‹ Histoire de la restauration (volume 3)Chapitre 38 sur 122 · San-Hlguel o écri · texte numérisé non relu

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l'année expéditionnaire réunie dans VWe de Léon, qui se déclarait en mesure de faire rentrer dans le devoir les troiipts égarées, el demandait avec ardeur au lloi une mission qui li.i permit de lui montrer son dévouement, prolongèrent cetlo illusion. L'Abisbal obtint la mission demandée, il partit après avoir fait les promesses les plus solennelles, et reucoMtrant à Ocana, c'est-a-dire à neuf lieues de Madrid, le régi mcQt commandé par son frère, il fit faire le cercle, harangu;» rette troupe, l'excita à la révolte, et au nom de la gloire et rit: la liberté lui fit acclamer la cianstiiution de Cadix. Il est vraisemblable qu'assuré maintenant de la disposition des Iroupi s par les mouvements simultanés qui venaient d'avoir lieu, il reprenait son ancien projet.

La nouvelle de cet événement portée à Madrid fit éclater un mouvement à la Puerta del Sol, ce, forum espagnol. Tout ce que la ville renfermait d'hommes ardents et engagés dans les sociéti's secrètes se réunit; il était manifeste qu'une journée révolutionnaire se préparait, Ferdinand, averti que la garnison de Madrid était en pleine défection et quel'on ne pouvait compter que sur une faillie partie de la garde royale, ne vit plus de rtssources que dans les concessions. Le premier jour il les marchanda, en essayant de se replacer au point où il en était lors de son retour en Espagne, lorsqu'il promettait des réformes, des améliorations administratives et des libertés. Mais sou décret, contresigné par le marquis de Matailorida, ce champion & outrance du pouvoir absolu, et où il ne promettait pas m^me la ronvocatiou des cortès, fut arraché des murailles; les révolutionnaires qui continuaient à se réunir tumultueusement à la Puerta del Sol lui firent signifier que celte concession ne leur suffisait pas, et qu'il devait accepter ta constitution de 1812. Ferdinand essaya d'échapper à cette exigence en promulguant un second décret pour la convocation des cortès. Les révolutionnaires lui répondirent par une

214 CONGRÈS DE YËHONE. ■

insurrection , relevèrent tumultueusement la pierre de la constitution renversée en 1814, et le Roi fut averti que, s'il ne proclamât pas immédiatement la constitution de 1812, ce n'était pas seulement sa couronne qui était en jeu, mais sa vie. Le 7 mars 1820 ', Ferdinand, renonçant à taute résistance, se courba sous la volonté des révolutionnaires, et accepta cette constitution de 1642, dont U avait défendu sous peiod àa mort d'évoquer le souvenir.

C'était une abdication. A partir de ce moment, la respoDsabilité passe à la révolution avec la puissance. Le problème que Ferdinand VU n'était pas parvenu à résoudre, le parti qui se ralliait à la constitution de 1812 allait l'aborder. J'ai dit que cette opinion avait pour tête plusieurs des généraux, des officiers, des orateurs politiques que la guerre de l'indépendauce avait mis en évidence , et qu'il s'appuyait sur l'armée, sur une portion des classes élevées et une fraction des classes moyennes dans les villes. Le peuple , si l'on excepte quelques grandes cités, restait complètement en dehors; il assistait à une révolution sanctioiinée par le Roi, sans y avoir concouru , sans y adhérer.

Parmi les questions à résoudre, les principales pouvaWDl se réduire aux points suivants ; Fonder un gouvernement régulier qui conciliât les iulérêts de l'ordre matériel avec ceux de la liberté politique et remplaçât le régime de l'ai-bttraire par un régime légal; organiser l'administration; donner à l'Espagne des finances ; assurer l'apaisement des esprits et la pacification des passions eontraires ; enfin réduire les colonies espagnoles à l'obéissance envers la mèrepatrie, si la chose était possible, et, si elle ne l'était pas, comme elle ne l'était pas en effet, terminer par une traosactioa avantageuse pour l'Espagne un différend dont l'Angleterre se

1. Cul psr erreur que, dans le cinquième volume, j'ai mil te décret h k data du 7 janvier.

HISTOIBB DE LA nÉVOtCTIOR ESPAGNOLE. M5

disposait à profiter. Dans le laps de près de trois aanées qui s'écouièreot, du mais de mars 1820 ù la fia del'aDDée 1822, le gouvememeat des cortt's ne réussit pas mieux i résoudre ces problèmes que Ferdinand VII n'y avait réussi.

L'ordre sans cesse troublé à Madrid et dans un grand nombre de «lies des provinces ne fut jamais rétabli sur ud point que poui' ^Irc aussitôt compromis siu' un autre. Sous rinfluenco des clubs, d'une presse qui se jf^ta dans toutes les liceaces, dee sociétés secrètes, les insurrections, les violences, les exécutions sommaires devinrent le régime normal du pays. On vit même, à la lin de la session de 1822, les ministres, plagiaires encore sur ce point de la révolution française, s'ejiteodre avec les orateurs des clubs et les meneurs du parti révolutionnaire, alin de provoquer à Madiid une journée qui forçAl la main à Ferdinand, et l'obligeât, malgré son retm, à sanctionner lu loi qui dépouillait les moines de leurs bteos et interdisait aux couvents de recevoir des novices. C'étaient les girondins de la révolulion espagnole , le divin Arguelles, Garcias Ileneros, Pérez de Castro, qui descendaîeal à de pareils moyens. Là oii règne l'anarchie, il ne saurait y avoir de liberté. Les sociétés secrètes, grâce à leur puissante organisation , purent déporter en mars 1821 , un grand nombre de proscrits de Barcelone, Valence, ia Corogne Cartbagèues, sans trouver aucune résistance de la part des pouvoirs publics, devenus, dans plus d'une occasion, leurs complices, comme on put s'en convaincre encore lorsque Ferdinand Vli fut livré par eux aux insultes de la populace à sou retour de l'Esciuial à Madi-id, entre la session de 1820 et celle de 1821 '. L'Espagne ne fut pas plus administrée que gouvernée ; ni la liberté individuelle ni la propriété ne Eurent

1. Ce fut la parodie de notre journéu du ÏO juin. FtrJinnnd VU, ïl.;Iiiiio tnoini noble el moins pare que Louîa XVI, Tut peuL-SIre molue mcnacf dsna aa *1e, Duli plu outrigé.

216 CONGBES DE VERONE.

garanties dans une contrée où Ton substitua les conseils de guerre aux tribunaux réguliers. Après la confiscation des biens du clergé et la vente d'une partie de ces biens qui décrédita le nouveau gouvernement aux yeux de tous les hommes religieux, sans remplir les coffres de l'État, parce que démonétisés par l'incertitude de l'avenir ils furent mal vendus, il fallut recourir aux emprunts nationaux qui ne produisirent que de faibles et insuffisantes ressources, puis aux emprunts au dehors négociés à des conditions d'autant plus désastreuses, que le gouvernement n'avait pas reculé devant la banqueroute. 11 sépara, en effet, les dépenses actives, c'est-à-dire celles de services publics, des dépenses arriérées, c'est-à-dire de la dette dont l'intérêt cessa d'être payé. Cet argent si chèrement acheté fut en grande partie consacré à satisfaire toutes les cupidités militaires. lUego, Quiroga et plusieurs autres chefs de l'insurrection de l'île de Léon , reçurent des dotations de 80 mille réaux de rentes avec faculté , pour plus grande sûreté, de les convertir en capitaux. Ceux qui avaient tant parlé des prodigalités royales les remplacèrent par des prodigalités révolutionnaires. Absorbé par les complications du dedans, le goy- ^vernement des cortès ne put rien tenter d'efficace au dehors, pour ramener les colonies espagnoles sous la domination de la mère-patrie, et ne sut pas consentir à une sage transaction pour sauvegarder les intérêts espagnols. Il refusa au Mexique l'infant- que cet État lui demandait , et la question des colonies, déjà gravement compromise sous le gouvernement absolu de Ferdinand, fut totalement perdue sous celui des cortès qui, en proclamant tous les jours les droits des peuples, ne comprirent pas que les Amériques espagnoles avaient aussi des droits avec lesquels il fallait compter.

Ainsi le nouveau gouvernement ne résolut aucun des problèmes posés. Il aggrava les difficultés qu'il trouva et en créa de nouvelles, augmenta l'anarchie, poussa l'arbitraire jusqu'à

ses derniers excès, dépouilla le clergé, accnitla dette, continua le gaspillage, proclama la banqueroute, rendit les divisions plus profondes, et perdit la question des coloniesr. Ces trois années ne furent guère qu'une lutte entre les anciens libéraux de 1812, devenus les girondins de la révolution espagnole, et les révolutionnaires de 1820 qui se disputaient riniluence,' le pouvoir et la possession de Ferdinand; celui-ci captif couronné, après quelques velléités de résistance maladroite qui agravaient encore sa déplorable situation , finissait toujours par céder, en buvant le calice de Thumiliation jusqu'à la lie.

Dans les premiers temps , le gouvernement des cortès n avait guère trouvé d'obstacles de la part des partisans de Tancienne forme de gouvernement; mais lorsqu'on vit qu'après avoir employé tous les moyens il ne réussissait à rien, les populations de plusieurs provinces, exaspérées d'ailleurs par la manière dont le clergé avait été dépouillé, par les avanies qu'avaient commises les révolutionnaires et par les traitements violents et injurieux auxquels Ferdinand avait été en butte, commencèrent à s'agiter. Des guérillas se formèrent et sillonnèrent le pays : peu à peu ces guérillas se transformèrent en corps d'armée ; une junte de gouvernement s'établit, et la guerre civile vint s'ajouter à tous les maux de l'Espagne. Elle fut atroce des deux côtés, et sous prétexte de représailles, les partis opposés ne reculèrent devant aucun excès. Les progrès de cette insurrection catholique et royaliste rendirent des espérances à Ferdinand, que tant d'outrages n'avaient pas converti au gouvernement des cortès. Dès qu'il retrouva des espérances, Ferdinand qui n'avait cédé qu'à la force fut moins disposé à continuer ses concessions. Pourquoi ne réagirait-il pas à son tour contre les maîtres qu'on lui avait imposés ? Ce fut alors que le mouvement de la garde royale, que nous avons raconté, fut tenté à Madrid; il répondait au succès

des ^erillas royaHstes dans les provinces. J'ai dit coBUDaitl il échoua en précipitant Ferdinand sous le joug' de la révolu- ] tioQ exaltée que jusque-là quelques esprits modérés , panu^ lestpieU je citerai Arguelles et Martiiiez de la Dosa, avaient combattue daus une certaine mesure, et dans quelques oc«asioos non sans succès. Si l'entreprise de la garde royale avait exaspéré les révotutionnaires de Madrid, le nouveau suocèft-« de la révolution exaltée à Madrid et les nouvelles humi^atîwt f qu'ils infligèrent au Hoi surexcitaient à leur tour U pasâoa '

C'est ainsi que, dans l'année 1822, la guerre civile étaU devenue en Espagne un des périls de la situatiou. Le parti d la révolution, qui avait asservi, humilié et mortellement o tragé Ferdinand Vil en tant d'occasions, sentait bien, m^flB»'' avant la jouniée du 7 juillet 1822, que le Roi devait être de cœur avec le mouvement des guérillas royalistes. Il suffit poue ea demeurer convaincu de tire l'adresse envoyée à Ferdinand Vil par les certes, le 28 mai 1822 '. Après la sanglante bataille du 7 juillet entre la garde royale et la milice, le parti de la révolution , à quelque nuance qu'il appartint, aux libéraux de 1812, ou aux exaltés de 1820, n'en douta plus, et ce fut ce qui donna une nouvelle gravité h ta situalitHi de l'Espagne, surtout au dehors. Jusque-là, il y avait eu ira nuage plus ou moins transparent sur l'étal des choses; ce nuage fut dissipé. On vil clairement le Roi captif d'une révolution victorieuse et irritée , et non-seulement sen pouvoir détruit, mais sa vie menacée. Jusque-là, il reetait une e&pé-

1. ■ Les mrtà», disiiil rette adresae, se perausdi^til que V. H. prendra !« menirei les pluii fnprfriquea pour imprimer lei fcarU ilea ronnlioDuIrea qui aliunnt de leuri pouioIrB, et pour eilermiucr le» tacUeuv psrlout où ils h prL^aentersIenl. Le congrtâ se Halle qu'à Ngird des cHéBlBsUques et des pr^ Ial> qui prScheal le faiintlBnie et la r^lielllon, V. H. prendra des mesures si dnerglquci el el etilcauee, qu'ils disparaîtront âpouTant^s du soi de rE«pBf{D«, pour ne plus y relourntr BOulDcr le Teu de la discorde et allumer le bûcher ds la tupenllllan. ■

rance éloignée, bien îacertaine, de voir les modérés de k rêvcAutioQ espagnole, Martinez de k Rosa, Arguelles, et eaSo riatr^idt Morillo, qui avait longtemps maiateDu ou défendu l'ordre h Madrid contre les émeutiers des sociétés secrètes, parvenir enJîii h modiiier k constilution de 1612, et à la ramener iDseHsibleiHent vers k Charte truDfaise. Cet espoir qui avait été surtout accueilli par le cabinet des Tuileries disparaissait sans retour. Ferdinand VU, abandonné par Martinez de la Rosa aprts la journée du 7 j uillet, repouesé par le conseil d'Ktat qui r^usa de lui donner ua aWs sur k forotation d nu nouveau miaistère, Unit par se jeter dans le' bras du parti exalté devenu luaitre de h situation. Craignant pour sa vie si on J'obli^eaïlà demeurer dans le foyer révolutioanaùrc de Madrid, il acoeplû, sur la promesse qu'on lui fit de lui permettre de résider h Sainl-ildefonse, k liste des ministres qu'on lui imposa. Lopen-Banos, l'un des chefs de l'insun-ection de l'Ile de Léon, qui s'était fait un nom par l'eialtation de ses idées, recul le portefeuille delà puerre; San-Miguel, l'ancien chef d'état major do Riego, aussi violent et aussi excessif dans ses opinions que son général, devint ministre des affaires ébsngèree ; l'ancien député Gasco , qui dans la précédente légisktion s'était fait remarquer par la violence de son opposition, eut le portefeuille de l'inlérieur ; Navarro, autre député sortant, qui aggravait par la dureté de ses formes, par l'amertume de son langage et l'emportement de son caractère , ce que ses opinions avaient de profondément révolutionnaire, s'empara du ministère de la justice. C'était le ministère montagnard prenant k place du ministère girondin. Les actes de k nouvelle administration furent en harmonie avec les élémeols dont elle se composait. Elle congédia et exila le peu d'amis personnels que le Hoi avait encore près de lui : le marquis de Las Araarillas, le duc de l'Infanlado, le marquis de Castellare, le comte de Casa-Serria, le général Looga , le

brigadier Cisneros ; renvoya les premiers officiers du palais ; te duc de Montemar, grand majordome; le comte de Castro- Torreno, capitaine des hallebardiers ; le duc de Belgide, grand écu yer, et les remplaça par les hommes avec lesquels le Roi ne pouvait avoir que des rapports désagréables et fâcheux. Le général Morillo, qui avait si longtemps protégé la tranquillité de Madrid, fut destitué, bien qu'il se fût rallié au parti vainqueur. Le chef politique , San-Martin, qui l'avait virilemenl aidé dans sa tAche, fit plus que partager sa disgrâce ; d'abord destitué comme lui , puis exilé aux îles Baléares , il fut arrêté etjeté dans un cachot. Le duc de rinfantado partagea le même sort, ainsi que le duc de Castro-Torreno.

Ce fut le signal d'une espèce de terreur qui remplit geôles de prisonniers politiques. Les villes et même villages avaient leurs suspects, leurs détenus et leurs profrr] crits '. Comment s'en étonner? Les promoteurs de toutes insurrections révolutionnaires étaient maîtres du pouvoir. Le banquier de ces insurrections, Bertrand de Lys, qui avait à sa solde une bande d'émeutiers, venait d'être revêtu de la robe d'alcade de Madrid. Quiroga obtenait le commandement de la Galice, l'Empeunado celui de Seîgneura; Mina était mis à la tête de toutes les forces destinées à agir en Catalogne. Ainsi les chefs exaltés, qui avaient troublé par leurs tentatives insurrectionnelles le ministère de 1812, l'emportaient partout. Les perturbateurs de la Puerla del Sol, se déclarant en permanence, exerçaient sur le gouvernement, déjà disposé à la violence, l'inllueuce souveraine de l'anarchie. Ils dictaient des ordres et ces ordi'cs étaient obéis. demandaient à grands cris du sang ; celui des soldats de li garde qui avaient péri dans la lutte meurtrière du 7 jui ne suftisait pas. On commença par fusiller, parmi les

I. Correaponduice de M. de Villèle nvci: U. Halfileu de MonlmorEnr;, S Mptenbre 1832, (Dotummli inédUi.)

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irofri'^H s lett^H

faits prisonniers, ceux qui étaient soupçonnés d'avoir tiré sur le lieutenant Landaburu , tué par ses soldats au moment où il Youlait les empêcher de dissiper par la force le rassemblement qui poursuivait de ses cris injurieux Ferdinand VII, revenant de Touverture des Cortès. Les justiciers de la Puerta del Sol réclamèrent en outre la mort du lieutenant- colonel Goiffieux. C'était un brave et loyal militaire. Français d'origine, à qui on ne pouvait reprocher que Texaltation de ses idées royalistes, et qu'on soupçonnait, sans preuve aucune, d'avoir applaudi au meurtre de Landaburu , mais non d'y avoir trempé. Goiffleux, arrêté en habit bourgeois près de Bmtrago par un détachement de cavalerie, fut conduit à Madrid, livré au conseil de guerre, qui le condamna à mort, comme ayant fait partie d'une révolte armée; mensonge flagrant, puisque Goiffleux appartenait à l'un des bataillons de la garde qui, demeuré au palais du Roi, n'avait pris aucune part à la lutte. Le général Coppons confirma la sentence. Malgré la terreur qui régnait à Madrid , il y avait quelque chose de si inique dans cet arrêt de mort, et le lieutenantcolonel Goiffleux inspirait tant d'estime par son caractère, que plusieurs personnes s'entremirent pour arracher la victime à l'échafaud. Le comte de la Garde surtout, notre ambassadeur, qui avait fait ses preuves de fermeté et de courage à Nîmes, multiplia les démarches, les représentations, les instances, et l'on espéra im moment sauver le condamné. Plusieurs offlciers de la milice avaient signé une demande en grûce; la municipalité était ébranlée, et l'alcade Bertrand de Lys luimême montrait des dispositions favorables. A cette nouvelle, les anarchistes irrités se répandirent en clameurs menaçantes. Le ministère, qui avait oublié un moment qu'il était le premier serviteur de l'anarchie , se soumit à sa volonté souveraine, et Goiffleux, conduit à l'échafaud, mourut en homme de cœur.

CONGRÈS DB VÉflOSE.

Cet assassinat juridique ne fut pas leseu]. Legt^aéral Ellio, détenu à Valence depuis trois ans, et à qui oh ne pouvait reprocher que d'avoir suivi les ordres que lui avait donnés Ferdinand W\ , avani la révolution de 1820, en réprimant avec une sévérité implacable les tenlalives de révolte, était l'objet de la haine persévérante des anarchistes; ils demandaient à grands cris sa mort. Les trois ans de captivité qu'on lui avaitiM fait subir, depuis que la révolution était maltresse, disaifeUfl assez qu'on n'avait pu trouver contre lui aucun chef d'accusation plausible. Ou imagina de le rendre responsable d'un mouvement militaire qui avait eu lieu à Valence, dans un régiment d'artillerie, le 30 mai précédent, aux cris de Vive le roi absolu! Vive Ei/to! A bas la constilution l Les canonniers avaient pénétré dans la citadelle où le général était détenu; mais, presque aussitôt assiégés par la milice, ils avaient été obUgésde capituler. Il était notoire et il fut prouvé qu'EUio, enfermé â double tour dans un cachot, et gardé à vue, n'avait pu avoir, n'avait eu aucune entente avec les auteurs de cette tentative. Le bruit de la fusillade était anîvé juqu'â lui, , et il en avait conclu qu'il allait mourir, quand les milicfen^ vainqueurs étaient entrés dans son cachot, avec des crisdh^V Mort à Ellio ! 11 avait fallu lui expliquer ce qui venait de se passer, et eette circonstance lui sauva la vie. Ce fut cependant sur la complicité du général dans l'entreprise que l'accusation se fonda pour demander sa condamnation. Les canonniers qui avaient pris part à la tentative reçurent la promesse de la vie s'ils voulaient accuser Ellio ; ils refusèrent d'acheter leur grâce au prix de ce mensonge. Alors on produisit une lettre dans laquelle EUio avait avoué son crime à sa sœur; or il se trouvait que le général n'avait pas de sœur. Qu'importe, les anarchistes avaient décrété sa mort; il fallait qu'il mourût. Le rapporteur, qui écrivait sous leur dictée, conclut & i l'étranglement précédé de la dégradation, et, comme le«J

UISTOIBE DE LA HËTOLUTIOK BSPIGSOLE. 223

juges pouvaient hésiter, il dessioa cd tête de son réquisituirt' tm marteau, allusion menaçante à l'instrument dont s'étaient servis les massacreurs de Madrid pour tuer le prêtre Venuenza, condamné seulement par le juge aux présides, et dont ils se seraient servis contre le magistrat lui-même si celui-ci n'avait pas échappé h leur colère par la fuite '. Certes il y avait là un avwtissemenl signiScatif . Néanmoins le procès était tellement monstrueux que , pour échapper à la responsabilité de ce ernoe judiciaire, le comte d'Almodovar, commandant militaire , donna sa démission ; le baron d'Andella , appelé à le r«Dplacer, prétexta une maladie et s'abstint. Sur le refus de plusie\irs généraux et de plusieurs colonels, un Heulenantcolonel accepta cette triste besogne. Vallerra, c'était sou nom, convoqua le conseil de ijuerre ; l'arrêt de mort fut prononcé; mais, quand il fallut confirmer la sentence, la main de Valterra trembla, il eut honte de lui-raâme et laissa échapper la plume. L'hôtel de ville était entouré d'une foule homicide qui poussait des clameurs sinistres; la municipalité, apportant à Valterra l'épouvante dont elle était remplie, vint l'avertir qtie, s'il refusait de confirmer l'arrêt de mort, elle le rendrait responsable des suites de ce refus, La peur fut la plus forte , Valterra signa ; le lendemain l'assassinat juridique fut consommé sur la promenade publique dont le général Ellio avait doté la ville de Valence.

Ces deux faits suffiraient pour donner une idée de la situation où se trouvait l'Espagne au mois d'octobre 1822, Ajoutons cependant que les patriotes de Madrid, c'était le nom qu'ils prenaient, faisaient connaître par des adresses à la municipalité les ordres que celle-ci avait à transmettre au Roi,

1. J'emprunle <ei (lélails au llvrs ds H, de MnHIgnac i Essai iiir In rétiolution d'Ëtpagne ft sur V iMencntion de 1813, 1. 1, chap. mv. M. di: Harllgnn qui aEe«ni[iagna le duc il'AiigoalËme en Espagne coiiiin« cotnmiualro cMI, a eu louB \et (locumenli aoui lu jeui, et la moilfrallon de iod uracl^re e gn^e de ton Imparliililé. J'ajuulerai que toa livre rai puLUâ en IS32.

avec cette recommandation impérativc : «c Telle est la volonté des patriotes de Madrid. » Ce fut ainsi que Ferdinand fut mis en demeure de congédier tous les individus des deux sexes employés dans sa maison, et que phis tard on l'obligea, malgré un premier refus, à convoquer extraordinairement, pour le 7 octobre 1822, les cortès. Par les mêmes moyens, on le contraignit encore à signer une proclamation , dans laquelle c( il traitait de parjures et vouait à l'exécration de l'univers » ceux qui mouraient pour lui sur les champs de bataille de la Catalogne. Madrid était sous le coup de la menace d'un mour vement; les prisons, qui regorgeaient de prisonniers politiques, paraissaient au moment d'être forcées, et de nouvelles journées des 2 et 3 septembre allaient s'inscrire dans les annales de l'Espagne , si le nouveau chef politique n'avait pas obtenu des égorgeurs un sursis, en annonçant dans sa proclamation du 6 octobre « que la loi ferait tomber en temps utile sur la tête des coupables son inexorable hache. » La terreur se répandait de proche en proche, et des familles nombreuses s'éloignèrent à la hâte d'une contrée où il n'y avait plus ni paix, ni ordre, ni sûreté pour les propriétés, ni sécurité pour personne. Le parti vainqueur commençait à se plaindre avec colère de ces départs que ses violences causaient; il accusait Témigratiou après l'avoir nécessitée.

En même temps, et par une conséquence naturelle d'une oppression aussi dure, la guerre civile prenait des proportions plus étendues, une nouvelle activité et un caractère plus impitoyable que jamais. Dans la Navarre, le général Quesada tenait en échec les forces constitutionnelles, et se maintenait au camp d'Irati, centre de ses opérations. En Catalogne, le baron d'Éroles avait obtenu des avantages marqués : après avoir successivement battu Torrigos, Tabuença, il avait établi son quartier général à la Seu d'Urgel, où un parc d'artillerie considérable était organisé, et il disposait de 20,000 honmies;

SlTVATiaa DB L'ESPAGNE EU I82Î. 223

l,iôû villuges ou petites villes aïuient reiiverst- dans celte province la pierre de la consUtuLioa et proclamé l'autorité de Ferdinand daos sa pténilude. L'un des derniers faits d'urmei! de la ronipa^ae aTuit été la pi'is« de Meqninenza, qui lit (m(> vive impression.

A la suite de ces brillants succès, on avait pensé que le moment était venu d'organiser un centre de gouvernement. 11 fut établi à la Seu d'I'rgel, sous le litre de Uêgence suprême de r Espagne pendant la captivité du Itoi, et composé du luaT' qnis de Malatlorida, de rarchevéque JeTarragone et du baron d'txoles; et cette régence nomma sur-le-chauip trois mîuisircs, après avoir publié une proclamation dans laquelle i;Ue faisait savoir i tous que, le Hoi étant privé de fn liberté depuis le jour oii, contraint par la force, il avait accepté la coostituliou du 1812, tous les actes promulgués en sou nom depuis cette époque devaient £tre considérés comme nuls et non avenus.

L'iosurreclion royaliste, qui avait eu jusque-iJi un caractère purement militaire, prenait à partir de ce jour un caractère politique. Elle u'êtait pas exclusivement renfermée dans les provinces du Nord. Le Trappiste, cet Antonio Maranon, moitié moine, moitié soldat, venu du camp au cloître et relowné du cloître au camp, une de ces ligures singulières entre le froc et l'imilorme, entre le cbapelet et l'espingole, comme l'Espagne, i la fois monacale el militaire , pouvait seule en produire, commuuiquait son exaltation à sa troupe. Il avait pénétré en .\ragou, et après un échec il avait réussi enfin à établir des communicatioos entre la régence el la .Navarre, en opérant sa jonction avec le génénd Quesada. Au même moment, le curé Mérino parcourait, h la télé de se» guérillas, la Vieitle-Custille; Cuevillas, avec un corps nombreux cl aguerri, désolait le royaiune de Léon. Zaldevar, à la tite d'une bande redoutable de paitisans, coupait les cummu-

Hlit. de l« Itiilaur.— I. V[. 15

398 CONOB&S SB itBORK.

oicatioDS dans l'Aodalousie. Des bandes s'étaient maotrées jusqu'aux portes de Madrid.

En présence de cette noiiTelle situation faite k l'Espagne ; de la révolution exaltée miiltresse du gouTcrnement, tenant le Roi cnptif, régnant par la li-rreur, remplii^sant les prisons de victimes détenues sans jugement, frappant ceux qu'elle ha1s»»it par des assassinats juridiques qu'ordonnaient les turbateurs ; de l'anarchie maltresse du gouvernement qui é1 mfitire du Roi, du soulèvement royaliste des provinces £i Nord, de la guerre civile qui se faisait à nos portes, le cabinet des Tuileries, qui jusque-là n'atait eu sur la frontière fraocoeepagnole qu'un cordon sanitaire motivé par les ravages la fièvre jaune dans la Péninsule, iil un pas de lisant des circonstances exceptionnelles où se trouvait pagne et des périls qui pouvaient e» résulter pour la Fn il chaDgea le cordui sanitaire en armée d'obserratioa.

■anco-

PRÉPAHATIFS nr CONCBÈS DE VÉRONE. — CHOEI DES PtÔSIPO- TE^tUIBES FRANÇAIS. — INfTBl CIEOifS.

Au moment où le conseil des ministres discutait en France lu ligne à sniiTC au congrès de Vérone, surtout par rapport aux affaii-es d'Espagne, et le choix d'un représentant diplomatique à cette grande réimion, on apprit par un courrier de Londl'es que le comte de CasLiereagh, ministre des affaires étrangères, qui devait représenter son pays, venait de mettre an ù sa vie. Cette nouvelle produisit une pénible impression. Oq donnait de ce tragiqueévênement des explications diverses. Les uns disaient que lord Casllerengh, habitué, depuis le eomuiuncemunt de sa carrière, à marcher avec les grandes

PnÉPABATIFS DU CORfiRÈS. 227

puissances conlinentalea de l'Europe contre la révolution, n'a- Tait pu se faire à lidée de se donner un démenti à lui-môme pour embrasser la nouvelle politique de son pays, qid se tuiiraiiît contre l'Europe et s'érigeait en protecteur des révolutious, et que, incapable de se résigner à renoacer aux affaires, ni à ses idées, il avait préféré en fiuir d'un seul coup et sortir de la vie. Les autres ne voulaient voir dans cet acte de désespoir qu'un de ces transports au cerveau qui ne sont pas rares chez les hommes de son pays. Selon toutes les vraisemblances, ces deux causes se compliquèrent, et la contention des affaires, U violence morale que le comte de Castlereagh était obligé de se fuse, réagistinnt siu- son cerveau, troublèrent son intelligeact; de ce trfltd>le sortit l'acte désespéré du suicide ', qu'on regarda comme une complication de plus dans les circonsUnces difficiles où se ti-ouvait l'Europe. Castlereagh était, en effiet, très-considéré par les souverains du Nord et de l'Est, et il devait être personnellement disposé h avoir des ménagements pour eux dans les discussions qu'allait soulever la question d'Espagne. On apprit presque aussitôt qu'il serait remplacé au congrès par le duc de Wellington.

Les développements qu'avait pris l'insuiTection royaliste sur la frontière franco-espagnole avaient fait naître dans la presse de la droite une opinion ti'ès-ai'demment soutenue par ses organes les plus vifs. Les guérillas espagnoles se levtuit contre la révolution leur produisaient coomie mi mirage de la Vendée, ai-borant son drapeau contre la Convention. Laisseratt-on accabler ces braves gens qui, avec im secours d'armes et d'argent, suffiraient àrélablir Ferdinand VII sur sou trône? Tel était le thème développé danfi le Drapeau btattc, et qui troQvait de l'écho dans plusieurs salons royalistes. Ce Uième eut pour interprète chaleureus dans le conseil le vicomte Ma-

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