‹ Histoire de la restauration (volume 3)Chapitre 33 sur 122 · MINISTÈRE · texte numérisé non relu

MINISTÈRE

, DE VILLKLE.

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naient les sergenLsde la Rochellt: à leur malheureux sort, et ils avaient manqué de la résolution nécessaire pour disputer, les armes à la main, ces quatre \ies à l'échafaud. Ils s'en étaient rerais à l'occasion du soin de les sauver ; or les occasions de ce genre ne naissent pas d'elles-mêmes, il faut, à ses risques et périls, les faire naître.

Le gouvernement avait pris toutes ses précautions. Il avait ordonné un vaste déploiement de forces. Deux hmes de soldats assuraient la circulation, de la Conciergerie, où les coiidamnés étaient renfermés, à la place de tlrève. Une foule immense remplissait cette place, les quais, les rues qui abouUssaient aux quais. Les spectateurs affluaient aux fenêtres jusque sur les toits des maisons. On s'attendait géuéralei à une attaque à main armée. Le matin, le président des sises, M. de Montmcrqué, continuant sa mission bienveillante envers les quatrejeunesgens, se reuditdans leur prison, et leur demanda s'ils n'avaient pas de révélations à faii'e, en leur laissant pressentir que la clémence royale pouvait encore les sauver. Le gouvernement désirait passionnément arriver à mettre la main sur les chefs réels des sociétés secrètes pour prévenir ces conspirations qui jetaient partout l'alarme et le trouble et l'affaiblissaient au dehors; il n'aurait pas marchandé la vie à ces jeunes gens, dont le stoïcisme militaire ne l'avait pas laissé indifférent, s'il avait pu faire plus haut l'exemple qu'il croyfdt nécessaire, et qu'il regrettait d'être obligé de faire sur eux ' . Les quatre condamnés avaient accepté leur destinée. Cet échafaud, où ces quatre jeunes hommes allaient monter, était pour eux un champ de bataille ; ils voulaient fermer leur vie si courte, comme disait Bories, par un trépas courageux. Ce rôle de dévouement à un parti auquel

I. En*ludi«ntle»ti(.lPséi;ril«BurlBMnieI de M. de Villile, j-«î *té fr»pp* de la manière dirTérenle donl II s'eiprime sur la détente de Btrion el tar celle de» SerBCiil» de la Rorlielle.

EXÉCUTION DES COItriAHNÉS. 185

Us se sacrifiaient et qui les sacrifiait . les relevait k leurâ propres yeui.

ils repoussèrent l'ouverture faite par M. de Monlmerqtié, déclarèrent qu'ils n'avaieiil rien à révêler, et allèrent preudre leur place dans les quatre charrettes qui les atteDdaieat aux portes de la Conciergerie. Rien ne fut tenté pour les délivrer sur le parcours de la place de IJrève. Les carbonari, disséminés dans la toule, se bornaieut à leur adresser tristement des signes d'adieux; ceux qui allaient mourir répondaient pai' un mouvement de iCle à ces témoignages rauels d'ime sj-mpathie imptiist^ante. Ils arrivèrent sur la place un peu avant cinq heures de laprès-midi , montèrent à Téchafaud, s'embrassèrent une dernière fois, crièrent ; Vive la liberté.' et mounireot.

Pour rappL-ler une cruelle parole attribuée à Manuel, ils raourureul bien, et l'éclat de cette mort stolque venant s'ajouter h l'éclat de la générosité qu'ils avaient déployée dons le procès, vis-à-vis de leurs coaccusés , a rejailli sur leur mémoire, en Taisant illusion sur la valeur personnelle de ces quatre jeunes coopérateursd'une conspiration ourdie plus haut. Alors commença la légende des Sergents de la Rochelle, légende à la fois louchante et accusatrice, qui devint une arme contre la Hestauration et avec laquelle on lui aliéiia de plus en plus l'esprit des génénilions nouvelles. L'exemple de sévérité que le gouvernement avait cru nécessaire pour niaiuleuir dans l'armée l'esprit de discipline attaqué, et contenir par hi crainte du châtiment les imaginations ardentes et les cai'actères faibles sur la pente où ils pouvaient glisser, le servit dans le présent, car on peut considérer l'esécution des quatre condamnés comme la date de la décadence du carbonarisme en France, etde sa transformation en une opposition aussi hostile mais plus prudente et masquée de légalité. L'impuissance dont l'associalion avait fait preuve dans la journée du

21 septembre découragea les dévouemeats et doDDa à penser aux plus hardis ' ; mais, à mesure que révéuement s'éloigna, les affiliés du carbonarisme , jaloux de payer à leur mort la dette qu'ils avaient si mal payée à leur vie, donnèrent aux quatre sergents de la Rochelle des proportions héroïques, qui font illusion encore aujourd'hui à un certain nombre de contemporains. Ils les drapèrent sur leur échafaud, en faisant de leur exécution un perpétuel reproche à la Restauration , accusée d'avoir immolé en eux l'espérance de l'armée et les champions de la liberté.

Ni la vie ni la mort des sergents de la Rochelle ne servirent la cause de la liberté, qui ne s'établit pas dans un pays par la violence, l'appel à la force , le mépris du serment, l'indiscipline, l'infidélité au drapeau. Leur vie fut employée à troubler les lois de leur pays, et leur mort, exploitée par ceux qui les abandonnèrent après les avoir engagés dans une voie fatale, fut employée à troubler les imaginations.

Après ce tragique événement, il y eut un échange de vives récriminations dans les ventes. Comme il anîve après les échecs , elles se renvoyaient la responsabilité du dénoùment iàcheux qu'avaient eu les entreprises de Béfort, Saumur, Colmar, la Rochelle. La Vente suprême prétendait que ses instructions, mal comprises, avaient été mal exécutées. Les ventes particulières se plaignaient à leur tour de ce que « Messieurs de Paris ne voulaient se mettre en évidence que lorsque le premier coup aurait été frappé et suivi de succès^, w C'était

1. On publia, à ceUe époque, dans le Courrier, journal anglais, les lif^nei •uirantcs, qui me paraissent d'autant plus l'expression de la pensée du goavernement à cet égard, que Je les retrouve noté,os sur le carnet de M. de Villèle : « Pour qu'un gouvernement no soit fias exposé aux attaques, il faut quMl se montre capable de punir. Ce qui anime les conspirateurs, c'est Tcspoir de riropQDité. »

2. J'emprunte cette phrase et ces détails h une longun lettre, écrite le 15 septembre 1841, au rédacteur en chef de la Gazette du Dauphiné, par M. Gros, AYOcatàla Cour royale de Paris, et qui, membre de la première société secrèl«

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