. raïapMéi de «HU-orBriera et de uolilnls, snr leaiiuels dous pooïloiiB conijilep pour «mptctier le* ancien du r*etmonl da te rendn im euïro-». Lp« vlHve» d'aienlour .leialenl tuivre U Ravhelle ; Berlon, stlendu ilana celle %ille, ilEvail y tUmter kdripean trluolor*. Dories, «janl élé romhitl à la Imir, rendit mi tawfian* 1 Gonbsin. • {Proet* df Sergnui de la Hochelh, p. lï.) Lu avnii ie Rwalt, UoulMrin, ■>« rniwM fo* m*n» ciplicires. • Hémni, eoBUiiM H. fMiqaier, Dnil (uir loul avouer. Le S D*r[l, devant le pr^el de poUee, et le 13 «vrll. deoRl lo )u«e d'Iwtmflioii, tl reronnu' aïolr Tait p«rHu d"one VMia i|«i H réaidtult eliei Ittatiire; il déilara qui: Uurii» élail di'puti' à

mrSISTÈBE DE H. DE VILLÈLE.

demeuré impénétrable. Le capitaiue Massiitl, resté prudemment sur ramère-plan , s'était contenté d'opposer une^ dénégation laconique à toutes les questions qui lui avaient été. posées, et l'avocat stagiau-e Baradère, président de la vente centrale, qui avait été le lien entre la Haute Vente et la vente militaire du 4S', avait observé la même ligne de conduite. Quand Bories se retrouva à la Conciergerie avec- ses coaccusés^i 11 leur remontra, comme l'avait faitDelalandeàDaudrilletdaua le procès du général Berlon, qu'ils avaient commis une grande^i faute en parlant. Il ne leur restait qu'une chose à faire, c'était, de rétracter à l'audience leurs dépositions, en affirmant qu'oi les leur avait arrachées par l'intimidation et la violence. Pei être ne se sauveraient-ils pas ainsi; mais du moins ils sauvt raient la charbounerie eu empêchant le gouvernement âfii remonter, par la vente centrale présidée par Baradère que les dépositions des trois sergents et celle d'Hénon avaient compromis, jusqu'à la tète de l'institution qui était la Haute Vente. S'ils périssaient, la charbonnerie les vengerait un jour.

L'éclat, et, disons-le, la générosité de celle conduite tentèrent ces jeunes cœurs. Us s'exaltèrent à l'idée de jouer envers une société puissante le rôle de prolecteurs et celui de martyre d'une idée. Presque tous leurs avocats, — c'étaient MM. Barlhe, Mérilhou, Mocquart, Berville, Delangle, Chaix-d'Est-Ange, — appai'tenaient à la charbonnerie. MM. Mérilhou et Barthe, deux de leurs plus éminenls défenseurs, étaient membres la Vente suprême. Ils avaient donc auprès d'eux des conseillers, qui les fortifiaient naturellement, avec un zèle qui n'était pu^ complètement désintéressé, dans cette résolution ' . Ce systèi

eeUe veole mmoie pr^ildeol d'une vente millUIre... Le but du In »ee1e, «joat»' l-ll, iuil do conquérir 1» liberlé k main armée. Il ,v atail de» Tues divarBanlM du» U charbonnerie : let une tuulnienl la IIéiiublii|ue, 1e« aulrea Ka|ioléon ]l ; nali OD l'entendail sur un potnl, c'en qu'il FalLiil d'aboM allaquer le goavernemenl del Bourbons, n {Procfi des Senif.nli de la RiclieHc. p. 1 1.)

I. M. Fouqulcr, le conllnualeur de VAanaairi: àe Lemr. Irèa-CavoraUs

lie, l«rs.H

rnocis des sergents de la roceelle. 173

les dévouait iDÎnillibleineiit h une condamnation, car si les prévenus pouvaient Dier les rapports qu'ils avaient eus euxmêmes avec les dignitaires de la charbonnerie et retirer leurs témoignages eu accusant le général Despinois, M. Delaveau, préfet de police, et même les juges instructeurs de les avoir violentés, ils ne pouvaient détruire tes dépositions des nombreux témoins qu'ils avaient tentés d'entraîner ou entraînés un Instant dans leur conspiration. N'importe, ils avaient Tait leur sacrifice, ils le maintinrent. Le plan habilement combiné, — et avec des hommes qui tenaient la tète du barreau de Paris il ue pouvait qu'être habile, — fut appliqué avec beaucoup d'audace, d'ensemble, d'eutrain et de présence d'esprit. C'était une espèce de conspiration juridique qui succédait à une conspiration politique ' . Le carbonarisme siégeait sur le banc de la défense comme sur le banc des accusés, et la salle même était pleine de carbonari, jeunesse enthousiaste qui venait soutenir de ses sympathies et de ses suffrages la fermeté des prévenus. .Vidés par les avocats les plus célèbres du barreau de Paris, soutenus par cet auditoire bienveillant, ils avaient en outre la bonne fortune d'avoir pour président des assises un hocame d'un caractère doux, modéré et même un peu faible, M. de Montmerqué, qui ne dissimulait qu'à demi l'intérêt que lui inspirait la jeunesse des accusés, le plus âgé des quatre

<]*àilleure, aui Sergttnls Je la RoclielJc, en Tatl la rcmaniiia ilani le coin)ile rendu âe leur procAt : ■ Voll^ l'immolation (|U« propou Borici, dit-il, le ttiùirem nienBonge qui Ciil ac»pié par Igiis Bm camsradeii. Ce Tut auisl le contefl que leur ilontiirenl leur* aïoeala ; el on peut bien Taire remarquer l'inl^rCI que pluiieurt d'entre eui «valent à FequelocotiBell rùleultl. M' Batthe |Hr CMOiple el H> Mérilhou taiuiient patlie du la Haute Vente. •

I. ■ Celle réuliillon prlio, dItH. FDuijuier dans la relation du procès, le» prJieDui de la Roelielle «e partagèrent eo deun rnmpa. Le irapitalne Mauitl el lei prévenus clvlli s'ilolirent dei aulret; lloHcs. dont la prudence jtsll plus grande que celle de tes eompagnons, lervit d'interinédlulre aux deux groupei. Hénon, le >eul préTenu dvll qui efit avou^, promll lu r^tractalion la plus rormelie.

ili NIKIRT^FIB DE M. DE VIU/ELE.

àergeols, Boritis, avait vingt-sept ans, et qui duunait k Ir Aâhase tout* la latitude qu'elle pouvait déàrer '.

M. de Marchaugy, qui dung l'acte d'accueaiiun s'était coot«alé d'oxposer les faitâ de l'iostructioD c>q les groupant autour de la conspiratiou générale du carbonarisme dont il avait ri'^tracé à grands ti-aits la marche, fut plus vif, plu» pressant, plus magistral dans i^n réquigitoire, qui <>.st resté un des muDumeats judiciaires du cette époque. AprÈs avw établi l'existence du carboDarisme comme une vaste société secrète organisée contre les gouvfrnemeDts, et y avoir raUA- ' «hé lesdernierscompJutseten parIJculierceluide la Hocbellm ' U répondit ainsi aux défenseurs qui appuyaient sur la coA' J tradiction existant eatre la grandeur de l'enlreprise et l'iiBr | puissance des prévenus assis sur les banfs de la cour d'aselieu ,

a l>m>[;cupéa de t'IdL'c d'une cunsiiiraliùii hardie et d'un bouleve^ I sèment gémirai, nous dierchonssur ces bancs de puissantsinrtigatnai^j dee hoimnes dignes par les sédueliunB de leur wpulenoe on le bmit4>.n iour rcHununiie d'asiiJier aux promolione de la révullâ, d'obteoir ICR J courti^s faveur de la l'uvidutiuu, d'cxpbîter k leur prulit dos division 1 înteslines, et ecpcudant que vijjous-nuus ici? Des èlres obscurs, i jeunes i^ns é)çanjs, des soldats sans nom. Que [touvaiont-ils donc par euirOlCauMÏ Bien, s'écrient leurs défenseurs. S'il est vrai, memautt, que les ftccusês n'aienl j)u rien tenter d'eui-uiéuieB, leur pro^ tnsv^ (jsance sera lu preuiiiTi; démunslralioii ']ui couvrira toute la discusrioQ ■ de sa lumière ; c'est qu'ils Taisaient partie (Tune aEsociation flagrantt | dont la force était dans le nombre de ses adeptes et dans la œ79l6*~l rieuse iniluetiee qui les faisait mouvoir. Fanatiques instruments d'à volonté étrauj^èi-e, ils ne |H»ivaient rien isolément; ils pouvaient b coup en concourant à une action simultanée, et lorsipl'on voit les af^^ minels projets de la Rochelle coeiister avec ceui de Béfort, dcSauiSiir,| Nantes, Thouars, Brest, Suint-Halo, Toulon, Strasljourg, oa dpidn^«

I . Ja U-oavB ta aole siilvanle lur le eameL lie M. de VillËle : ■ Oa UiiIruK ' l'iiHUrc 4e» nonjuréa lie la Hoclielle tlevaul la Cour d'euUea de la Salue. L'w^ daeu dM acciiBé* et de lEurw dâfirnerura piiue totlacrojanctt, A l'iisunumt àm iiiM, à lu [uibletM du pn&iideDl ut du mjnutice public, ou pourndl «rolia <|ai COI donnieri *ont aur la teilelle «{ loa primlen «ur te Mliiiiial. Btalliaur w gouvernemenl niosl BeeuuJii I a

PROCÈS DES SERCEKTS DE LA BOCHELLE. 475

comment, sans un crédit notoire, sans \xnv haute capacité personnelk, tant du faibles roseaux auraient, en s'unissant par un lien commun, formé le sanglant faisceau des décemvirs.

Plus loin, H. Marchangy flétrit avec Tacoeot d'une éloquence indignée Torganisation oppresfdve de la charbonnerie, fondée sur la soumission aveugle aux ordres d'une vente souveraine et invisible :

« Féodalité nouvelle, s'écria-t-il, plus humiliante, plus odieuse mille lois que celle contre laquelle on ne cesse de déclamer, bien qu'elle soit à jamais eBsevdie depuis des siècles dans la poussière des vieilles chàtellenies. Là, du moins, on ne se servait pas de poignards; là, le feudataire ne refusait pas dt; partager les dangers au milieu dos({uols U menait vaillamment les fidèles. Là, on ne s'engageait point par d'eiécraliles serments à répandre le sang d'un frère pour des tyraw cadiés, pour de lâches rhét^mrs dont le premier soin est d'obliger les malheureux qu'ils égarent à ne pas chercher à les connaître, et néanmoins à mourir pour eux. Fut-il jamais un fanatisme aussi insensé, une servitude aussi révoltante? Dans les associations les plus abjectes, parmi les brigands et les corsaires, les chefs combaitent à la tèie de leurs compagnons, ils ont également à redouter les poursuites de la justice, ils marchent de front à l'échafaud, ils tombent ensemble dans le gouffre qu'ensemble ils ont creusé. Mais cette égalité n'est pas la règle ées seigneurs de la Haute Vente, de ces privilégiés de l'anarchie, qui, du fond de leur comité invisible, prennent leurs sûretés conti*e les chances auxquelles ils exposent leurs séides : Allez , leur disent-ils, allez tenter pour nous les hasards d'une insurrection dont nous sommes les actioniiaires, allez manoBuvrer pour m^us sous ks eoups de la tempête que nous avons allumée, tandis que nous attendrons à l'abri que vous ayez frayé un facile accès à uoti'c pouvoir. Nous paraîtrons au signal de vos succès, nous irons vous secourir dans vos triomphes. Si la vigilance des tribunaux déconcerte yMre entreprise, nous livrerons aux haines populaires les magistrats UberUcides appelés à ¥ous juger; nous ferons de leur devoir un péril, et de leur impartialité un titre de réprobation ; nous les tiendrons à l'étroit entre la crainte du Hbelle et celle du poignard. Si vous succombez dans une agression tumultueuse, nous vous érigerons, à grand bruit, des tombeaux; nous ferons sortir des étincelles de votre cendre agitée. Nous souscrirons aux larmes commandées par vos suprêmes anniversaires. »

C'est ainsi que M. de Marchangy, ne p^^uvant lever le

I7G MmiSTKBE nE M. DK VtLLÈLE.

masque qui cachait les membres de la Vente suprême, la lançait au visage , à travers ce masque, nn stigmate îni bile qui s'attachait à leur front, en prononçant ces paroles p phétiques auxquelles , bien des années plus tai'd , une voix {Jus ' éloquente que la sienne devait faire écho. En 1 834, en effet , M, Berryer signala la réalisation de la prophétie loi-sque, M. Darthe, ancien membre de la Vente suprême, étant ministre de la justice, le gouvernement de Juillet présenta une loi sur les associations; u Remontez à une date antérieure à 1830, s'écria le grand orateur du haut de la tribune; quelles sociétés secrètes étaient aloi-s organisées? qui y a siégé? qiii s'y est entotU"é de la jeunesse? qui a endoctriné ce peuple toujours jeiine dans sa passion? Et que serait-ce, grand Dieu! s'il se trouvait qu'un des accusés, cherchant dans vos conseils, à la tête de votre justice, au milieu de vous peut-être, au milieu de ses juges, reconnilt un homme et lui dit : « Sur 11 le même poignard, nous avons juré haine, l'un et Taubt;, u haine à la royauté ' ! n

Laissons passer les justices de l'histoire, et retournons aux assises du mois de septembre 1822. On touchait à la tin des plaidoiries ; les prévenus et les avocats avaient adopté le sj-stème de défense le plus inadmissible, un système non-seulement contraire à la vérité, mais contraire à toute vrusemblanc«;

I . Noue ïtoni enlandu de iioi ureillei, dans le procèi dei Insurgé* de Ljon. en avril 1831, un accualS adresier ces paroles h M. Barllie, qui siégeail parmi sa jugea, et c'eil uns aucun doute i celle terrible Inlerpetlalion que H. Berrjer fil alluifon ilani celte vive aposlroiihe.

tl est curieux de auhre la deslln^e des uvocalt des carbouarl, la plupart carLonarl eu (-ni Paies, M Barlhe, memliro de la Haule Vente, devint minisfre de la jutUce sous le gouternemenl de Juillet H pdir de Franre ; Il eel murl téneleur. M. Hérllhou, autre memlire de lu Haute Vente, devint ausul oliDiilrB de la Justice, pnlr de Frani^e. M. Bertille s élé avocat général. esl niori iJnaleur. H. Boula; (de la Meurihe) a él^ vice-préildeDi de U M bll'iue ; il esl mort eénalFur. M. Ploiipoulm a Hé avoral g^ninil. H. Cliat d'Esl-Ange, procureur général, sénaleiir; M. Dclangle, ministre di! laj aénaleur et ilre-préiideiil du Serai.

I>H0CES DES SERGENTS DE LA ROCilEUE. f77

tes accusés avaient retiré leurs aveux , des aveux qu'ils avaieul signés. D'après leur nouvelle versiou, ils avaieut meuti daas leur premier iulerrogaloire, sous le coup de la violence morale qui leur avait été faite. Hénou, qui articula une accusation de ce genre contre M. Delaveau, préfet de police, mis en [wésencede ce magistrat par le pouvoir discrétionnaire du président, ne sut plus que balbutier. Selon Bories, l'associa' tion n'était qu'une assurance mutuelle instituée entre les sousofficiers, dans le cas oii ils seraient malades '. Tout était mensonge dans l'instruction, erreur dans l'acle d'accusation. Les avocats affectèrent de tourner en dérision les paroles de l'avocat général sur le comité directeur: «Étrange création de l'esprit de parti, s'écria M. Mérilhou, qui faisait cependant partie de la lUufe Vente, fable populaire qui, comme toutes les fables, tire son autorité de son absurdité même! n

Ce n'était point avec de tels moyens de défense qu'on pouvait détruire la concordance des premiers aveux des prévenus avec les dépositions des témoins, et l'évidence qui ressortait du procès. Le réquisitoire de M. de .Marchangj-, sauf quelques parties déclamatoires et une assertion téméraire relativement aux Grecs dont il confondait le patriotisme et le généreux esprit d'indépendance avec l'esprit de révolte, est demeuré un document historique. Le prince de Metlemich dit, après l'avoir lu : « C'est un docmnent k placer sur la table du cougrés. n L'avocat général linit par s'emporter sous les traits que lui lançait cette élite du barreau parisien qu'il avait en face de lui, et s'écria, dans une de ses répliques, que « toutes les puissances oratoires ne parviendi'aient pas à enlever Bories 4 la vindicte publique. » Cette sortie véhémente ne tomba pas à terre. Bories, qui avait montré dans

1. ( Arant noire dépsrl du Hatre, il tat queellon de tondee une ciiue de Mwoan mulueU pour \et laus-ofdderii i|q1 tamberaieiit malades; c'est ciïeclilement dans ne seul but qu'elle a (li ronni'e. ■

Hiil. de II H«t>ur. — T. T[. 1-2

tous ces débats le plus de fermeté et de présence d'esprit, la ramassa et la garda dans sa mémoire pour s'en servir à la dernière heure.

Cette dernière heure arriva. Toutes les ressources de la plaidoirie avaient été épuisées. On touchait à la soène suprême de cet émouvant procès, lorsque le chef du jury transmit au président des assises une liasse composée des lettres que chacun des membres du jury avait reçues la veille, et qui avaient été envoyées en double aux femmes de ceux qui étaient mariés. Ces lettres contenaient uniformément des menaces de mort contre le juré qui oserait prononcer un verdict de culpabilité. Elles étaient décorées de deux poignards croisés, armes parlantes de la charbonnerie ; et on lisait à la fin ces mots : Le sang veut du sang.

Ceux qui employaient de pareils moyens étaient de cruels amis; c'est d'eux et de leurs pareils dans la presse que j'ai dit qu'ils rendaient la clémence bien difficile. Au moment où la défense niait la charbonnerie, ils Taflirmaient , etdémentantainsi la parole de M. Chaix-d'Est-Ange ^ qui avait plaisanté sur les poignards , ils en montraient la pointe tournée contre la poitrine des jurés. Ce n'était pas à la clémence qu'ils s'adressaient, c'était à la peur, et ils rendaient ainsi la miséricorde presque impossible au gouvernement en lui ôtant d'avance la force morale par des menaces inconsidérées.

Il faut rendre justice à M. de Marchangj', appelé à prononcer un réquisitoire sur cet incident, il s'exprima avec une parfaite modération. Il dit aux jurés que cet « incident ne de* vait exercer aucune influence sur leur verdict, alors même que leur générosité naturelle ne leur aurait pas dit de ne point

1. Cet avocat avait apporté un petit poignard à Taudience, et ravaitmontré en piaf sanlant comme faisant partie de son arsenal de rranc-maçoD. Le président après une indulgente et presque paternelle réprimande à cet enfknt gàlé du barreau, l'avait invité à le déposer sur le bureau comme une arme prohibée.

PROCis DBS SERGENTS DE LA ROCHELLE. 179

faire entrer leur intérêt personnel dans leur détermination, car rien n'indiquait que ces menaces vinssent des accusés; seulement cette générosité ne devait pas aller jusqu'à leur faire trahir la société, parce qu'ils avaient été offensés. » M. Barthe, visiblement embarrassé, protesta, au nom des accusés, contre une manœuvre blâmable, que les prévenus, comme la défense, condamnaient; dans une phrase enveloppée, il laissa même à entendre, plutôt qu'il ne le dit, qu'elle pouvait venir d'une main ennemie K Cette insinuation ne trouva aucun crédit; la démonstration anonyme était trop dans l'esprit des sociétés secrètes, qui se plaisent dans une espèce de fantasmagorie d'épouvante, pour ne pas être attribuée à des amis maladroits, mais à des amis. Ce n'était pas du reste la première fois que la charbonnerie employait ce moyen : MM. Bellart, Mangin, de Broë, avaient déjà reçu des avis menaçants. Lorsque, dans l'audience du 5 septembre, les réquisitoires, les plaidoiries et les répliques étaient terminés, le président demanda aux accusés s'ils avaient quelque chose à ajouter à leur défense, Bories se leva et dit, d'une voix forte : <c M. l'avocat général, en déclarant que toutes les puissances oratoires ne parviendraient pas à m'arracher à la vindicte publique , m'a désigné comme le chef du prétendu complot. Eh bien, j'accepte. Heureux si ma tête, en roulant sur l'échafaud, peut sauver mes camarades ! » Ainsi le malheureux jeune homme, que son ambition et les excitations des hauts conspirateurs qui restaient invisibles avaient entraîné à sa perte, prenait possession de son rôle, et avec un orgueil qu'ennoblissaient ses sentiments à l'égard de ses camarades, il acceptait pour piédestal l'échafaud. Le président ût un résumé impartial des débats, en conservant jusqu'au bout

1. « Personne ne le crut, dit M. Duvergier de Hauranne, en rapportant cet inddent, et Taudienre flnit Moa une impreasion déravorable. » (Histoire du 9<mvememfnt parlementaire , t. VI, p. 106.)

180 ■ MINISTÈRE IlE M. l'E VILLÈLE,

celte modération sympathique pour les accusés, qu'il avait moDtrée pendant loul le cours du procès '. Après quoi le jury entra dans la salle des délibérations; il était &ix heures et demie. L'attente se prolongea pendant trois heures. Peu peu ceux qui avaient été attirés dans la salle par un moffl de simple curiosité sortirent et furent remplacés par de» affiliés du carbonarisme, qui regardaient les prévenus comme des frères et cette affaire comme la leur. Malgré les efforts des avocats pour dérouler l'accusation, persuader aux jurés qtu^. même dans le cas où les accusés auraient été affiliés à société secrète, ce qu'ils niaient, dans le cas même où propositions hostiles au gouvernement leur auraient été faïl ce qu'ils niaient encore, il n'était pas établi qu'ils les eusst acceptées, et qu'en tout cas il n'y avait pas eu cette resolution d'agir concertée et arrêtée, qui est le caractère du complot, la vérité avait percé dans trop de témoignages montrant la résolution d'agir suspendue et différée seulement par des contre-ordres, pour que les amis des accusés pussent avoir conser\'é beaucoup d'espérance'. L'attente était donc trist* et pleine d'anxiété. A neuf heures et demie, on annonça la rentrée des jurés. Quelques bougies jetaient leur pâle lueiu'au milieu des ténèbres; les respirations des assistants, pour qui

t. B H. lie Honlmerqu^. illl H. Fouquler dam les Cauici céltbtei. peut Sire coDild^ré roDioie la tjpe le plus noble el le plus coniplel du présldeol d'uilses, du magielriit qol préside el ne juge psB ; grave el calme, drofi, ennemi dei qoealioni caplieuiea el dra tnlt-rrogalianB sublUea. C'eal^ atce H. le ehiDceller DiniLrajr, la plus belle Ogure de maglslral à celle i^poque. a

1. ■ Iji eum'ordauce dea aveui, dll H. Fouquier, la aimllilude étlalanle dci d^lalla donni^B à Paria par H^[ion, à la llochelle par charun des accusas inM de loua lea anlrea, diaenl laaei ce que lalalt leur sjEléine de défenae. L'aeeniilion portée contre le prfrel de police par Hâuon eel une ^vldenla calomnie. Peut-fiire des promeasea d'adoucUseinenl ont jlé Tallea ; mais évidemment H. Delaieaii n'a paa Inronlé lout un long procès-ierbil ejgné par HénOD, n'a pas blsilli toute une série de rjponaea. Celle attUude in disposa loat d'alKinl le Jur.v. rournll dee truies ù l'ateuaalion, et De fui paa pour peu de cbotea dan les aévérilét du verdict, u

CONDAHIfATIOH DBS SERGENTS DE LA HdCU EUE. 18|

celte affaire, je l'ai dit, avaU quelque chose de personael, étaient eulrceoupées ; le chef du jury, c'était lebaroa Trouvé, donna leclnrp du verdict. Ban'adî-re et Massias, protégés par leur silence et celui de leurs complices, étaient déclarés non coupalples; Bories avait généreusement brisé le til qui reliait la vente nailitaire, par leur intermédiaire, à la liante Vente de I*!iris, et les trois sergents, ses coaccusés, s'élaieul associés h cet acte de dévouement. Mais Bories, l'ommier, iîoubia, Raoulx, étaient, ainsi qu'Ilénon, celui-ci à la simple majorité de sept voix contre cinq, déclarés coupables d'avoir participé à UD complot, arr(?té et concerté, de détruire et de changer le gouvernement, «joupillon était déclaré coupable du même crime, mais avec celte modilieation, qu'il avait, en outre, Ctit des révélations en temps utile. .Sept sous-ufllcierg étaient déclarés coupables du crime de non-révélation ; les autres prévenug étaient acquittés. On lit entrer les quatorze condamnés. Lp grefller leur lut le verdict du jury, qu'ils connaissaient déjà. M. Iterville murmura quelques paroles ÎPcobérentes et à peine entendues pour essayer de prouver qu'il y avait une conlradiclion dans la déclaration dujurj-. La cour passa outre. Elle sortit pour délibérer, et rentra après une beiire et demie. Le président prononça l'arrêt de mort des quatre sergents, et annonça que la cour se réunissait h la minorité du jury pour renvoyer Hénon absous ; les autres accusés, déclarés coupables de non-révélation, étaient condamnés à deux, trois et cinq ans d'emprisonnement.

Il y eut un sourd frémissement dans la salle. Les défeniteurs el plusieurs des assistants vinreut serrer silencieusement la main des quatre condamnés, qni soutinrent avec fermeté celle épreuve. Ces jeunes gens, entratués à leur peile par des hommes plus haut placés qu'eux , snluaienl une dernière fois ceus pour qui ils allaient mourir. liories demanda seulemcnl à' ne pas être séparé des camarades qui par-

tageaient son sort, et pria le président d'empêcher qu'on les mit aux fers. Le président, dont le pouvoir expirait après Tarrét , répondit avec émotion qu'il transmettrait la requête au préfet de police. Au moment où les gendarmes firent sortir les condamnés, il y eut une scène émouvante. Ils s'embrassèrent avec effusion. Ponmiier s'écria : « Adieu , mes amis! adieu, vous tous. Nous sommes innocents. La France nous jugera. » Bories dit avec plus de calme: « Nous finissons notre carrière à vingt-sept ans; c'est bien tôt! Adieu! adieu! » Il était une heure et demie du matin quand l'audience fut levée. Il y eut un pourvoi en grâce et un placet touchant adressé au Roi par les parents des quatre condamnés ^ Mais Louis XVIII était convaincu qu'en présence des sociétés secrètes,, toujours hostiles et armées, qui poursuivaient le jury et le parquet de leurs menaces jusque dans le sanctuaire de la justice , un acte de clémence serait accueUli comme un acte de faiblesse, une prime d'impunité, qui deviendrait un encouragement à conspirer. Il dit, en rejetant le pourvoi en grAce : « Le devoir marche avant la pitié ^. »

Les ventes de Paris s'étaient déclarées en permanence. Elles agitèrent les moyens de soustraire les quatre sergents à leur triste destinée. On pai'lîiit d'une évasion, et, à défaut d'une évasion, d'une attaque à main armée, le jour de l'exécution. Quelle meilleure occasion, disaient les plus jeunes et les plus ardents, les carbonari trouveraient-ils de livrer bataille au gouvernement! Les plus habiles et les prudents penchaient pour une évasion. Deux élèves en médecine, MM. Latousche et Margue, avertirent le général la Fayette que le directeur de la prison de Bicétre, où les condamnés étaient renfermés , cunsentait à favoriser leur évasion si on lui offrait

1. C'e«t sur le carnet de M. de Villèle que je trouve cette derot^ oirooii» •tance relati'te.

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